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Marionnettes

./* À propos du spectacle Le Ciel des ours du Teatro Gioco Vita présenté par la Maison Théâtre du 13 au 23 octobre pour les 4 à 8 ans

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(c) S. Groppelli

Point question de sortir chaudron et casserole ici, sinon pour faire venir souper petit ourson et annoncer à grand bruit la beauté de ce spectacle d’ombres pour enfants en deux épisodes. Avec son bestiaire d’animaux aux museaux retroussés, le Teatro Gioco Vita italien, fort d’une quarantaine d’années d’animations et d’innovations scéniques, vient à la rescousse des plus petits et peut-être de plus grands qui se poseraient des questions aussi variées que : comment fait-on des bébés ? qu’a à apporter la vie contre l’ennui ? pourquoi ne pas accompagner grand-père au Ciel des ours ?

Conçu en 2014, ce spectacle s’inspire du livre de Dolf Verroen et Wolf Erlbruch, Un paradis pour Petit Ours (Hemel Voor Beer), duquel il transforme pour la scène deux histoires touchantes. La première est celle d’un ours adulte qui, au sortir de l’hibernation hivernale, se voit émoustillé par le printemps et le désir soudain d’être papa. Il s’en va consulter divers personnages – le lapin, la souris, la cigogne -, chacun y allant de sa théorie sur la pousse des bébés entre deux navets ou tombés du ciel. C’est dans sa solitude et ses souvenirs d’enfance que ce Papa Ours rencontrera une Maman Ourse avec laquelle partager un peu de chaleur, de jeux, de joie, et un coin de nuage magique où couver leur petit ourson.

Le second récit s’enchaîne sur cette jeune boule de poil confrontée à la disparition de son grand-père, vieux et fatigué, dont les parents explique qu’il est monté se reposer au Ciel des ours. Face à la tristesse et en manque de cette complicité et sagesse familiale, l’oursonne formule la volonté folle d’aller retrouver son papi dans les étoiles, peu importe les difficultés du voyage. S’entame là encore une quête de solution auprès des différents animaux rencontrés pour trouver comment se rendre dans le ciel – ou plutôt qui accepterait de manger de l’ourson pour l’expédier dans la mort comme grand-père. En poussière d’astéroïde il fait sans doute meilleur vivre… Mais de la girafe au tigre en passant par le serpent et le crocodile, autant de prédateurs plus affamés et menaçants, tous refuse le voeu insensé de ce petit ours en tentant de le raisonner sur le merveilleux de l’avenir à découvrir.

Outre ces aventures simples et attachantes, et leur déroulement original hors des rôles habituels de chaque bête, Le Ciel des ours bénéficie d’une équipe de talents rendant sa réalisation réussie. Les dessins de Wolf Erlbruch ont donné vie à des silhouettes intrigantes et espiègles réalisées par Federica Ferrari et Nicoletta Garioni ; les décors de feuilles, de champs, de rochers et falaises et de ciels étoilés de Fabrizio Montecchi sont ingénieusement mis en perspective par les éclairages d’Anna Adorno ; les musiques et bruitages d’Alessandro Nidi accompagnent les chorégraphies rebondissantes et agiles de Valerio Longo, habillées par les costumes poilus de Tania Fedeli ; surtout, les interprètes Andrea Coppone et Deniz Azhar Azari incarnent des ours de tout âge et plus vrais que nature, minuscules comme des mouches au pied de la grandeur de la nuit, ou énormes ombres lourdes de tout leur isolement.

Bande-annonce

Drôles, généreux, tendres, ces ours aux belles valeurs familiales et aux notions un peu naïves livrent avant tout un message de réjouissance, de solidarité et d’appétit. Les détours narratifs sont riches et les raccourcis scéniques, magiques, suscitent l’émerveillement. Une féérie d’ombres projetées et de paysages tout en relief et profondeur qui invite les enfants à voir grand, à soulever les feuilles, à regarder par delà ce qui brille en apparence ou ce qui noircit l’horizon. Très joli, et comme toujours avec le Teatro Gioco Vita (dit le Teatro stable di innovazione) parfaitement multilingue et zoologique.

./* Aussi de passage à L’Arrière Scène en Montérégie cette semaine et la prochaine (octobre 2016)

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./* Le cœur en hiver du Théâtre de l’œil, texte d’Étienne Lepage mis en scène par Catherine Vidal à la Maison Théâtre jusqu’au 22 novembre

Au mois d’octobre en configuration intime, la Maison Théâtre présentait Créatures pour les 4 à 7 ans. La violoniste et comédienne Marie-Hélène da Silva, affublée d’une panoplie de couvre-chefs étranges, y enchaînait différents personnages simplistes et farfelus dont elle animait les émotions de son violon. Souvent rieur, fringant, sautillant, celui-ci visitait également des paysages plus mélancoliques et larmoyants selon l’heure. Toutefois, ces créatures un peu redondantes, davantage animales ou extraterrestres, permettaient peu d’identification avec l’humain. Et la curiosité pour la musique s’épuisait vite, en manque d’un fil à suivre, d’une histoire. Finalement, en dépit de la drôlerie renouvelée des quelques notes de la pianiste Solène Derbal en accompagnement, cette création du Moulin à Musique qui visait à extirper du violon toute une palette d’émotions avait au contraire tendance à retomber dans le même, à mélanger les sentiments et à atténuer leurs teintes particulières.

LE-COEUR

Il fallait attendre novembre pour que se fassent sentir les premières vagues de froid, qui dégageraient le gris du ciel pour poser un soleil éblouissant sur les rouges jaunes ocres d’un automne ravissant. Il fallait raviver La Reine des Neiges des contes d’Andersen pour qu’à son royaume de glace s’arrache la chaleur d’une vie toute en couleur. C’est l’histoire du jeune Kay, avalé par le Grand Nord, et de son amie Gerda (drôles de prénoms, d’origine) partie à sa recherche qu’ont donc choisi de revisiter l’auteur Étienne Lepage et la metteure en scène Catherine Vidal pour cultiver un peu d’espoir à l’aube de l’hiver (et des désillusions de grandir, par la même occasion).

Ce théâtre de marionnettes déploie des décors extravagants d’ingéniosité et de créativité afin de rendre hommage au maître des contes pour enfants, sachant transformer un quotidien pauvre en incroyable voyage dans des contrées fantastiques et apeurantes. La scène circulaire, coupée en demi-cercle par un rideau, est composée d’une couronne extérieure tournante sur laquelle se succéderont les tableaux. Le foyer de la grand-mère tricoteuse, le manteau de neige, la rivière et la verte montagne, la forêt aux corneilles, le château et la chambre royale. Un soin extraordinaire est porté au réalisme de tous les animaux qui habitent cette histoire, le rêne et les oiseaux. Par exemple, la tête du cheval qui mène le traîneau glacial est faite de feuilles de plastique roulées dont les reflets traduisent le léger hochement de l’animal à l’arrêt, bien vivant.

Les personnages secondaires sont de véritables pays aux caractères singuliers, des chapitres complets consacrés chacun à un trait de personnalité que nos jeunes protagonistes – surtout la petite Gerda – vont découvrir et affronter tout à la fois. L’eau de la rivière fait miroiter une noyade qui répondrait à toutes les questions de la fillette sur la disparition de son compagnon, et mettrait fin à sa quête. Et les mille fleurs de la colline et ses charmes apaisants effacent doucement l’inquiétude et échangent le chagrin contre l’oubli. Tous deux reposent malheureusement sur le mensonge, la manipulation. Par des détours intelligents, l’histoire apporte des leçons successives qui jalonnent l’avancée de Gerda, non qu’elles soient des morales d’erreurs et tentations effleurées du doigt, plutôt des valeurs que la jeune fille porte en son cœur, d’un naturel aimant et optimiste. Posséder peu ouvre les yeux sur la valeur des choses infimes ; rien n’est aussi précieux que l’amitié ; celle-ci ne s’achète ni ne se vole et peut-être se transforme ou s’étiole. Et puis cette conclusion, triste, forte et désolée : qu’il ne faut pas abandonner ceux qui s’abandonnent, mais en revanche abandonner la certitude qu’on pourra les sauver à leur place.

Toujours si vive et amusante, surtout pour les plus jeunes à qui elle n’épargne ni la méchanceté ni les jeux vilains, l’écriture d’Étienne Lepage vient de façon simple et brillante renforcer cette distinction entre le geste et l’action, entre l’intention qui compte tant et son résultat parfois décevant. Cet écart entre ce que l’on aimerait que la vie soit, majestueusement, et notre petitesse de moyens de prétendre à quoi que ce soit d’authentiquement utile. Cette brèche dans la lecture du sens de l’existence et de nos actes, il l’exploite via une figure de style entre la lapalissade, la répétition et le pléonasme. Ray et Gerda “aiment an aimant”, “regardent en regardant”, “avancent en avançant”. De cette manière, il semble, le chemin parcouru, les moyens développés, les efforts fournis et les égarements de temps en temps sont aussi importants, riches et fondateurs que la cible, le but, la fin. Parallèlement, il y a l’application que l’on met à ce que l’on fait, car il ne suffit pas toujours de regarder, mais d’impliquer une partie de soi, consciente et volontaire, à le faire. Cette volonté est ce qu’a perdu Kay, et ce qui pousse Gerda à entrevoir de la beauté dans le présent et plus loin.

Dit ainsi, le projet paraît candide voire utopique. Le cœur en hiver du Théâtre de l’œil est en vérité hilarant, très agile, et se frotte à toutes sortes de situations tordues et cocasses qui sont des passages par de vastes mondes d’émotions venant colorer les êtres sans nécessairement changer le cours de leur histoire définitivement. Cet anti-déterminisme, souligné par le discours de précarité et la mise en relief du courage chez ces enfants, fait du bien et la différence d’autres contes qui penchent vers la fatalité. La roue scénique se permet également un étonnant mélange des genres, entre le théâtre d’objets, la narration, la marionnette, et des tours de passe-passe de la salle à l’histoire, en faisant de son conteur tantôt un chœur, un accessoire ou un acteur.

Le spectacle au complet est une réussite de trouvailles et d’énergie qui ont fait rire et embarquer toute la grande salle d’élèves et d’accompagnateurs. Il faut dire, ce Cœur est porté par une équipe admirable, outre ses concepteurs, avec Francis Rossignol aux commandes d’environnements sonores luxuriants et imagés, Alexandre Pilon-Guay qui fait un travail d’éclairages et de pénombre aux températures contrastées, Richard Lacroix dont les marionnettes et les décors arborent toutes les variations de saison et d’émotion possibles, et de dynamiques interprètes, excellents en manipulation et voix : Nicolas Germain-Marchand, Pierre-Louis Renaud, Estelle Richard et Karine Sauvé. Et dès la première, c’était rondement rôdé !

./* Texte d’Étienne Lepage adapté du conte La Reine des Neiges d’Andersen mis en scène par Catherine Vidal à la Maison Théâtre jusqu’au 22 novembre
6 à 10 ans

La semaine passée, la Maison Théâtre a ouvert les portes de sa salle intime sur sa toute nouvelle saison, avec Toi du monde, un spectacle de marionnettes du Bouffou Théâtre de France. Le directeur artistique de la compagnie, Serge Boulier, également metteur en scène et interprète de cette proposition, insiste sur sa conception de la scène comme lieu magique de partage des émotions, quel que soit l’âge. Adressée aux 3 à 6 ans, sa construction est un mélange sensible (et assez exigeant pour les enfants) de jeu, de poésie et de leçon de vie. Son style est appliqué et impliqué, le fruit de trente ans de métier passionnés et d’un savoir-faire expérimenté au fil des histoires.

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Dans un décor de maisons de poupée, un conteur, ramoneur de profession, visite de demeure en cheminée les habitants originaux de tout un quartier. Partageant les déboires et les chagrins d’un soir, il transforme les misères quotidiennes et petits travers de chacun en un grimoire de particularités et de récits qu’il tourne au fantastique, afin de redonner le sourire à la jeune Elle, soudainement envahie de tristesse. Pourquoi cette peine ? Elle n’arrive pas à le savoir, et ça n’est pas le point du ramoneur. Pour sa part, il démontre que l’accident, la maladie, le handicap ou l’obstacle font autant partie de la vie que les joies, le bonheur et l’espoir, de sorte que l’ensemble crée un équilibre et permet de défier le vide et le vertige de l’existence. Initiation au funambulisme : par ici.

Les personnages sont relativement âgés, du moins les marionnettes sans cheveux le font paraître, et leurs problèmes plutôt connotés du fait de vieillir – ce qui est une approche étonnante alors qu’on s’adresse à des petits petits. Deux voisins ne sortent sur leur balcon mitoyen que pour un salut dominical, un homme n’a jamais réussi à lacer ses souliers, un autre se déplace en fauteuil et repose sur sa voisine l’aidant pour des commissions ou ses médicaments, une femme perd la mémoire. Ernest, Adèle, Léon, Vittorio, tous drôles et attachants à leur façon. Mais aussi seuls, si on ne va pas vers eux, si on n’entre pas dans leur bulle par effraction.

C’est le pouvoir que le conteur révèle chez cette petite fille, celui de pousser la porte de son imaginaire et d’inventer des compagnons de route. De passer le seuil de sa chambre pour aller vers les autres, de comprendre qu’elle n’a pas à rester isolée, et que nous sommes tous, à divers moments et pour des raisons variées, au pied de montagnes hostiles ou de fleuves de larmes, sans idée de comment les traverser. Une leçon somme toute ardue et qui confond plein d’exemples à différentes échelles, pour des minis êtres qui n’ont peut-être jamais encore entrevu la difficulté du lacet, de la dyslexie ou de la timidité. Voir en la tristesse la beauté de l’émotion est tout de même un apprentissage tardif, qui accompagne la conscience de l’identité, l’authenticité des sentiments et le coût existentiel d’un mal pour un bien.

En revanche, la forme scénique du conte est ludique : des fils sont tendus entre les habitations, on marche sur les toits comme les chats, et à mesure que les foyers et les gens se rapprochent, une communauté solidaire se tisse. Ce lotissement du bonheur n’annihile définitivement ni les peurs ni les malheurs, mais il les intègrent, permet leur partage, les dédramatisent voire les tourne en signes distinctifs, qui donnent à chacun une couleur de caractère et d’étranges manies routinières. Cela forme au final une harmonie, un équilibre entre plusieurs. Les subtilités d’équilibre, les détails de ce labyrinthe architectural sont à l’image de l’enchevêtrement des anecdotes et personnages, très construits mais certainement durs à suivre. Comme les questions de langage et du nombre d’L pour voler. Le choix de ne pas pointer un souci précis chez la fillette ne fait pas de son histoire un bon fil conducteur. Si on était Elle, on s’y perdrait un peu, malgré la clochette et le rendez-vous régulier du dimanche à neuf heures. Et puis c,est triste, en vrai, la vieillesse, la mort, la perte d’autonomie, la solitude, même si l’on rêve d’en échapper. Alors on referme les portes du quartier sans bruit en sachant que la vie et le temps apporteront sûrement sagesse et conseil. En grandissant, un toit, ce n’est plus toujours si haut que ça.

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Toi du monde de Bouffou Théâtre (France)
Jusqu’au 4 octobre
Maison Théâtre
3 à 6 ans

COUPS DE THÉÂTRE 2014 13e édition ./* Survol de la programmation avec son directeur et fondateur Rémi Boucher

Le festival montréalais Les Coups de théâtre, organisé aux deux ans depuis maintenant 25 années, revient cet automne 2014 avec une 13e édition haute en propositions et découvertes, pour le plaisir de tous. C’est au nom de ce principe de plaisir partagé que Rémi Boucher, directeur du Festival depuis sa création et de tous temps impliqué dans les arts et la scène jeunesse, défend une programmation éclatée mêlant danse, théâtre, musique et marionnettes, parfois technologies, pour tous les goûts et les âges.

« Il y a vingt ans, quand on a fondé le festival, j’ai voulu inscrire le théâtre jeunesse dans le théâtre. Et on a toujours maintenu ça au fil des ans, on a toujours cogné sur le même clou. C’est un théâtre aussi intéressant, aussi novateur. Et on a fini par marquer des points. Parce que le défi il est là : créer une articulation claire, prendre position sur ce qu’on fait. »

Hier dimanche, le spectacle espagnol A mano lançait donc le bal en toute simplicité: concerto de mains agiles parmi quelques objets et figurines de pâte à modeler, pour célébrer l’amitié et le bonheur d’être ensemble, en petit comité. (Le spectacle est rejoué ce midi et mardi à l’Usine C.) Et ce soir c’est le grand jeu, avec la compagnie Le fils d’Adrien Danse et sa première mondiale L’éveil. La pièce, chorégraphiée par Harold Rhéaume et mise en scène par Marie-Josée Bastien en collaboration avec Steve Gagnon à l’écriture, vise un auditoire adolescent, en offrant à voir le moment de l’éclosion de certains sentiments nouveaux et contradictoires chez des jeunes en pleine affirmation et recherche de qui ils sont. Pour Rémi Boucher, c’est une fierté que d’ouvrir l’édition 2015 sur cette création mondiale, parce que la présence de la danse, comme de toutes les autres formes d’art représentées dans le programme, est une volonté d’ouverture, également une prise de position: le théâtre ne se limite pas à un texte et son accessoirisation.

A Mano (c) Clara Larrea

Les Coups font ainsi de la place pour tout: des pièces sans parole (L’histoire du grillon égaré dans un salon du Théâtre des Confettis), d’autres en langue étrangère (Los cuervos no se peinan de la compagnie mexicainee Los Endebles). Le diffuseur québécois explique que lorsqu’il prospecte de par le monde, il faut aller au-delà des frontières linguistiques et culturelles pour comprendre la richesse de ce qui prend forme différemment, ailleurs. Un des critères les plus aidants peut-être, mais déstabilisants et imprévisibles, reste la réaction de ce public si particulier et changeant: l’enfant. À lui la notion même de « mise en scène »on ne lui joue pas. Les mascarades, la crème et la facilité sont son quotidien, et il en est maître, servez-lui autre chose. Son langage est encore pur, innocent, imagé.

« Les enfants ils sont neufs. Aucun préjugé possible, aucune attente. Ils sont là et il faut les intéresser. Et les acteurs quand ils sortent de scène, ils sont lavés, ils ont tout donné. »

Cela, les compagnies jeunesse l’ont bien saisi et n’hésitent pas à se diriger vers des objets et projets plus insolites et travaillés. De retour par exemple, l’irrésistible équipe de La Pire Espèce, à l’origine du Petit bonhomme en papier carbone qui tourne sans relâche depuis Les Coups 2012. Olivier Ducas, Mathieu Gosselin et Francis Monty ont vidé leurs coffres et leurs greniers et redonnent vie et comique à toute une galaxie d’objets et de matière pour la création mondiale de Futur Intérieur, racontant leur extraordinaire périple dans l’hyperespace (une seule date le 23 novembre aux Écuries, mais ils repasseront c’est sûr). Les propositions belges de Zonzo Compagnie promettent également une expérience de théâtre musical hors du commun. Avec Écoute le silence, un voyage avec John Cage, ils emportent les 6 ans et plus au coeur du fascinant univers du compositeur, dont les mises en scène du silence sont présentées avec inventivité et sans simplification inutile. Autre production très attendue et curieuse, La fille qui fixait inspirée de la nouvelle de Tim Burton.

« 1) J’ai connu une fille, jadis,

qui restait là à regarder, l’oeil fixe,

quoi, qui, y ou x,

elle s’en souciait comme d’une cerise.

2) Elle fixait les pâquerettes.

3) Le ciel au-dessus de sa tête.

4) Ou pareillement vous fixait, vous, à perpète,

sans que vous sachiez pourquoi cette fixette… »

L’illusion, Théâtre de marionnettes n’est pas en reste avec Philémon et Baucis, une exploration en paroles et chansons tout à fait inusitée sur les pas de l’Opéra d’Haydn. (Une seule représentation ici aussi, le 23 novembre au Studio-théâtre déménagé sur la rue Saint-Denis coin Beaubien). Et du fameux collectif de Québec L’eau du bain, le spectacle Impatience sera indéniablement passionnant et innovant, puisqu’il interroge la notion de vérité alors que de jeunes acteurs dévoilent leur histoire au public via un dispositif sonore interactif spécialement pensé pour relier la salle et la scène. Un autre must pour adolescents conçu par Anne-Marie Ouellet et Thomas Sinou, qui sera en reprise à l’Usine C en fin de saison.

Impatience (c) Jean-Philippe Tremblay

En contrepartie de ces formes variées, le festival conserve un espace privilégié en l’honneur de la langue, comme en témoigne l’éclairage consacré à l’oeuvre du Français Philippe Dorin. En raison de l’annulation d’Abeilles, habillez-moi de vous, l’auteur présent pour des activités de médiation accompagne un seul spectacle finalement, dont la poésie et la délicatesse semble briller pour deux: Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu. Portée par la troupe française Les Deux Mondes, cette histoire est celle d’un passage atemporel entre les rêves d’une enfant et ses souvenirs de vieille femme, par le raccourci magique d’une paire de souliers et d’une écriture imagée. Établissant un même pont surnaturel entre les morts et les vivants et entre les générations de l’innocence et de la mémoire, Les grands-mères mortes de Karine Sauvé, aux mains de la Cie Mammifères, déploie aussi une langue et des procédés étonnants pour célébrer les derniers moments de la vie.

Et pour compléter le tour, seront également de la fête Simon Boulerice avec Tu dois avoir si froid, le Théâtre Bouches décousues de Québec avec Papoul, l’incroyable Bob Théâtre français (Princesse K, Nosferatu) de retour avec Fin de série, et Bouffe, une collaboration franco-canadienne du Théâtre populaire d’Acadie et du Satellite Théâtre. Dans la vision de Rémi Boucher cependant, ceux qui prendront part à l’événement seront beaucoup plus nombreux. Les adultes par exemple constituent une cible que les spectacles oublient rarement de séduire à un autre niveau.

« Ce qui m’intéresse particulièrement est de présenter des spectacles avec des lectures pour adultes et des lectures pour jeunes. Ne pas ennuyer les adultes, c’est important. Au sein d’une salle, il y a aussi une dynamique qui s’installe entre les parents et les enfants. Et ça, pour moi, c’est extraordinaire et ce qui fait la force de ce théâtre-là. C’est un théâtre pour tous. »

Les créateurs du milieu du théâtre, même s’ils visent des publics majeurs, ne devraient pas se priver des enseignements d’ingéniosité et de modestie que procurent des mises en scène destinées avant tout aux enfants, dont chaque tranche d’âge présente des défis particuliers et de taille. Plus généralement, Les Coups comptent attirer une grande variété de professionnels – auteurs, diffuseurs, programmateurs, comédiens – à l’occasion de la vitrine surf le théâtre jeune public québécois, Focus Québec qui se déroulera du 19 au 21 novembre cette semaine.

Tu dois avoir si froid (c) Agathe Bray-Bourret

Dans le cadre de ces réflexions sur l’avenir du théâtre jeunesse, Rémi Boucher a nombre d’expériences de scène, de coulisses et d’initiatives connexes qu’il a menées (Les P’tits Loups, Ciné-Kid) à partager. Il souhaite également rendre curieux des dramaturges à la langue vive d’ici et d’ailleurs (on pense aux Histoires à faire des cauchemars d’Étienne Lepage programmé aux Coups 2012) pour qu’ils se frottent à l’aventure du jeune public et poussent la discipline plus loin. Parmi les pistes en développement constant, il y a aussi le réseautage institutionnel dont Les Coups sont un fier contributeur et exemple (par exemple en s’associant à diverses échelles avec le MAC, le CCA, The Brooklyn Academy of Music de New York ou le Bellas Artes Museo de Mexico, le Centre National des Arts d’Ottawa et Les Gros-Becs de Québec, ou en poursuivant les collaborations et discussions avec La Maison Théâtre, L’Illusion Théâtre, Les Castelliers). Dans cette optique, le directeur du festival fait déjà fantasmer sur la prochaine édition en chatouillant des liens américains nord-sud, un foisonnement théâtral venu d’Europe du Nord et Scandinavie voire d’Asie, en complément des compagnies traditionnellement invitées du Québec, de France et de Belgique.

« Comme on ne peut pas tout présenter, et pour profiter de la présence des diffuseurs, de la rétroaction d’autres artistes et d’une expérience devant public, on a offert aux compagnies de s’inscrire dans une sorte de programmation off. C’est un service que l’on rend si on veut, en tant que temps fort du théâtre, en parallèle de notre programmation officielle. »

Donc pour ceux qui n’en ont jamais assez, Les Coups ont prévu le coup avec une programmation off permettant à d’autres compagnies absentes cette année de saisir l’occasion d’un auditoire de jeunes et de diffuseurs au rendez-vous pour reprendre des productions récentes ou tester sur les planches des étapes préliminaires de projets passionnants à venir. C’est le cas du Bluff Théâtre, qui s’exposera ce début de semaine avec leurs derniers travaux, le spectacle Un monde qui s’efface et la création en cours Les haut-parleurs (texte et mise en scène de Sébastien David). L’opportunité d’attraper au bond, si vous les aviez manqués ou adorés, Gros Paul du Moulin à musique (Anne-Marie Olivier) en cocréation avec l’ECM+, Le plus court chemin entre l’école et la maison de Mathieu, François et les autres… (texte de Jean-Rock Gaudreault et mise scène de Jacinthe Potvin et Yves Dagenais), Ô Lit ! de Bouge de là.

La liste d’événements et rendez-vous est ici incomplète de tout ce qui vous surprendra dans cette trépidante programmation. 45 représentations de 15 compagnies du Canada, de France, de Belgique, du Mexique et d’Espagne, dont neuf créations mondiales, des conférences, une table ronde, et une multitude de rencontres inimaginables. Ça fait deux ans qu’on les attend, et deux ans qu’ils nous attendent. Marquons Les Coups !

« La prochaine édition ? Ça roule ! On est très aguerri. J’ai une super bonne équipe je dois dire, vraiment. Ils ont une énergie que j’aime énormément, et on a beaucoup de plaisir. Voilà, on va vous partager ça ! »

./* Toute la programmation