Archive

Uncategorized

48e FNC du 9 au 20 octobre 2019 ./* À propos de Children of the Sea de Ayumu Watanabe (Japon, 2019) dans la catégorie Temps Ø, présenté en collaboration avec Le Jour de la Terre

FNC_48

S’il est un long-métrage de cette programmation 2019 à faire honneur à la mise en place de la nouvelle série “Films pour la planète”, c’est indéniablement ce récent chef d’œuvre de l’animation japonaise de Ayumu Watanabe Children of the Sea, adapté du manga de Daisuke Igarashi. Hypnotique, initiatique, somptueusement fascinante, cette plongée sensorielle dans une vie sous-marine en connexion avec les astres et les esprits recèle mille petites merveilles du monde naturel et de l’art cinématographique.

Le style s’impose d’entrée de jeu, d’abord par touches discrètes. Des éclats de lumière irisée, la transparence d’une flaque d’eau, la sensation d’une prise de son en extérieur dans le vent. Le rouge soutenu des amaryllis est chargé de parfum, de chaleur, de la mélancolie qu’inspire la fleur. Le vivant frémit dans les éléments avant même qu’on soit dans l’action, l’histoire, les personnages.

Children-of-the-sea_2

Les cadrages à leur tour se décentrent, arrimés au torse d’humains pris à défaut, sans visage comme s’ils souhaitaient disparaître de honte. D’autres demeurent hors-champ, remplacés par les preuves matérielles de leur addiction, de leur profession, de leur obsession. Nous ne sommes pas dans les images composées, construites et complètes qui illustrent, mais bien dans le récit plus psychologique qui comprend ses non-dits, ses silences et ses zones grises. Le regard se déplace, appelé ailleurs par une intuition, une rumeur, une autre forme de présence et de porosité au monde.

Ainsi la petite Ruka, dont les vacances d’été hébergent l’intrigue, est introduite par le biais d’un mélange de sentiments confus, piégée dans des situations floues, que ce soit dans sa famille, dans son équipe sportive, ou dans son âge de changements. Le père est absent de la maison, la mère boit, la gamine n’accepte pas qu’on minimise ses propres bobos et sa colère bien qu’elle les taise aux autres, et dans ces moments de grand vertige et d’insupportable isolement, l’été vient sournoisement rallonger ses journées vides et désœuvrées.

C’est alors au tour de la réalité, perçue sous un angle différent, de glisser vers le fantastique. Lors d’une visite à l’aquarium où l’attirent ses souvenirs d’enfance, Ruka va faire la rencontre inattendue de mystérieux enfants de la mer, Umi et son frère Sora. Sorte de dauphins humains élevés parmi les lamantins, nageurs aguerris au souffle infini et à la peau fragile, alertes aux fascinants signaux sonores qui relient les créatures sous-marines à des milles à la ronde. Une grande fête s’annonce, la célébration unique d’une naissance, la consécration d’un être élu, invité, révélé, reconnu de cette lignée magique issue de la mer… Et de ce climax crucial on pressent simultanément le danger du sacrifice imminent.

À ce point de la fiction, la narration coule entre les lignes et décroche des lettres moulées noir sur blanc pour se fondre dans des profondeurs aussi opaques que translucides et scintillantes. Tout ce que l’on peut en décrire, c’est la fusion aquatique d’une jeune fille et d’une météorite. La lecture de cet imaginaire, poétique et cosmique, doit se libérer du carcan rationnel et factuel pour se laisser emporter, captiver, éblouir, immerger dans un univers sans commencement ni fin, un grand tout créatif. On n’aura jamais vu pareilles explosions d’images en cinéma d’animation : œuvres chorégraphiques, visuelles, sonores et chromatiques en pleine osmose et perpétuelle mutation. Une déferlante violente, un long tourbillon multicolore, des vagues d’aventure et d’émotion qui avalent tout sens sur leur passage.

Tandis que ciel et mer se fondent, que des pluies diluviennes emportent les larmes, que les bancs de poissons créent des arc-en-ciel de lumière, la réalité humaine s’éparpille en gouttelettes, en éclats, en sentiments aux facettes miroitantes, surface sensible et insaisissable sur laquelle glisse la vie.

Children of the Sea déploie des paysages aussi sublimes que les eaux dans tous leurs états d’Aquarela (2018). La musique, l’harmonie, la puissance de la nature y font lois. L’instinct animal en adéquation avec l’habitat y reprend tous ses droits. Et le devenir de l’homme repose ultimement sur sa capacité d’écoute, d’inscription humble dans cet ordre supérieur, sur sa relation paisible avec ses origines, ses sentiments, son environnement, sa reconnaissance de ce qui l’habite et le dépasse. Au passage, un brillant portrait du tumulte de l’adolescence et de l’éveil de la personnalité – écoresponsable qui plus est.

48e FNC du 9 au 20 octobre 2019 ./* À propos de Lillian de Andreas Horvath (Autriche, 2019) dans la catégorie Panorama international

FNC_48

De ces héroïnes comme il ne s’en invente pas, Lillian Alling a pris la route en 1926 depuis New York vers l’Alaska en vue de rejoindre sa Russie… à pied. Une littérature s’est bien sûr penchée sur son mystère, rejoignant les bouts archivés, fabulés, éparpillés tout au long de son périple américain, loin du rêve. Cela, la fiction de l’Autrichien Andreas Horvath le rend bien à travers les déchets (papiers de barres de céréales, restes de squat, mouchoirs utilisés au fond de toilettes) que la marcheuse laisse traîner derrière elle, comme une preuve de son passage et un pied-de-nez à ceux qui l’ont égarée là, ou la méprisent gratuitement en la croisant. Signe de révolte, de colère, d’abandon.

Hormis cette assise véridique qui fascine malgré elle, le film a relativement peu à ajouter. Certes, la traversée de l’Amérique amène à aborder des réalités (et paysages) souvent bien différentes de celles généreusement télévisées. En début d’exil, la jeune femme trouve son chemin entre les échangeurs et rocades à l’entrée d’une ville faite pour la circulation automobile, mais ce sera le seul frôlement urbain de tout le voyage. On la verra ensuite arpenter des montagnes, des déserts, des rivières, des forêts, des villes-fantômes et des rues sans nom, sans fin.

lillian-4

Puisqu’elle ne parle pas la langue, elle est accompagnée de bulletins météo en guise de commentaires à l’accent de l’Iowa, du Nebraska, puis du Yukon. Après tout, la pluie, la neige, la grêle, la canicule, les intempéries ont un impact direct sur sa progression géographique. Et puis le monde continue de tourner, de se concentrer sur des absurdités, inconscient de la détermination kamikaze d’une paria à rejoindre son pays sans rien. Ce choix sonore est complété par des compositions (signées elles aussi Andreas Horvath) dignes d’un drame apocalyptique avec beaucoup de suspense… Les envolées orchestrales annoncent généralement d’immenses espaces, les Rocky Mountains, les eaux nordiques, les aurores boréales, et leur indomptable pouvoir sur le minuscule être humain, aussi borné soit-il. Devant d’autres classiques récents du genre (Into the wild, Sean Penn, 2007; Wild, Jean-Marc Vallée, 2014), les incontournables ampoules et indigestions de champignons sont le moins possible romancées, et traitées avec distance et détachement. L’important ce n’est plus l’homme qui disparaît mais bien le paysage qui l’avale.

Mise à part son obstination fatale, on ne saura rien de Lillian, ni d’où elle vient, ni ce qu’il advient d’elle, ce qu’elle pourchasse ou espère de retour sur l’autre continent. On n’apprendra jamais l’étendue des blessures qui expliqueraient une telle endurance à tout. On la voit dégoter des chaussures, s’arranger pour se nourrir, dormir, survivre, voler, subsister. Puisqu’elle est dans une fiction, elle agit au gré du moment, rencontre des gens figés à une autre époque dans des dépanneurs d’aujourd’hui, ses cheveux coupés et emmêlés n’importe comment se coiffent miraculeusement, et elle bricole de l’équipement pour chaque saison, tout ça sans un sou. Imaginons un instant les épreuves affrontées par la vraie Lillian il y a cent ans.

lillian-1

Lillian… est-ce important : ton nom ? T’en souviens-tu seulement, rendue si loin dans la solitude et le mutisme ? Car personne ne te parle ou ne t’écoute, et intérieurement tu t’enfonces certainement dans la démence. Au mieux on te couvre d’un geste bienveillant si ce n’est un regard réprobateur, on te prête une couverture et on te reconduit à la frontière de notre champ de vision. Les États Unis : unis vraiment ? Ce n’est pas leur faute s’ils ne te voient pas aller, ils sont si vastes, si éloignés, ils ne se connaissent pas eux-mêmes et ne ressemblent en rien à l’image glorieuse qu’ils projettent.

Des contrées inconnues à perte de vue, une motivation sourde, une femme, un film. On peut coudre autour des trous, l’histoire comme la protagoniste finissent par s’épuiser de se tenir debout. Les discours parallèles sur l’immigration, les peuples natifs, l’immobilisme social, l’ancrage culturel local, l’affirmation, la rébellion, la débrouille, créent une rumeur sous-jacente, un son au décor. Si l’on retient une leçon, c’est qu’il est illusoire de cerner un pays, l’immensité d’un continent, en le résumant à une seule réalité homogène. Il en est de même pour le parcours, le vécu et les choix d’un individu. Rien n’est définitivement acquis ni la propriété de quiconque, et la nature, avec ses forces, ses espaces et ses imprévus, demeure reine. Passé un certain seuil de perte d’humanité, elle reprend ses droits sur tout.

Quand à la sublime moue de je-m’en-foutisme de Patrycja Płanik… Il y a une contradiction à l’endroit de sa beauté ou plutôt de sa sensualité. Car son corps, à travers la dureté des milliers de kilomètres parcourus, reste mis en scène sexuellement dans des robes trop courtes, des nus sauvages, des convoitises malintentionnées. Or n’est-ce pas ce qu’on l’imagine repousser loin d’elle, l’assujettissement à la prostitution et à l’industrie pornographique (rappelées maintes fois par des pages de magazines) ? Là encore la frontière n’est pas nette au regard de la première scène dans une boîte de prod XXX hardcore : a-t-elle l’intention de poursuivre dans cette voie ou choisit-elle au contraire de fuir dans la direction opposée ? À moins que cette distinction entre le noir et le blanc, la soumission ou l’échappatoire, n’ait elle-même plus aucun sens ?

Le mystère de Lillian Alling est obnubilant et trouble avant de s’effacer à l’horizon, de l’ordre du mirage.

./* À revoir le 19 octobre au Cinéma du Parc à 17:00 salle 1.

48e FNC du 9 au 20 octobre 2019 ./* Programme 1 de courts-métrages en Compétition nationale

FNC_48

Les cinq courts-métrages québécois et ontariens du programme 1/4 en Compétition nationale, précédés d’une carte blanche dans le ton, parlent de soirées qui dérapent, de personnalités borderline, de désirs inavouables et grands écarts dans un monde qui ne compte plus ses déviances et travers.

L’argent n’y fait pas nécessairement le bonheur, bien au contraire il tend à attiser les rancoeurs, l’insatisfaction et la perversion. C’est ce que démontre Que votre empire s’étende d’Albéric Aurtenèche (Québec), dont les amazones dansantes d’une société secrète opèrent de nuit chez de riches lubriques qu’elles ensorcellent jusqu’à ce qu’ils s’en dévissent la tête – littéralement. Le thème de la sororité encensant Lilith et le jeu de l’asservissement sexuel (l’éternel corps féminin démoniaque…) sont à la fois extrêmes et attendus, imposant une esthétique ésotérique, limite gothique, aux terminaisons de latin et gants de cuir un peu trop tendancieux. L’accent mis sur la recherche chorégraphique, avec la contribution de Dana Gingras au mouvement et la participation de l’interprète Caroline Gravel, ne paie pas. Une mention tout de même à l’encontre de l’exploitation d’une architecture locale, religieusement imposante et quelque peu menaçante sous certains angles.

C’est également le contraste de maisons luxueuses, presque des châteaux, dans les hauteurs d’Outremont, qui alimente les divagations de deux jeunes amis promenant leurs bières, leur philosophie et leurs peines de coeur autour du Mont-Royal dans Sur la montagne, par Pier-Luc Latulippe. On y lance quelques piques, par exemple qu’on ne peut, en tant qu’homme parvenu s’offrant demeure si ostentatoire, que vouloir pourrir cette réussite affichée de l’intérieur. La métaphore fait des boucles assez agiles (même simplistes), en passant par le spleen de Rilke, ce que cachent les façades trop parfaites comme les femmes idéales, ou bien la lâcheté de ne pas oser sous prétexte d’une défaite assurée. Car l’un de nos deux penseurs blasés à l’accent très français irritant, ramène à l’avant-plan un autre paradoxe, tout en auto-dérision, entre l’impression intellectualiste de refaire le monde et l’avancement englué de l’état d’ébriété.

En termes de piétinements quotidiens qui ne mènent nulle part, I am in the world as free and slender as a deer on a plain est un titre bien long et enchaîne plusieurs histoires pour mieux dénoncer le vide contemporain. L’Ontarienne Sofia Banzhaf choisit une héroïne collectionneuse de relations vaines via les réseaux dits “sociaux” pour démontrer à sa façon l’écoeurement et l’insignifiance. Drogues, alcool, baises, rencontres aléatoires, remarques humiliantes, jugements sexistes, et en filigrane de tout cela, assurément, de la détresse et de l’égarement dont on ne sait pas si même ça conserve une quelconque importance.

Itsnothing_Travelling distrib

Le titre It’s nothing fait écho à l’errance précédente avec une lucidité tranchante. La réalisatrice Anna Maguire met en scène une jeune femme qui s’enterre dans ses troubles alimentaires, identitaires, dépressifs. Le tableau d’une adolescence tourmentée qui se cherche et s’auto-détruit pour se trouver est traité en images explicites, à la fois décalées et directes. À travers un double tortionnaire, une tombe creusée dans un parc jour après jour, les mensonges ou excuses pour se couper du monde et de la bouffe, on perçoit l’enfoncement physique et psychologique dans l’impasse anorexique/boulimique, sans avoir à en montrer la réalité osseuse. Détachement habile par le biais du fantastique qui fait honneur au potentiel du court, du cinéma, et nous rapproche de la vérité d’une grave perte de contrôle jusqu’à ne plus se voir tel qu’on est dans le miroir, sinon tel qu’on se croit faussement.

Clin d’oeil à la carte blanche de Renaud Lessard (petit joint pour mettre la table en introduction d’un programme tout de même noir), laquelle joue sur les préjugés rabâchés entre les Montréalais et le grand Québec jusqu’à la frontière de l’Ontario (Aylmer en l’occurence). En gribouillis blanc sur fond noir, se doublant parfois de lignes bleu roi, Automnes Mouillés dessine une cour arrière, une tente de camping, un feu de bois, quelques bières… la fin d’un été. Si le procédé graphique capte l’attention, il est aussi efficace à cerner ces discussions incertaines de fin de soirée entre amis où l’on ne sait plus exactement ce qu’on dit, ce qu’on pense, où on veut en venir ou finalement ce que ça change. Il y est question de retrouvailles dix ans plus tard et des réticences comme des motivations à se rendre à un tel événement où les comparaisons et les bilans de vie sont de mise.

Retour au Québec en compagnie d’Ariane Louis-Seize qui signe un beau et froid Les profondeurs, alors qu’une jeune femme (la secrète Geneviève Boivin-Roussy) fait le tri dans les affaires de sa mère décédée, au chalet. Là encore, le film glisse de genres, empruntant quelques codes au cinéma d’horreur et au fantastique ou surnaturel, pour mettre en scène un face à face entre un amant noyé de chagrin et sa possible fille qui ne se sont peut-être jamais rencontrés de leur vivant. Un hommage à ces liens de sens et de sang, à ce langage de prémonitions, de mirages et de chiens errants qui par instants semblent nous avertir du danger ou du chemin à suivre.

 

./* À propos de STADIUM performé par Eli Keszler au Centre PHI le 23 février

bio-eli-keszler

STADIUM est le neuvième album solo de l’artiste basé à New York, Eli Keszler, un percussionniste virtuose globalement allumé par tout ce qui l’entoure : la réflexion architecturale du son, la circulation physique dans l’espace, l’immédiateté de l’instrument, l’écoute intime de la cacophonie du monde. Sa performance aux baguettes hypnotise de célérité, d’élégance et de puissance, donnant naissance à des constructions, des situations, des atmosphères dont la perception des textures et des angles ne cesse de se renouveler. Un travail de variations sur les points de vue qui puise sa mathématique subtile dans le plus grand style d’une écriture jazz géniale.

Le compositeur électro-acousticien de la pièce Les haut-parleurs du Théâtre Bluff (texte et mise en scène de Sébastien David, 2015) transmettait à son jeune voisin, pris dans les turbulences de l’adolescence et les fragilités de la famille, la passion du son par cette formule mantra : “organiser le chaos”. Chez Keszler, ce chaos est également fascinant car il signifie la riche diversité et immensité de l’existence sensible, ses couches d’interprétations, de générations et d’infinies modulations. Et qu’il renferme en lui un ordre immanent, une beauté secrète qui force l’écoute attentive et compréhensive.

On l’aura compris, le musicien qu’est Eli Keszler depuis son plus jeune âge est du calibre des phénomènes mondiaux, sa technique et dextérité percussives des extensions de lui-même. Et le voir jouer en direct suffirait à amadouer les puristes. Diplômé du Conservatoire de musique de la Nouvelle-Angleterre à Boston en 2007, cela fait de lui un prodige à la fois jeune et prolixe, qui s’est déjà produit dans les événements et lieux de concert expérimentaux les plus émérites internationalement. Le garçon a de plus un cerveau bouillonnant de références en histoire et philosophie de l’art, vraisemblablement. Et marcheur quotidien à l’exemple des situationnistes dérivant et observant la vie à la volée, il en enregistre mentalement les schèmes répétés et les incongruités pour nourrir ses compositions aux mouvements à la fois complexes et fluides, radicalement contrastés et naturellement fluctuants.

a0697223392_10

À l’origine de STADIUM, il rappelle une exploration du Carpenter Center, le centre d’art contemporain d’Harvard conçu par Le Corbusier, qu’il a arpenté en compagnie de l’artiste visuel James Host quelques années auparavant. Rêvant de haut-parleurs en hauteur, les deux collaborateurs avaient mis à jour (de façon assez inespérée) et investi tout un système de sonorisation élaboré, intégré à même le bâtiment. Obsédé par l’imbrication de l’architecture avec la musique, Eli Keszler a ensuite reproduit son cheminement auditif et presque sociologique dans différents lieux, dont il archivait les enregistrements en vue de les revisiter tout à fait librement dans un projet de 12 pistes (Shelter Press, automne 2018).

Il en résulte une partition dont les paradoxes ravissent de leur fusion insolite : des pointes de baguettes hyperactives côtoient des résonances sombres et veloutées, l’accélération des images crée l’illusion d’une fixité et inversement l’immobilité vibre, la douceur d’un ralenti caressant à l’extrême renferme un désir ardent d’énervement et de transgression vive. À l’écran, des plans d’une bâtisse de nuit en contre-plongée reviennent, dont le regard tente à plusieurs reprises l’intrusion par les sous-sols et parking, avant d’être rejeté à l’extérieur, aimanté à nouveau vers les fenêtres supérieures et la toiture.

Comme si chez ce compositeur et artiste visuel, penseur et promeneur, la rencontre d’un quelconque mur érigé n’était jamais l’obstacle sinon la promesse de s’élever au-delà. Parce que les fils, les haut-parleurs, les ondes, peuvent toujours être projetés plus haut que les limitations concrètes. Et qu’à sa suite, à son proximité, la musique nous permet cette insouciante échappée.

Live STADIUM @ Kitchen

À l’image de la course d’un ruisselet au pied d’un trottoir, qui fait scintiller l’asphalte autant qu’il avale ses aspérités, à la fois nappe liquide et fuyante, la balade de STADIUM rappelle le charme urbain et introspectif d’Ascenseur pour l’échafaud : une nuit passée par Miles Davis à improviser sur les pas nonchalants de Jeanne Moreau. À l’opposé de ce songe éveillé, on aurait à d’autres instants l’impression d’assister en direct au concert de lames d’un chef cuisiner préparant des sushis raffinés à une vitesse experte. Entre ces deux images, improbables à rapprocher, et ce rôle de rôdeur autour d’un bâtiment imposant, on plaît à s’aventurer et s’égarer dans des fulgurances qui pourraient s’étirer à l’éternité.

 

 

36e FIFA ./* À propos de Eero Saarinen: The Architect who Saw the Future de Peter Rosen, États-Unis, 2016 (68 min)

fifa-36

Les réalisations de l’architecte finno-américain Eero Saarinen ont de quoi impressionner. Futuristes, grandioses, audacieuses, empruntant leurs courbes à des carapaces de tortues géantes, leur hauteur rappelant le cou de dinosaures, qu’elles flirtent avec les nuages ou s’étendent au soleil d’un bassin ou d’un parc… Il a fallu à plusieurs reprises innover, inventer les techniques et les matériaux qui pourraient rendre concrets les plans fous que l’architecte avait en tête.

Le TWA Flight Center de l’aéroport international John-F.-Kennedy à New York et l’aéroport international de Dulles, le Centre technique de General Motors au Michigan ou les bureaux d’IBM, une église anonyme ou la chapelle du MIT à Cambridge, l’Arche passerelle Saint-Louis dans le Missouri, le siège de CBS New York ou encore la chaise Tulipe. Le fils Eero aura eu la chance de marcher dans les traces de son père, Eliel Saarinen, et de faire ses classes à l’Université Yale où il reviendra plus tard laisser sa marque dans plusieurs bâtiments. Ainsi son travail sera remarqué très tôt, suscitant la reconnaissance et surtout la confiance d’investisseurs, autant que des regards détracteurs toujours prêts à fustiger les nouvelles esthétiques. Il aura moins de chance quand une tumeur au cerveau l’emportera précocement à 51 ans, le privant de voir abouties les plus ambitieuses de ses créations.

AM_Eero_Saarinen_Model_Gateway_Arch_1958_Lead1_t800

Le réalisateur Peter Rosen (lui aussi diplômé de Yale) choisit un angle familial pour ce documentaire d’architecture et design intérieur, qui est presque un simple jeu de mots. L’ancêtre se prénomme Eliel, son fils célèbre Eero, et les grandes lignes de sa vie de même que les arêtes principales de ses monuments nous sont rapportés par Éric Saarinen, son descendant. Fils d’un premier mariage, le dit Éric a l’œil pour l’influence des sculptures de sa mère dans les constructions de son père, il a aussi l’admiration de l’enfant un peu laissé sur sa faim par un père mangé par le travail et la passion. Il a enfin le regard jaloux et maintenant résigné envers un homme parti reconstruire sa vie ailleurs pour plus de liberté et de folie.

À plusieurs reprises, la caméra s’extasie sur des angles, bénéficiant de tout le potentiel aérien de drones, et parfois d’un hélicoptère, pour saisir dans leur majesté ces œuvres qui se permettent de gratter le ciel et les dieux. L’homme ne manquait ni d’ambition ni d’exception, et jouait d’un peu de ferveur chrétienne pour s’accorder une existence satisfaisante et une fin paisible. Il a, n’empêche, révolutionné quelques façons de penser et de faire, à une ère où les designers et les architectes étaient bâtisseurs de rayonnement et de prospérité pour les villes, les universités et les entreprises de demain.

36_Eero_Saarinen

Saarinen ne faisait pas les choses à moitié. Sur des photos d’archives, on le voit plonger son corps entier dans des maquettes à taille humaine. En début de documentaire, il plante son père à un concours d’architecture. Plus tard, il changera d’épouse, fondera une nouvelle famille, s’offrira la une des journaux et même des vacances entre deux chantiers. Sur ses sites, dans ses constructions, rien n’est non plus laissé au hasard. Le passage de la lumière, la perspective vue de différents angles, le dégagement du paysage, mais aussi l’organisation intérieure, l’intelligence des fantaisies permises (couleurs, formes). Et c’est sans doute ce qui transparaît discrètement de ce film, comment l’architecte a déteint sur l’homme et vice versa. Comment chaque lieu, de par ce qui le définit, sa fonction, son emplacement, en appelle à dessiner ses propres lignes de fuite qui s’affirment finalement. Comment chaque réalisation décide son propre style que seuls des visionnaires (among those who see the future) peuvent concevoir et accomplir.

 

46e FNC du 4 au 15 octobre 2017 ./* À propos du Programme 4 de courts métrages des nouveaux alchimistes

01-fnc-2017

Il faut parfois s’accrocher aux propositions de la section des Nouveaux alchimistes car celles-ci dépaysent dans la forme, l’image, le rythme et le sujet. Elles s’amusent souvent à égarer tandis qu’elles explorent elles-mêmes dans quelle direction débroussailler un cinéma sauvage, inédit. Toujours elles bousculent, souvent elles testent, et au final, à travers leur étrangeté à chacune, un programme se tisse, des thématiques ou procédés se font écho. Dans la distinction, elles s’observent et se saluent de loin, se reconnaissent par brins.

Colour My World de Mike Hoolboom (Canada, 2017)

C’est ainsi que ça commence, par un jeu enfantin d’ajouter de la couleur à la vie de quelqu’un. Avant de filer ailleurs avec pinceaux, pigments et sentiments. L’image des bons souvenirs se fossilise et s’abîme, les vivaces se ternissent, et tout est remis en question. Le parallèle aux paroles passées de U2 n’est pas long : “I had a lover / A lover like no other / She got soul, soul, soul, sweet soul / And she teach me how to sing / Showed me colours when there’s none to see / Gave me hope when I can’t believe…” S’il était possible de retrouver, une fois l’histoire délavée, le vif de la première fois.

Auto Portrait / Self Portrait Post Partum de Louise Bourque (Canada, 2013)

Parlant interminablement d’amour – peut-être perdu, retrouvé ou pour toujours – Louise Bourque (conceptrice et interprète soliste) a assurément les yeux mouillés. Sa recherche dans un style rétro l’amène à approcher en gros plan un visage marqué par la sensibilité ou la nostalgie, alterné avec des citations d’auteurs divers évoquant la fatalité, la charge d’aimer. Outre que la réalisatrice s’inspire d’une expérience personnelle, la thématique du selfie abordée en discussion apporte une autre dimension à l’oeuvre, plus consistante critiquement parlant que le fait prétentieux de base de se mettre en scène maquillée de son chagrin amoureux.

Mehr Licht! de Mariana Kaufman (Brésil, 2017)

641592072_1280x960

On arrive ici à une réelle recherche performative in situ et en vue de l’écran de l’actrice Nanda Félix dirigée par la réalisatrice brésilienne Mariana Kaufman. Le travail s’est effectué par la proximité du visage d’une femme face au globe d’une lampe incandescente, celles-ci étant en voie d’extinction au Brésil pour le dépassement et peut-être la dangerosité de leur technique d’allumage par combustion. Elle se tient là, le décor est blanc et les murs brillants, la profondeur et les contrastes s’effacent. Intéressant que le fait d’intercaler des prises de vue dans des grottes d’apparence primitive. La métaphore est belle : de s’éblouir de la révélation, de s’aveugler de vérité crue, de sonder les profondeurs tamisées et humides de son être ou d’errer dans le vide d’un trop vaste ménage. “Plus de lumière” tout le temps n’est probablement pas la solution quand celle-ci risque de blesser, brûler, faire pâlir le passé au profit d’un futur immolé. Comment fait-on une fois que l’on sait ? Luminothérapie, nous voici tous !

What Happens to the Mountain de Christin Turner (États-Unis, 2017)

Des grottes surgissent les montagnes, et d’un trop-plein de lucidité l’envie d’une escapade dans les méandres des sens, au fil des paysages. Il y a des collines, à gravir, des mers à franchir, des déflagrations cosmiques à contenir. Il se passe des choses révolutionnaires à des échelles locales, et nous en sommes témoins. Le réalisateur Chris Turner change plusieurs fois son filtre de couleur sur une même diapositive pour en saisir le contenu émotionnel. Comme on lirait un mail à haute voix de différentes façons pour en faire vibrer le ton réel, celui de l’écriture et même de la pensée. Tout comme Cyrano déclinait son nez en une variété de tons, presque didactique. Et pendant ce temps, son Sisyphe gravit son sommet.

pcwjoup9ltctrbknr78rwwjv80jucnk8

Cabeça d’asno de Pedro Bastos (Portugal, 2016)

Si l’on évoque Cyrano de Bergerac, pourquoi ne pas ressusciter Don Quichotte, sa folie, ses illuminations, ses moulins à l’infini. Sur base de déclamations presque bibliques, un personnage barbu prophétise de drôles de fantaisies érotiques sur pellicule en décrépitude. Et si les scénarios qui se cachaient derrière des visages et des postures de corps tordus de plaisir (soupçonné) n’étaient pas les bons ? S’il s’agissait d’erreurs de lecture, d’interprétations prudes, de souvenirs échaudés ? Il y a du sang portugais qui coule là-dedans, autant dans la religiosité que dans la fureur de l’esprit.

Heliopolis Heliopolis de Anja Dornieden et Juan David Gonzalez Monroy (Allemagne, 2017)

En clôture de programme, un film remporte clairement la belle de l’usure du spectateur, à bon escient. Et l’on revient aux couleurs… Heliopolis deux fois est un essai basé sur un système urbain visant à redéfinir les notions d’intérieur et d’extérieur selon différentes perceptions et lois. La démonstration emprunte successivement aux principes d’énonciation, de nuance, et d’influence sociale. Les points de vue sont sans cesse intervertis selon qu’on se situe à l’intérieur ou à l’extérieur, sujet ou initiateur de l’action, perdant ou dominant. Le jeu de déplacement des focus est aussi marrant que lassant. Et les couleurs se suivent de plus en plus vite en un catalogue façon flip book de toutes les teintes disponibles. Avec une voix off synthétique et autoritaire et une collection de bougies laides qu’on regarde se consumer en tournant, ça en devient captivant.

heliopolis2bheliopolis2banja2bdornieden2bjuan2bdavid2bgonz25c325a1lez2bmonroy2b252882529

Le silence fait peur aux brutes d’Étienne Boulanger (Canada, 2016)

Revenons donc à une vision plus calmante, réconfortant, le fjord du Saguenay tandis qu’un batteur (Joé Brodeur) se défoule sur une berge de cailloux, au rythme des brassées d’athlètes en aviron. Jour de compétition ou concert, ou non, tous se donnent sincèrement dans cette gestuelle sonore et constructive, en quête d’une paix évidente face à la beauté, l’harmonie, la grandeur de l’espace environnant. Une belle étude d’Étienne Boulanger, commande de Sonimage sur le thème du fjord, d’offrir dans l’espace le son.

Les Sommets du cinéma d’animation ./* À propos du Programme de courts en Compétition internationale 2

avril-et-le-monde-truque_sommets

Le second programme de courts en compétition internationale présenté dans le cadre de ces 15e Sommets, qui se poursuivent jusqu’à dimanche, est moins sombre, plus éclaté que le premier programme, mais tout aussi dirigé. Et si les univers ou techniques de départ laissent parfois un peu en retard sur l’enthousiasme, les propositions finissent par s’imposer, certaines plus que d’autres, par un niveau général de qualité respecté.

De fil en aiguille, voilà un patron possible pour tisser ces 11 petits films entre eux :

Mon premier amour de fille

En 2014, la Québécoise Diane Obomsawin, aux personnages informes et fabuleusement gentils, se penchait sur les témoignages d’amoureuses relatant la découverte (souvent latente et inopinée) de leurs inclinations pour la gente féminine. La publication J’aime les filles donne aujourd’hui lieu à quelques portraits anecdotiques portant les prénoms de certaines demoiselles en question. Elles racontent en grandes lignes l’affirmation de leur homosexualité et bien souvent leur initiation à la sexualité, tout simplement. Un trait délicat, des sentiments fleuris, une simplicité qui désarme tout jugement, Obomsawin continue de charmer de son bestiaire unique et sensible.

jaime_les_filles_webheader

Fille de Dieu

Le titre d’un Mercredi passé en compagnie de Goddard (Wednesday With Goddard) s’affiche, et vous vacillez de savoir si vous avez la culture pour relever le défi et en saisir les subtilités : l’astrophysicien américain Goddard partirait en fusée rencontrer un God-quelque chose, suivant des questionnements métaphysiques nouvelle vague de l’autre Godard français ? Cette bulle d’absurdité de Nicolas Ménard est à succomber de rire. Il prend un chevelu à l’image de Lennon, le fait s’interroger sur l’existence, monter sur son toit de maison, aligner les astres… Sous psychotropes ! Intervient une hippie qui lui indique la voie de Dieu par delà les montagnes, vers l’illumination unique. Éclair divin si spectaculaire qu’il fait bon se précipiter chez soi après le foudroiement, de retour dans ses chaussons, son bain, son ignorance réconfortante.

Une fille, un gars, deux seins

Ils se rejoignent autour d’un verre après cinq ans, elle lui dit “Parle moi sale” comme on invite à baiser sans conséquence. Il hésite, ne sait pas quoi dire, débande quand elle annonce aller aux toilettes, la lèche, l’excite, et à deux ils s’offrent des retrouvailles sexuelles franches, à la bonne franquette. Parle-moi de Christophe Gautry allège le rapport amoureux et ça soulage.

Tuer la fille

Du britannique Shaun Clark, le film Neck and Neck est une impossible adaptation de la tragédie shakespearienne, dont les réminiscences violentes et meurtrières polluent à mort la fusion de deux êtres amoureux. Quand le drame mythique contamine nos ordinaires. Deux longs cous de clans opposés, l’un rouge l’autre noire, s’entortillent lascivement quand… le téléphone sonne. Par le combiné un flot de paroles nerveuses, fielleuses, de menaces et d’insultes emplit l’esprit de l’homme et le pousse à l’extrême de l’ire à étrangler sa femme. Tristes mensonges, jalousies sombres et éclatement de couple. Le traitement bicolore, la haine attisée et le drame passionnel sont plantés droit dans le coeur. Sanguin à souhait et agressif à l’écran.

Le temps se défile

AM/FM du britannique Thomas Hicks utilise le plan d’une bande son mesurée en Hertz pour rejouer comme un tourne-disque qui saute une trame brouillée de drame personnel et de canevas historique. Qualité de papier journal, graphiques abstraits, masques de carnage en chirurgie, tout y est pour faire peur dans le risque de remonter le temps, de provoquer le destin, d’éterniser l’avenir. Des années 1900 à deux siècles plus tard, il semblerait que toujours ça fume, ça s’épie, ça envoie des ondes, ça cherche à s’accorder sans trop de succès, et le ton monte. L’amour au temps de la radio ?

CsI5h_ZXEAAF-uM.jpg

Noyer le poisson

Dans d’autres territoires sauvages bordés de flots furibonds, la réalisatrice russe Anna Budanova invente une légende sur le rapt d’une créature marine, intitulée Among the Black Waves. Le dessin sied entre le crayonnage nerveux, le nuage qui envahit l’écran et les grands yeux et formes rondes d’une tradition nordique qui fait écho à nos souches Innuit. La jeune mère s’échappe pour redevenir poisson, sirène, baleine, plus confortable en plongée sous la glace qu’abusée dans un lit d’homme dominant.

La femme du chasseur

“Qui va à la chasse perd sa place, qui va à la pèche la repêche.” The Eyeless Hunter est un conte incongru du célèbre duo estonien Olga et Priit Pärn, présenté en première nord-américaine. On se souvient par exemple des visages fatigués, des peaux tannées et des putes plantureuses du Retour des aviateurs, aux Sommets 2014. Un homme niaise à la chasse et sieste au lieu de rapporter du gibier. Sa femme le prend en flagrant délit de paresse et s’écoeure. Ou plutôt lui arrache les yeux. Décalé, drôle, le trait de crayon est traditionnellement beau, et les soubresauts de scénario arrivent comme des cils sur la soupe : furtifs et absurdes. Une querelle domestique perpétuelle.

silmadeta-jahimees-handi-lugu-01

Attention au fil

D’Hexagram, Centre de recherche de l’UQAM, Thomas Corriveau signe La bêtise, un court librement inspiré d’illustrations de guerre. La narration est tenue par Christine Pasquier, qui récite l’arrivée d’un homme, puis d’un deuxième. Ça en prend deux, de profils légèrement différents, pour faire la guerre. L’un en costume d’affaires, l’autre muni d’une matraque, et leurs chemins qui se croisent irrémédiablement : collision. Les contours de crayon se démultiplient en décors géométriques et les personnages se clonent en armées brouillonnes, jusqu’à tramer un paysage de motifs serrés. Une première mondiale.

Au fil des ans

Le réalisateur suisse Claude Luyet était dans la salle pour présenter Le fil d’Ariane en première canadienne à ces Sommets. Fil conducteur facile : il choisit le prénom Ariane, appelé de l’intérieur de la maison, pour signifier le temps qui passe sur un balcon ordinaire. Une enfant échappe son ballon dans la cour, puis se voit chargée d’étendre le linge familial. On la reconnaîtra ado, jeune adulte sifflée de la rue, épouse fidèle d’un mari à la guerre, mère de deux enfants, de grands adultes, puis vieillissante comme sa propre mère. Et ainsi de suite. Le film prend pour vocabulaire le fil à coudre et la corde à linge, deux liens pour tricoter ces vies serrées malgré l’écart des générations, et des événements.  Le recyclage du tissu, de la robe de fillette au mouchoir de grand-mère en passant par la robé d’été et le chemisier est une élégante illustration des générations. Un poème un chouia trop conduit, joli et réussi.

Un fil à la patte

Le dessin de Tres moscas a medida est superbe. Son originalité sonore et son propos aussi. Ne veindrait-il pas de Barcelone ?  D’Espagne et de Lituanie en tout cas puisqu’il nous est transmis par les réalisatrices María Álvarez et Elisa Morais. Une vieille dame rondouillarde file discrète de par les rues curieuses jusqu’à son logis. Dans le silence du décès de son mari, elle enferme des mouches dans des moules vides, accrochées par la patte au pédoncule. Un mystérieux orchestre s’ensuit, qui ranime en boucle le vieux croulant dans une reconstitution de ce qui pourrait être une intoxication alimentaire aux fruits de mer. Culpabilité, quand tu nous tiens. Deuil, quand tu bourdonnes dans nos têtes. La pluralité des styles s’agence si harmonieusement que c’en est étonnant.

Tres-moscas-a-medida-still02-300dpi.jpg

Bande-annonce

Mère et fils

Il fait chaud, il fait luxueux dans cette résidence bourgeoise, ces jardins aux rosiers sauvagement entretenus. Cela manque de piscine alors que la moiteur appelle au rafraîchissement. Chabrol et Ozon guettent de belles créatures allumeuses derrière les buissons. Le Français Josselin Facon signe un six minutes dérangeant sur une provocation à charge sexuelle, entre deux individus d’âges distants mais d’arborescence étroite : une femme mûre qui pourrait être la mère du jeune ephèbe blond jardinier qu’elle prénomme Chéri. La température agite les sens, autant qu’elle semble endormir la morale. C’est le Plein été.

 

./* Le Programme 2 de Compétition internationale sera en reprise dimanche 27 novembre à 13h à la Cinémathèque québécoise