FNC 2018 ./* À propos des films Burning de Lee Chang-dong (Corée du Sud, 2018, 149 minutes) et Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez (France, Suisse, Mexique, 2018, 102 minutes)

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Le Festival du nouveau cinéma s’achève en ce moment après deux semaines bien chargées d’intensité, de bizarrerie, de beauté tragique et d’effusions de violence, parfois drôle, parfois non. (2/2)

Les granges brûlées

Burning du réalisateur coréen Lee Chang-dong, qui s’est mérité le prix FIPRESCI (de la critique internationale) en compétition officielle au Festival de Cannes, est une adaptation de la nouvelle Les grandes brûlées de l’écrivain japonais Haruki Murakami, paru dans son recueil L’éléphant s’évapore rassemblant des textes rédigés entre les années 1980 et 1990, et puise en parallèle au Burning barn de William Faulkner paru un demi-siècle plus tôt. L’intrigue relate un triangle amoureux, comme bien souvent débalancé dans les sentiments et les caractères de ses trois protagonistes, qui plus est miné par une lutte des classes affranchie.

La jeune Hae-mi travaille comme cheerleader devant des magasins, incitant les passants par ses trémoussements, ses slogans chantés et ses œillades à rentrer découvrir les spéciaux ou à participer à des concours. Elle croise par hasard une connaissance de sa ville natale, Jong-su, livreur d’occasion, qui habite la fermette de son père pendant le procès de celui-ci (accusé de voie de fait et récidive sur un agent) et à qui elle confie son chat à nourrir dans son appartement pendant un séjour en Afrique. Elle en revient au bras de Ben (bien sûr le prénom occidental n’est pas anodin), un fils de bonne société aux mœurs et occupations aussi mystérieuses que suspectes. La première est intrépide et intense, le second naïf et dévoué, le troisième suffisant et volage. Trois extrêmes qui aimantent l’histoire dans des directions opposées, entre romantisme retenu, libertinage, amitié à l’épreuve. Et tel un élastique trop tendu et tiré qu’il pourrait partir dans n’importe quel sens, on craint le drame passionnel, le passage à l’acte lugubre, à raison.

Hae-mi pousse pour des sorties à trois, Jong-su s’écrase pendant que Ben brille de sa culture et de son fric étalés : on ne peut vraisemblablement pas parler d’équilibre tripède, à peine de relations deux-à-deux stables et tolérées, que la jeune femme disparaît. Un secret enfle pendant ce temps entre Ben et Jong-su, l’un confie brûler des granges pour la simple exultation que cela lui crée, et l’autre brûler d’amour pour leur amie commune. Tout ce qui était contenu au préalable, pour des raisons de bienséance et d’obligation, éructe de frustrations et d’injustices accumulées. Et tandis que la brume s’épaissit de manipulation et peut-être de crime, l’urgence de la vérité se fait de plus en plus crûment sentir. Rien ne pourra se dénouer autrement que dans la violence, et moins Hae-mi est là, plus elle impose comme une évidence que seul l’un des deux prétendants pourra demeurer après elle, celui qui continue de l’encenser, ou l’autre qui l’a effacée si étrangement.

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Dans ses paysages de ville et de campagne tout en contraste, ses rayons de lumière sur un angle d’étagère, ses jeux secrets tapis dans l’ordinaire (mimer l’épluchage d’une clémentine ou câliner un chat invisible), la magie subtile de l’écriture de Murakami transparaît comme saupoudrée au long de Burning. La naissance des sentiments cède immédiatement place à leur dimension obsessionnelle et viscérale. Lee Chang-dong trouve alors un basculement juste vers des sous-entendus corrompus et des ambiances viciées (dont on se demande si l’inspiration viendrait de sa carrière initialement politique). Porteuse de ce glissement inéluctable, la musique du compositeur sud-coréen Mowg place quelques riffs minimaux qu’elle vient progressivement prolonger ou vriller de tonalités inquiétantes. Elle accompagne le changement de registre de la comédie sentimentale au thriller à l’image du jazz d’un bon vieux polar.

La critique sociale est quant à elle d’une contemporanéité qui surprend malgré la simplicité de sa logique : ceux qui ont plus ont le luxe de tout faire, tout réaliser, abuser de tout même de l’humain en face d’eux sous couvert de belle réputation, peu importe que ça les rapproche de la malversation tant que ça n’entache pas leur image ; tandis que ceux qui n’ont rien se donnent à peine le droit de désirer plus, ou s’ils le font c’est avec culpabilité ou en se sacrifiant un peu comme on s’offre au diable dans un contrat inéquitable. Tout ceci si bien ancré dans l’ordre normal des choses que qui viendrait le contester soit manque d’éducation soit frise la folie.

Une cabane en feu

Annoncé d’entrée de jeu, le mélange des genres et des fluides d’Un couteau dans le cœur n’est décidément pas pour plaire à tous. Par contre, il a de quoi rendre curieux, et attirer un public bien bigarré, d’où les surprises et réactions variées. Il s’agit du second long du Niçois Yann Gonzalez, dont Les rencontres d’après minuit portant à l’écran une orgie se méritait une Caméra d’Or d’encouragement au jeune talent à Cannes en 2013. Vanessa Paradis, vraie icône d’une époque irrévérencieuse et aigre-douce, y tient la tête d’affiche en tenancière d’une boîte de production pornographique gay, où la rejoignent également Nicolas Maury (Dix pour cent) et Kate Moran de la distribution du précédent, de même que Romane Bohringer pour un rôle à l’écart. Et l’histoire : un tueur en série dévaste le petit milieu du tournage XXX avec son godemichet-canif et autres lames affûtées, comme pour punir les starlettes homos d’un amour traumatique de jeunesse. Présenté à Cannes cet été, le film n’était pas vraiment à une place où il pouvait prétendre à être chaleureusement reçu, c’est entendu. Mais soyons prêts, ici c’est Temps Ø tout est permis.

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Le scénario est inspiré d’une véritable figure des années 1970 et 1980, Anne-Marie Tensi alias AMT pour les initiés, amante éperdue de sa monteuse, qui a produit et réalisé quelques soixante-dix films du rayon interdit aux moins de 18 ans et public averti, et effectivement joué dans certains sous le pseudo de Anthony Smalto. Avec une si imposante filmographie officielle à l’appui, on n’est plus tant dans l’amateurisme, cela dit Gonzalez fait main de maître comme son “La Bouche” succion parfaite alors qu’il transforme son sacerdoce en excitante reconstitution d’époque et de genre. Autrement dit, son intrigue elle-même épouse les décors, les ambiances, les défauts et la pauvreté de contenu systématique de certains récits érotico-orientés pour nous faire mariner, spectateurs, dans une attente faite de rose, d’ennui, de surprises et d’écœurement.

Il y aura des boucles d’or, des corneilles de mauvais augure, des manteaux de cuir, des armes cachées sous la ceinture, des lèvres en sang et des attouchements abusifs, des grandes drama queens pour de petits sentiments. Et aucun interdit. Mais je le redis, à chacun son goût de s’y frotter.

 

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FNC 2018 ./* À propos des films The house that Jack built de Lars Von Trier (Danemark, France, Suède, Allemagne, 2018, 155 minutes) et The Guilty de Gustav Möller (Danemark, 2018, 85 minutes)

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Le Festival du nouveau cinéma s’achèvera demain après deux semaines bien chargées d’intensité, de bizarrerie, de beauté tragique et d’effusions de violence, parfois drôle, parfois non. (1/2)

La maison de ses rêves

Le plus brutal et salissant qui soit, aux plans et crimes durs à soutenir, le dernier Lars Von Trier éclaboussera de sang et d’horreur encore plusieurs cauchemars suivant son visionnement. Au grand dam du tueur en série atteint (entre autres) de TOC qu’il suit, Jack (Matt Dillion) au nom prédestiné pour une grande carrière à faire couler l’hémoglobine, dont la hantise est de laisser des traces derrière lui. Cela vaut une scène magique chez la seconde victime Claire, à la hauteur du premier meurtre de l’autostoppeuse insupportable jouée par Uma Thurman.

En voix et bruitage off, ce qui semble être une descente du Styx vers les enfers durant laquelle Jack relate à son passeur “Verge” sa grande œuvre de psychopathe. Ainsi défilent – comme les chapitres d’un livre ou les étapes d’un manuel de construction – la collection des clichés qu’il prend après chaque strangulation, éviscération, lapidation, exécution. Le mode opératoire semble au départ improvisé, presque humoristique tant il est maladroit, le fait de l’opportunité, puis calculé et peu à peu une sorte de punition personnalisée, de plus en plus maladif et torturé.

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Le tableau final du Purgatoire tombe presque à plat après l’extrême violence traversée. La frustration des ambitions d’architecte de cet ingénieur en bâtiment et sa recherche du matériau ultime pour la réalisation de son chalet idéal au bord d’un lac paisible est tout d’abord une étrange ponctuation dans le récit, avant de prendre une tournure la plus glauque possible. Dans tous ses excès, son mauvais goût et sa vengeance non cachée de critiques réellement accumulées contre le réalisateur danois, The house that Jack built n’aurait pu se permettre d’aller si loin dans la cruauté sans l’aura d’un maître du cinéma, même si l’échafaudage global ne tient pas parfaitement debout. Mais évinçant l’enquête, la suspicion, la traque de forces de police ou d’inspecteurs perspicaces, le film aborde la série d’homicides et sa progression vers le pire en se déconnectant de la réalité. Plus fantaisiste tout en devenant plus horrible, moins appliqué et maniaque à mesure que le fantasme se concrétise et que la chambre froide se remplit de cadavres.

Urgence à domicile

Thriller trépidant, The Guilty a la particularité de se dérouler exclusivement en huis clos dans une antenne d’appels d’urgence de commissariat. Ça implique quelques limites ou redondances dans les zooms sur la lumière rouge d’un appel en cours, le protagoniste qui s’arrache son casque d’écoute, ou la trame sonore des diverses sonneries de cellulaires ou lignes fixes. En parallèle, le réalisateur Gustav Möller a su travailler une arborescence originale d’informations et de dialogues pour ramener de la tension et des variations dans les interventions de ses personnages.

Tout est centré sur le policier Asger Holm (Jakob Cedergren), retranché au centre d’appels d’urgence le temps qu’une affaire compliquée dont il est accusé et se confessera passe en cour. Juste avant la fin de son quart de travail, l’agent intercepte un appel d’une mère de famille en cavale avec son mari après une sérieuse dispute à domicile où ils ont laissé en plan leurs deux enfants dont une fillette Mathilde et son petit frère Oliver en bas-âge. La famille a moins l’air en sécurité qu’en profond état de crise, l’alerte est lancée pour retracer le mini-van en périphérie de Copenhague. Toute l’intrigue porte sur la difficulté de saisir où se situe la culpabilité, mais aussi la responsabilité de chacun vis-à-vis de drames, la gestion de la colère et de la détresse.

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En dépit des situations de panique entrecoupées de silences d’impuissance, ce long-métrage danois nous plonge dans l’univers des intervenants d’urgence au cœur du malheur alors que celui-ci dessine en temps réel sa forme et son ampleur. Un centre téléphonique de tri qui, en cas grave et avec un minimum de renseignements, transmet à d’autres centres d’assignation les signalements pour missionner des patrouilles sur place. Avant les premiers secours, avant en fait de pouvoir faire ou entendre quoi que ce soit. Avant même de savoir ce qui se passe. Et c’est l’un des dilemmes du personnage principal, de vouloir intervenir au-delà de ses responsabilités pour pouvoir changer quelque chose, alors qu’en réalité il n’a que le pouvoir d’attendre que ça arrive. De l’impossibilité d’éviter les imprévus et les dérapages, de revenir en arrière et maîtriser son impulsivité, de réparer ce qui a mal tourné.

 

À revoir ./* The house that Jack built sera présenté une dernière fois dans le cadre du FNC 2018 ce dimanche 14 octobre au Cinéma Impérial à 21h. La sortie de The Guilty sur les écrans québécois est prévue pour le vendredi 19 octobre prochain.

Theaterfestival Favoriten 18 ./* À propos de #1 Ingolf lebt allein de Daniel Kötter et Hannes Seidl

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Bienvenue dans le monde d’Ingolf, un plus-que-passionné de musique : il vit dans les disques, les enregistrements, les archives, et aussi Ulysse de James Joyce. Depuis toujours, il fantasme l’opéra parfait, celui qui s’apparenterait au chant irrésistible des sirènes. Aussi rythme-t-il ses journées comme une partition, sa collection de métronomes et pendules au mur, à traquer la note exacte sur des circuits électriques qui envahissent son appartement, entre un sandwich, un mégot, le bulletin de nouvelles radio.

Ingolf est un solitaire, un reclus, il vieillit. Il est aussi un illuminé qui éblouit et nous attire comme des moustiques, malgré lui. Alors on l’épie. On entre dans sa vie par toutes les effractions possibles : en géant surplombant une maquette de son logement, en spectateur d’un reportage sur ses obsessions, en cambrioleur déplaçant ses livres et ses meubles, en voyeur invisible depuis le balcon.

Cette dernière création du duo allemand Daniel Kötter et Hannes Seidl crée la surprise sur les scènes européennes depuis deux ans. Entre film documentaire, concert introspectif et performance théâtrale immersive, Ingolf questionne le spectacle de l’existence ordinaire. Qu’est-ce que l’intimité, l’ambition, la fascination ? Qui est-on pour observer et disséquer l’œuvre d’un autre sous prétexte qu’il s’expose par son originalité ? Et quel est ce drôle de coucou omnibulé par des voix étranges ?

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Le style cinématographique de Daniel Kötter fonctionne par travelling avant lent. Il adopte une sorte de scénario d’habitudes, dans laquelle il insert quelques couacs ou dérapages discrets vers le fantastique ou le suspense stimulant la curiosité du spectateur, une intrigue trouvant peu à peu son plein développement et dénouement à mesure que l’entièreté du personnage et son étrangeté se complètent par touches impressionnistes. Le son y tient évidemment une grande place, d’abord à travers la musicalité du quotidien, la proximité de la voix, puis bientôt dans les digressions, les décalages, les immersions fantomatiques. Alors que demeure une esthétique recherchée, et profondément humaine, parfois même grotesque, proche des tableaux du Suédois Roy Andersson.

L’orfèvrerie sonore du compositeur Hannes Seidl rejoint parfaitement le jeu de changement d’échelles et de distances qu’impliquent les différentes parties de l’expérience : écoute au casque, vie de l’intérieur, vue de l’extérieur. Le public devient rapidement pris au piège de l’obsession du protagoniste, comme habité par les résonances de son opéra personnel, alerte aux détails et presque agacé, distrait ou concentré sur des interférences. Une construction acoustique et spatialisée qui participe très physiquement à l’ensemble, en plus d’être intelligemment thématique.

La rencontre avec Ingolf est un voyage hors du commun dans la tête d’un mélomane atypique et distant. Une expérience sonore, visuelle et spatiale déroutante dans laquelle chacun trouvera une place confortable d’où mieux saisir le portrait global de toute une vie.

FNC 2018 ./* À propos du film d’animation Miraï, ma petite sœur de Mamoru Hosoda (Japon, 2018, 98 minutes) et de l’expérimentation radiophonique Le Brasier Shelley de Céline Ters et Ludovic Chavarot (France, 2018, 71 minutes)

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À la cadence du festival, et avec des sélections comme Temps Ø et Les nouveaux alchimistes, facile de passer d’une ambiance extrême à une autre, et d’embarquer dans des voyages insolites.

Ping-pong entre les générations

Les p’tits loups du FNC sont chanceux puisqu’ils découvrent avant tout le monde le dernier film d’animation de Mamoru Hosoda, présenté en avant-première à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes et sorti au Japon en juillet, qui ne sera à l’affiche des cinémas montréalais qu’en février 2019. Voici donc Miraï, ma petite sœur en primeur, un peu comme le très jeune Kun qui, perturbé par le débarquement d’un bébé dans la famille, fera des bonds vers le futur où il rencontrera sa sœur plus grande alors qu’elle vient à peine de naître.

Des sauts dans l’avenir (mirai en japonais) mais aussi dans le passé : des allers-retours temporels chers à Hosoda et qui rendent son écriture et ses thématiques joliment originales. Le petit garçon apprendra de cette façon à faire du vélo sans petites roues avec son grand-père fabricant de moteurs alors que celui-ci dans la fleur de l’âge s’apprête à séduire sa grand-mère ; face à lui-même adolescent rebelle, Kun se déconseillera avec le recul de fuguer et de fuir les vacances en famille ; il partagera le trouble du double humain de son chien qui perdit lui aussi l’affection débordante des parents à l’arrivée du premier enfant dans le foyer. Rôles inversés entre cadets et aînés, enfants et parents, parallèles entre les générations, tout ce que permettent les courts-circuits du temps vient renseigner et rassurer le garçon de quatre ans sur la force de la famille.

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Le réalisateur emprunte les perceptions particulières de l’imaginaire enfantin, la conception différente du défilement des heures, des espaces, la confusion entre jeu et réalité, et les applique non seulement au propos du film mais à son déroulement. Les images sont à la fois très simples, symboliques, et ingénues. Dans le patio de la maison qui s’agrandit, une arbre magique, témoin des histoires successives, devient une sorte de matrice généalogique de la famille qui permet entre autres ces voyages dans le temps. L’animation est elle aussi assez basique, et se sert de tours faciles tel que l’album de photos pour relier les êtres à des demi-siècles de distance. Les plans larges de la ville vue du ciel, qui se resserrent sur la demeure, s’adaptent subtilement en fonction des époques. Le vélo qui était le cheval puis la moto et la voiture, les trains qui s’accélèrent en divers modèles de Shinkansen reproduits en jouets et autres goodies, marquent le passage du temps, le progrès, et au travers de ces évolutions, la continuité des liens filiaux et la transmission des valeurs.

Pour des yeux d’adultes, le portrait est touchant, un peu comme une chanson de Vincent Delerm ou des Cowboys fringants. Et surtout le film pourra servir à l’arrivée d’un second enfant, comme ces livres explicatifs qu’on lit aux plus grands pour expliquer le bébé dans le bedon de maman. Dans ce sens, la parenté est abordée avec finesse et perspicacité, sans romancer la période folle du bas-âge, son stress et ses défis au niveau conjugal. La distribution des places et responsabilités entre les différents membres de la famille essaie de ne pas s’enfermer dans la cellule caractéristique, avec les interventions des grands-parents ou du chien et le retour au travail de la mère. Pour les enfants indéniablement, il y a beaucoup d’humour et l’expression d’émotions en crise qu’il est bon de relâcher. Possible qu’au passage, Kun et Miraï se fassent quelques crasses, un coup de locomotive sur le coin du nez ou une poussée de sourires d’ange pour gagner toute l’attention. Ils n’en deviendront pas moins grands, ni moins frère et sœur pour tout le temps à venir.

Dérive dans le son

Dans le cadre des émissions et expérimentations radiophoniques typiques de France Culture (l’Atelier de création radiophonique), Le Brasier Shelley transpose en dérive sonore le noir voyage en enfer du poète britannique des débuts du XIXe siècle, Percy Bysshe Shelley. Ses écrits maudits, emprunts de perversion et de mauvais augures, et ses mœurs outrageantes pour la bonne société de l’époque le bannissent du Royaume-Uni. Son histoire est lacérée de drames familiaux, de très jeunes épouses enlevées, de maîtresses dans chaque port, d’enfants abandonnés et de présumés suicides de détresse. Ponctué d’allumettes enflammées et de remous aquatiques, de voix fantomatiques et d’obsession de certains vers nostalgiques, l’épisode relate non seulement le dépit, le rejet et l’exil, mais particulièrement la fin tragique d’une embarquée de Percy et Mary Shelley (celle de qui Frankenstein le monstrueux a vu le jour) sur un voilier de misère qui fait naufrage au large de la côte toscane et recrache sur la rive les cadavres des jours plus tard.

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Lourd et sombre, l’univers des Shelley trouve ici une résonance poisseuse et presque paranormale qui imprègne et charge l’obscurité. Quelle brillante idée que de présenter un film sans images dans un festival de cinéma, et de partager cette expérience acoustique dans une vraie salle de projection ! Autre plan de génie : faire venir l’un des compositeurs, Augustin Viard (son complice sur le projet étant le musicien et compositeur australien Warren Ellis, violoniste de Nick Cave and The Bad Seeds) accompagner la première de trois séances aux ondes Martenot live. Un bémol sur la troisième représentation qui s’est déroulée avec plusieurs pistes en mineur par erreur, effaçant en sourdine une partie de la trame sonore et narrative ; mais le problème aura certainement obtenu réparation en vue de la quatrième et dernière chance de plonger dans cette pièce étrange et satanique.

Quelle joie enfin de visiter pour une première fois à cette occasion l’installation impeccable du nouveau Cinéma Moderne du Mile-End (dont les sièges confortables, la programmation fournie et le resto-bar bien accueillants n’attendent que les spectateurs en passant) ! Tous les crédits de ce périple poétique en musique ici. En anglais, en français, en son et en images mentales.

 

Prochaines projections ./* Miraï, ma petite sœur sera présenté encore le dimanche 14 octobre à 15h45 au Quartier Latin (salle 10) et Le Brasier Shelley le samedi 13 octobre à 15h, toujours au Cinéma Moderne.

FNC 2018 ./* À propos des films Touch me not de Adina Pintilie (Roumanie, Allemagne, République Tchèque, Bulgarie, 20128, 123 minutes) et All Good de Eva Trobisch (Allemagne, 2018, 83 minutes)

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Certains encourageront quiconque à se précipiter voir cet Ours d’or de la dernière Berlinale, révélation de la réalisatrice roumaine Adina Pintilie, qui crève les tabous sur nos actes, croyances et dérives amoureuses et sexuelles. D’autres se terreront d’ennui malgré une caméra étonnante dans des décors aseptisés où l’émoi, la répulsion et le désir sont aussi puissants qu’imprévisibles. Cette palette de réactions est peut-être le fruit d’un même profond malaise devant l’impudeur (par ailleurs bienveillante) de Touch me not.

Le long-métrage s’ouvre et se referme sur la mise en place, technique et habile, de la chambre photo qui filmera Laura dans ses différentes rencontres et expériences à domicile avec des profils bigarrés de la prostitution. Par exemple ce jeune homme tatoué qu’elle observe se dénuder, se laver, se masturber ; du moment qu’il n’y a pas de contact. Cette barrière à se laisser toucher, ce refus de permettre à l’autre de lire à l’intérieur, est à l’origine d’une quête auprès de transes s’épanchant à la musique de Brahms, de thérapeutes masochistes traquant le cri enfoui, et d’un service de physiothérapie travaillant la vulnérabilité physique des corps qui se regardent et se touchent.

Ces processus interactifs et introspectifs s’appliquent à faire tomber les murs qui nous construisent, mais aussi nous différencient, nous isolent et nous limitent. Pintilie parle de comprendre l’amour qui lui a été donné pour décortiquer sa propre façon d’aimer. Peu à peu, le mélange de retenue et perversion de la sexualité de Laura se teintera de colère et d’abus, avec l’intrusion d’un père dont le rôle débordera le résident sénile qu’elle va visiter sans parole à l’hospice. L’apprentissage corporel des patients en physio glissera vers des questions d’aide sexuelle, de couple, jusqu’à des pratiques sadomasochistes en clubs privés. La réalisatrice, son visage d’intervieweuse caché hors champ, sera finalement invitée sur le divan de Laura face objectif où elles partageront leurs émotions de liens et ruptures vécus.

Brouillant les pistes du documentaire et de la fiction, Touch me not transgresse sans cesse la distance de confort que le spectateur préfèrerait garder devant certains sujets. Mêlant la thérapie à la curiosité voire à la dépendance, le film emmêle les fantasmes, les figures paternelles et maternelles, la morbidité, le sexe et le mal-être. Mais son effet n’est pas nécessairement la danse libératrice les attributs à l’air que Laura célèbre une fois déliée sa haine du père.

À empoigner le diable au corps ou à ne pas toucher de trop près, selon les goûts de chacun et la propension à afficher ses pratiques et sa psychologie au grand écran.

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Autre premier long d’une jeune réalisatrice remarquée, All Good a été récompensé par le Prix du meilleur premier film à Locarno, et le Prix de la meilleure actrice au FilmFest München, deux mentions qui tombent totalement sous le sens.

Pourtant tout n’est pas irréprochable dans l’approche d’Eva Trobisch. Entre autres beaucoup de rebondissements dans le déchaînement de son intrigue ne sont dus qu’aux “mauvais choix” de sa protagoniste. Bien me lire ici, surtout, non pas qu’elle cherche les malheurs qui lui arrivent, plutôt qu’elle prend régulièrement les décisions opposées au dénouement dans ses prises de paroles et ses silences, ses confidences et ses refoulements. Et elle ne coupe pas au pire.

all_goodAu terme d’une soirée de retrouvailles d’école, Janne est forcée sexuellement par une rencontre hasardeuse, qui s’avèrera le gendre de son nouvel employeur et qu’elle sera donc amenée à recroiser les jours et semaines suivants. (La scène du viol est à elle seule une étude complexe des situations de non consentement, dont on se dit malheureusement qu’elle n’est sans doute pas reçue aussi catégoriquement par tous les spectateurs…) Au-delà du choc et de la difficulté de parler, on cerne chez cette jeune femme une détermination à endurer froidement, d’où elle se tait sur les faits, et les conséquences qui en découlent. En parallèle, elle et son partenaire Piet font face à la liquidation d’une petite affaire d’édition indépendante de laquelle leur troisième associé s’est désisté de façon peu élégante à ce qu’on comprend, et se lancent dans le projet de retaper une maison de campagne où ils s’installeraient ensemble.

Un questionnement central repose donc sur la mince probabilité de minimiser l’impact d’un traumatisme si l’on se contraint à ne pas lui accorder tant d’importance. L’actrice principale, derrière son visage muré et en pleine maîtrise, est une bombe à retardement. Plus largement, le film aborde toutes sortes de concessions, comportements, assentiments qu’on ne peut obtenir ni même exiger et encore moins arracher à l’autre, peu importe le degré d’intimité de la relation. Cela s’étend autant de la communication de base à l’aveu, de l’engagement dans des projets d’enfants, de maison, de carrière au refus de confiance et d’ouverture, et trouve évidemment un écho tacite et fragile dans les rapports sexuels.

Bémol au tableau, il y a un peu de didactisme dans l’énumération des différents types de violence, de l’agression sexuelle à la pression psychologique, de l’insulte verbale ou physique à l’omission et à la mise à distance, du non-respect des engagements qui met hors gonds. Le panorama global est complet et percutant, mais un poil guidé pour le public. Enfin, ce ne sont que de mineurs aspects d’une œuvre qui par ailleurs épate de sa subtilité à traiter de brutalité et d’abus, de sentiments mutuels et d’indépendance. Dans laquelle Aenne Schwarz excelle en Janne, appuyée par Andreas Döhler dans le rôle de son amoureux, aussi à la hauteur.

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Une réalisation sèche, presque pas de musique, pas d’enrobage, peut-être un manque de piquant dans certains plans mais pas dans l’écriture, quelques regards perdus, des dialogues et des éléments d’intrigue livrés au compte-goutte, zéro apitoiement, des tensions et des malaises trop palpables, beaucoup d’alcool. À l’allemande et prenant.

 

./* Touch me not de Adina Pintilie sera repris le 11 octobre à 17h15 au Cinéma du Parc (salle 2) et le 13 octobre à 18h30 au Quartier Latin (salle 17) et All Good de Eva Trobisch le 12 octobre à 19h30 au Quartier Latin (salle 17).

FNC 2018 ./* À propos de l’admirable et chamboulant film Thunder Road de Jim Cummings (États-Unis, 2018, 91 minutes)

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Les critiques s’emballent unanimement envers cette “révélation” explosive, première réalisation et prestation extraordinaire du nouveau talent américain, Jim Cummings, jeune trentaine. À très forte probabilité, Thunder Road devrait se mériter sous peu les récompenses les plus prestigieuses des grands rendez-vous internationaux du cinéma, dans la continuité du Grand prix du jury du South by Southwest et du Grand prix du Festival du film américain de Deauville raflés plus tôt cette année.

Le titre est emprunté d’un classique de Bruce Springsteen pour lequel le chanteur accorde les droits alors que le film en version court-métrage décroche le Grand prix du Sundance en 2016. “So Mary, climb in / It’s a town full of losers, I’m pulling out of here to win”, Cummings se met en route pour le long-métrage couvert de succès. Bien qu’on ne l’entende pas, ce hit de road trip hante de ses paroles les actes et les pensées du personnage principal de la première à la dernière scènes.

Une première scène qui, comme la bande-annonce, et comme finalement chaque situation jusqu’à la finale bouleversante, vrille le ventre de flots d’émotions intenses, puissantes et contradictoires. À l’enterrement de sa mère, l’officier de police Jimmy Arnaud traverse l’épreuve de l’oraison funèbre en la mémoire de la parente disparue. S’entrelacent intimement des souvenirs d’enfance, de la culpabilité et de la tendresse, des anecdotes sans rapport par phrases entrecoupées. Le seul de la fratrie présent, Jim apparaît au bord de la crise émotionnelle, qui s’avèrera somme toute son état constant. Il entreprend une chorégraphie sans musique sur la chanson légendaire pour sa maman, le fameux Thunder Road, et l’ambiance se plombe de malaise.

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Tout est déjà contenu ici : l’amour du père pour sa fille dès l’introduction du poste de radio rose, l’ex-conjointe à peine entrevue alors qu’elle se cache de honte, l’uniforme de police et ses décorations venant avec le souci de la rectitude et de l’exemple, la délinquance d’une jeunesse qui se cherche et la lourdeur des responsabilités de l’âge adulte, la transmission et la présence filiales irremplaçables, le ridicule et le jugement social souvent bêtement répartis. C’est au spectateur qu’il reviendra ensuite d’assister à plusieurs dérapages de l’équilibre fragile de cet être ultra sensible pris dans une tourmente d’événements déstabilisants, de partager sa détresse pour comprendre patiemment les ressorts de sa personnalité visiblement limite, et les ressources décuplées en permanence pour gérer le sacerdoce de la vie.

La colère n’est que vulnérabilité et l’humour un échappatoire indispensable, les rires peuvent soudain fondre en larmes ou en cris, tout est toujours sur le point de basculer tout le temps jusqu’à ce que l’on se voie aussi désarmé devant le cours de l’existence que le protagoniste devant l’imprévisibilité de ses réactions. Loin d’être épuisants ou pathétiques, les dérèglements radicaux d’humeurs de Jimmy Arnaud relèvent d’un jeu d’acteur absolument magistral et fascinant, qui nous dévoile progressivement des leçons de survie d’une surprenante et atypique poésie.

En poussant à l’extrême un enchaînement de situations décalées aux dénouements disproportionnés, Jim Cummings trafique un scénario catastrophe par lequel il parle d’amour et d’amitié, de confiance, de tolérance, de reconnaissance et de résilience. Ces valeurs qui s’apprennent en se ressentant, dans les bras et les regards des autres. Les chemins empruntés sont volontairement tordus, des insultes fantaisistes sont hurlées, des couplets décousus font pleurnicher, les preuves d’affection restent très peu démonstratives et profondément maladroites. Et pourtant l’imperfection des mots et des gestes est la seule issue possible pour ce père dévoué de sauver sa fille des obstacles parmi lesquels elle doit et devra grandir. Et d’accepter, lui, de la laisser se frayer son propre chemin.

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Il en résulte un portrait extrêmement touchant et juste de l’enfance, de la paternité, mais aussi des notions d’ordre, de normalité, d’éducation. “Ça va, ça va aller” répète l’officier Jim, du moins nous ferons tout ce que nous pouvons, de notre mieux, pour nous débrouiller, pour que ça continue d’aller. Revient alors ce témoignage de l’écrivain Jean Barbe relatant les pensées venues au chevet de sa mère mourante : que l’homme doit toujours tout vivre pour la première fois. Le premier baiser, le premier chagrin, le premier contact avec la mort. Deux histoires ne seront jamais pareilles et chaque rupture sera différente, chaque sensation de manque, chaque absence à revivre à nouveau pour la première fois. Alors on fait, imparfaitement, du mieux qu’on peut.

Thunder Road ne passe par aucune voie droite, commune, sécuritaire ou raisonnable. Ce film fonce, enjambe, titube, sautille, shoote, sans les mains et à contresens comme une jeunesse irresponsable. Ce faisant, il nous recolle l’envie en même temps que le frisson d’oser la tangente, librement, quitte à ne pas être impeccable. Et donne sans doute l’un des plus grands et sages apprentissages que celui de s’assumer, tous bien ordinaires dans nos extravagances le fond, dans nos défauts nos excès nos faiblesses notre peur de la solitude et de l’erreur. Soyons donc des personnalités sans limites.

 

À ne pas manquer ./* Thunder Road est présenté à nouveau ce soir 6 octobre à 19h15 au Cinéma du Parc (salle 2) en présence de son réalisateur, et samedi prochain 13 octobre à 20h au Cinéma du Parc (salle 1)

FNC 2018 ./* À propos du film d’animation Another day of life de Raúl de la Fuente et Damian Nenow (Pologne, Espagne, Allemagne, Hongrie, 2018, 85 min)

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Angola 1975. À la veille d’accéder à l’indépendance, en guerre contre l’hégémonie coloniale portugaise, ce territoire africain de la côte Ouest, le septième plus important du continent en superficie, devient l’un des fronts crépitants de la Guerre Froide opposant les Américains, les Russes et les Cubains à la rescousse. La population est prise en étau. “This is Cold War, Artúr. Forget about decolonization and independence. This here is Cold War. And a cold war never ends”. Le film n’est qu’à moitié déroulé. Le bain de sang durera 27 années de plus (1975-2002).

Le journaliste polonais Ryszard Kapuściński est dépêché dans la région de la grande ville Luanda par son agence de presse pour témoigner des affrontements, et passera trois mois au cœur du tumulte, à la charnière de la lutte pour l’indépendance, des prises de positions internationales et de l’embrasement en conflit civil. Reporter altermondialiste d’avant-garde, de toutes les causes en Asie, Afrique et Amérique Latine de la deuxième moitié du XXe siècle, à l’heure où tant de peuples réclament à feu et à sang leur liberté nationaliste, ce Ricardo slave essaie de faire une différence sur place. Il débarque chroniqueur utopiste et brillant, il revient brisé mais écrivain. Missionnaire dès la première heure.

Ingénieusement, le film alterne cours à l’université devant les interrogations des étudiants, images d’archives des lignes de tir, reconstitutions et paysages actuels, ainsi que les précieux témoignages de ceux qui n’ont pas disparu et que Kapuściński avait croisé dans son périple 40 ans plus tôt, qui viennent appuyer de leur barbe grisonnante le récit animé réalistement.

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Il y a de magnifiques séquences fantasmées dans ce long-métrage, relevant du rêve ou plutôt du cauchemar, souvent lorsque la douleur se fait trop intense ou le danger écrasant, sous les bombes et dans l’impasse la plus totale et fatale. L’image se fractionne, les corps se démembrent, les couleurs saturent et s’inversent, tout sombre dans une irréalité à l’envers. Un fin travail de son participe bien sûr à l’effet, mais l’image domine, et le sentiment, la dramaturgie. Tout y est.

À souligner donc, une production collaborative de plusieurs studios : PLATIGE FILMS (Pologne), KANAKI FILMS (Espagne), WALKING THE DOG (Belgique), WÜSTE FILMS et ANIMATIONS FABRIK (Allemagne) et PUPPERWORKS (Hongrie). De pair avec les réalisateurs Raúl de la Fuente d’Espagne et Damian Nenow de Pologne. Une large équipe de concepteurs chevronnés, vu le rendu.

Entrer dans Another day of life n’est pas si facile, on craint le journal de bord dépassé, et les intrusions de réalité documentaire ne sont pas immédiatement fluides. Très vite tout ça se place. Le matériel est vrai et nous avons collectivement le devoir de lui faire face, et de le garder vivant, palpitant. Ça rentre dedans d’une manière humaine et inéluctable : les gens qui font ce qu’il faut pour leur temps, et se sacrifient à l’oubli… Ceux qui traversent l’impossible, avec la charge de la mémoire. Les portraits en finale sont saisissants. Peu se retiendront d’une larme sur la voix pleine de Teresa Salgueiro vous suppliant de ne pas oublier en portugais…

Artur Queiroz

Luis Alberto Ferreira

Joaquim António Lopes Farrusco

Carlota Machado

+ Ryszard Kapuściński

CONFUÇAO, à vous tous !

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Dans une attaque, un commandant charismatique et cerné, papa d’un jeune garçon dont il est séparé depuis longtemps, confie qu’il n’a plus peur. Et sans doute c’est la leçon de ces bouts du monde, ne plus tenir à sa vie, sinon la lier à l’avenir de milliers d’autres. Anesthésier la frayeur. Être là pour être là parce que cela fait une différence, au bout du compte. Un leitmotiv source de vertige pour le photojournaliste : ce que sa présence quelque part signifie, et peut changer, à l’épicentre d’échanges armés et de propagande où la vérité est trop salie pour avoir sa place. Pas nécessaire de transmettre la nouvelle, mais bien en amont : figer le moment présent, savoir, voir, connaître les gens investis, mesurer la signification des gestes. L’autre temps de témoigner viendra.

“I knew I was witnessing events that would shape the fate of the humanity for generations, centuries even: the borning of the Third World.

I identify with those / who are humiliated and offended / I find myself amongst them / Poverty does not have a voice / My duty is to achieve / That their voice is heard / This is my mission.” – Ryszard Kapuściński

 

À ne pas manquer ./* Another Day of Life sera projeté à trois reprises les vendredi 5 à 17h30 au Cinéma du Parc (salle 1), dimanche 7 à 15h au Cinéma du Parc (salle 1) et dimanche 14 à 17h45 au Quartier latin (salle 10).