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Film

./* À propos de l’installation extérieure LOOP, oeuvre lauréate du 7e concours de Luminothérapie qui occupera la place des Festivals du Quartier des spectacles du 8 décembre 2016 au 29 janvier 2017

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Préfiguration de LOOP (équipe de création)

Inaugurée officiellement le 7 décembre sur la place des Festivals, une installation extérieure de treize zootropes fera rêver et bouger petits et grands cet hiver, à la fois lumineuse, sonore et récréative. D’imposantes roues, à la croisée du cinéma et de la machine rétro-futuriste, mettront en mouvement et en lumière des boucles de 24 images évoquant plusieurs histoires et personnages de contes.

Il était une fois, deux fois, mille et une fois… le petit chaperon rouge avalé par le loup, la maison soufflée des trois petits cochons, la spirale du rêve d’Alice au pays des merveilles ! Actionné par le public assis à bord ou debout autour, chaque zootrope créera sa bande animée et sa musique unique, prolongées à grande échelle par des projections monumentales sur les façades alentour.

Conçu par le compositeur Olivier Girouard, directeur artistique d’Ekumen, et l’artiste visuel Jonathan Villeneuve, en collaboration avec ottoblix pour la recherche visuelle et l’expertise de Générique Design, LOOP a remporté la septième édition du concours Luminothérapie du Quartier des spectacles. Une oeuvre ludique et féérique, pour tous, déployée jusqu’au 29 janvier.

De courtes capsules explicatives ont été créées en collaboration avec les artistes par Stefan Nitoslawski, portant sur différentes étapes et plusieurs défis du processus de création et du développement des machines :

CAPSULE #1

CAPSULE #2

CAPSULE #3

CAPSULE #4

CAPSULE #5 

CAPSULE #6

CAPSULE #7

CAPSULE #8

Plus d’infos

www.ekumen.com

www.quartierdesspectacles.com

./* Rendez-vous le mercredi 7 décembre pour l’inauguration officielle organisée par le Quartier des spectacles

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CINEMANIA 2016 22e édition ./* À propos du film La fille inconnue de Jean-Pierre et Luc Dardenne (Belgique, 2016)

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L’intrigue se passe en périphérie de Liège, où Dre. Davin, une jeune médecin généraliste décide, après un remplacement temporaire, de reprendre le cabinet et la clientèle d’un mentor retraité. Cette femme obstinée et de caractère taciturne, la moue froide, ne craint ni les heures supplémentaires, ni les visites en foyer défavorisé ou les patients récalcitrants. Silencieuse, elle suit son curieux instinct et une déontologie propre, qui la mènent à s’ingérer dans une intrigue policière, plus détective et perspicace que les policiers eux-mêmes. C’est qu’un soir fatigué, pressée par son assistant stagiaire d’ouvrir la porte à un coup de sonnette une heure après la fermeture de la salle d’attente, elle décide d’ignorer l’appel. Elle apprendra par la suite que la prostituée filmée sur son perron par la caméra de vidéosurveillance, en état visible d’urgence, s’est fracassé la tête sur la berge bétonnée du fleuve, un peu plus bas dans la ruelle, de tenter d’échapper à un agresseur, et qu’elle n’est pas identifiée. Parce que la demoiselle fuit la précarité de sa vie sentimentale par le travail, et qu’elle conserve de ce fait divers un fort sentiment de culpabilité, elle s’investit dans une enquête de pointes de cheveux coupées en quatre et tirées les unes les autres bout-à-bout pour former un scénario criminel, à la reconstitution humainement improbable. Tout cela pour retrouver le nom de la victime à graver sur sa tombe.

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Ce rôle de praticienne rigoureuse et bornée est tenu solidement par l’actrice Adèle Haenel, qui crevait l’écran dans Les Combattants l’an passé. On ne saurait pas lui donner d’âge, tellement elle oscille entre la naïveté, l’impétuosité, l’expérience ; une forme d’adolescence aussi butée que mature et perpétuellement en rébellion contre elle-même. Elle est déroutante par son sens unique, frondeur, et son élagage de la vérité à l’essentiel. Elle met un certain temps à gagner du crédit dans son rôle de soignante, tant elle semble au départ peu empathique. Mais à la voir aller avec les gens, on comprend progressivement : le temps précieux, l’écoute alerte, l’attention au bon moment, sans jamais insister sur aucun geste. Vraie.

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D’un coup cette “fille inconnue”, écho du soldat anonyme de guerres injustes, vient faire trembler la muraille de pierre. L’ébranlement pourrait être une qualité du corps médical sans faille, s’il advenait à lui faire réaffirmer son engagement, voire l’endossement de la vocation. L’histoire du stagiaire Julien, qui menace de renoncer à la fin d’études éprouvantes et d’une expérience fragilisante, est de cette trempe. Qui croire ? Pourquoi persévérer ? Contre quoi se battre ? Le récit donne raison aux incessants insatisfaits : il faut toujours continuer de chercher, peu importe les obstacles.

Le film va donc plus loin : chaque personnage impliqué finit par entrer en contact avec la docteure pour lui confier, dans un élan d’allègement de la conscience, ce qu’il a sur le coeur et sait de vérité. Qu’il s’agisse de l’enfant acteur, du parent menteur, de la soeur jalouse, tous réagissent en camouflant leurs fautes avant de provoquer des aveux. Au final demeure ce docteur, prometteur de mieux accueilli au sein de quelques familles, dans l’intimité de leur désordre et de leurs dysfonctionnements, de leurs solitudes. La paysage complet est triste malgré les témoignages généreux envers la profession et l’espoir de soins. Les temps sont bêtement difficiles et il n’y a pas nécessairement de responsable pour chaque mal, juste un système oubliant les noms de chacun.

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Il se passe en sous-texte quelque chose de grave : la grisaille belge prend un goût désagréable, sans doute pas anodin, dès lors qu’on passe en revue les témoins et badins. Mère monoparentale, clients d’un centre de téléphonie, écoliers à scooter ou addict en manque. À plusieurs moments des remarques racistes fusent, des raccourcis de répliques marmonnées, des regards. Les frères Dardenne abordent la médiocrité socioéconomique dans ses impasses pratiques, presque sournoises. Si le petit est malade l’école le ramène, et sa mère ne pouvant s’absenter de jobbine en période de probation professionnelle, appelle un renfort pour le garder, qui ne répond pas : direction le médecin de famille. L’indistinction entre sphère professionnelle et espace privé dans ce film est une clé.

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“J’arrive pas à me faire à l’idée qu’on va l’enterrer sans connaître son nom.

– C’est vrai et en même temps, c’est pas vous qui l’avez tuée.”

CINEMANIA 2016 22e édition ./* À propos du film Mal de pierres de Nicole Garcia (2016)

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Plus ce film avance, plus il devient intéressant. Il retrouve progressivement sa tension de la scène introductive en voiture, filmée en angles indirects, son malaise bourgeois, ses mensonges engloutis. L’entre-deux est davantage narratif et latent, dans l’attente d’une issue. Une plongée dans le monde de la cure thermale qui n’aborde que de biais la maladie mentale et ses fragilités psychologiques. En réalité, ces dernières sont vues de l’intérieur, par les yeux paniqués de celle qui en subit les assauts. Une femme tempêtueuse, aux élans passionnels et aux sentiments imprévisibles.

Le personnage de Gabrielle, porté par Marion Cotillard, place la thématique des troubles nerveux sur le plan du dérèglement hormonal et des explosions caractérielles, à une époque où la femme inféconde est encore dite au risque de l’hystérie. Alors qu’elle est écartée dans un établissement de bains, pour soigner le mal de pierres qui lui inflige des crampes intolérables et des sautes d’humeur difficiles, son état, en apparence plus constant et sociable, s’aggrave. À l’écran on ne montre que les verres et les jets d’eau, mais au regard de son tempérament incontrôlable, on suspecte aussi des traitements complémentaires, peut-être médicamenteux, qui corroborent par la suite un dur retour à la lucidité. Une accalmie avant la crise.

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Paysage complet de la France du sud provinciale, à un demi-siècle de là, ce long-métrage de Nicole Garcia effleure les bouleversements des années 1960, une guerre d’Indochine au lointain, les remous de l’Espagne franquiste, une main-d’œuvre immigrée qui s’installe après la reconstruction, les dernières résistances de la religion dans les foyers et des ambitions féministes qui cognent à la porte de l’émancipation. Pour quelques temps encore, le mariage endosse la responsabilité de construire un cocon familial protecteur. En ce sens, le personnage masculin José (le séduisant et silencieux Alex Brendemühl) est exemplaire : puissant et dévoué, il reste debout pour son épouse, discrètement bienveillant, travailleur, inquiet et patient.

L’actrice est royale et cassante, ses grands yeux éberlués de détresse et de mépris, posés sur la réalité. À plusieurs reprises, elle apparaît mauvaise, dévastée, irréparable. Poupée vêtue de robes fleuries, pourtant l’âme fanée, ballerine au mécanisme détraqué. Son destin est un drame. Quant à l’amant, l’ex-lieutenant Monsieur André Sauvage, incarné par la froideur et l’irascibilité de Louis Garrel, son teint cireux et son air brumeux fatiguent – effet de casting.

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Dans une scène finale de crise en bord de mer, sublime, une faille s’affirme, qui arrache la vérité à la folie. Le mari confie sa façon atypique et fidèle d’aimer, en préservant à sa femme cette bulle de liberté dans laquelle vivre ses rêves, quitte à entretenir le mirage et le mensonge. Il se rapproche en cela du témoignage du père dans En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut, qui écrit dans ses mémoires :

“Son comportement extravagant avait rempli toute ma vie, il était venu se nicher dans chaque recoin, il occupait tout le cadran de l’horloge, y dévorant chaque instant. Cette folie, je l’avais accueillie les bras ouverts, puis je les avais refermés pour la serrer fort et m’en imprégner, mais je craignais qu’une telle folie douce ne soit pas éternelle. Pour elle, le réel n’existait pas. J’avais rencontré une Don Quichotte en jupe et en bottes, qui, chaque matin, les yeux à peine ouverts et encore gonflés, sautait sur son canton, frénétiquement lui tapait les flancs, pour partir au galop à l’assaut de ses lointains moulins quotidiens. Elle avait réussi à donner un sens à ma vie en la transformant en un bordel perpétuel. Sa trajectoire était claire, elle avait mille directions, des millions d’horizons, mon rôle consistait à faire suivre l’intendance en cadence, à lui donner les moyens de vivre ses démences et de ne se préoccuper de rien.”

C’est le tour de force de Mal de pierres, de dégager de vastes horizons dans cette existence d’orages. Les images sont magnifiques, la grisaille devient peinture, le parfum de l’intempérie imprègne l’écran. Là où le spectateur craint la lenteur, l’immobilité, l’ennui, la romance, ou la superficialité sur un sujet profond, Garcia délaisse un peu de son romantisme lisse pour relever ses manches et plonger dans la noirceur de la démence. Elle traduit, avec perspicacité, la brume et la vase de la dépression, ses éclaircies aussi miraculeuses qu’éphémères, ses épines et ses falaises, dans une métaphore paysagère de massifs alpins et de champs de lavande. L’effet est entêtant, et il n’y a que quand tout s’effondre qu’on comprend l’érosion sournoise de la raison, ces deux heures durant, le grignotement de la maladie comme une gangrène.

FNC 2016 45e édition ./* Programmes 1 et 4 en compétition de la série Focus sur les courts-métrages québécois et canadiens

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Il semblerait que le court-métrage canadien prenne plaisir à imaginer le pire avec légèreté, voire humour. C’est le cas de la plupart des courts regroupés dans les programmes 1 et 4 de la série Focus, le premier empruntant des apparences rétro à la mode (façon Stranger Things), le second tournant à la dérision une violence explicite. Parmi ces sélections, quelques distinctions à retenir, et malheureusement manqué le Tout simplement de Raphaël Ouellet – présenté à Talent tout court de Cannes et présumé très bon.

La palme revient à : Grimaces de Ian Lagarde et Gabrielle Tougas-Fréchette, deux valeurs sûres d’une réalisation impeccable, d’un sujet original en plein dans le mille, et d’une distribution québécoise sentie (Anne-Élisabeth Bossé et Alexis Lefebvre en avant-plan, sans compter des clés dans l’équipe élargie, tels que Mathieu Grondin au montage et Navet Confit à la musique). Sur le thème d’enfance du “Fais pas cette face, un courant d’air et tu restes pogné…”, ils sont une gang de trentenaires à se retrouver les doigts étirant la bouche, les yeux qui tombent, les lèvres en carpe ou les sourcils exagérément circonflexes, adultes amochés par leur bêtise de jeunesse. La métaphore est riche, sur les tares que nous promettent l’immaturité attardée de l’adolescence et ses tentatives. débiles, non moins extrêmes et dangereuses. Sans revenir sur un jugement de ce que chaque âge donne à vivre, et de ce qu’il faut tenter pour comprendre, en dépit des conséquences, ce court est avant tout extrêmement comique et réussi. Un moment de pure rigolade à observer ces jeunes de travers faire de la sensibilisation, s’écoeurer ou s’obstiner. Leur énonciation entravée accompagnée de surtitres fait le film ! Au final ils y trouvent leur compte, avec la seule “morale” d’un chantage pour frencher. Adulte un jour, ado toujours !

Le pitch est un verdict : “Anne n’a pas la face facile ; le caractère non plus. Alexis salive, prisonnier de leur amitié. Leur histoire est compliquée, couverte de bave et de volupté.”

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Maîtres nageurs de la réalisatrice Karine Bélanger sent heureusement le chlore, une chaleur douce de fin de saison, la paix d’un quartier tranquille ou d’une municipalité de région, et l’insouciance d’une adolescence qui a du temps pour l’ennui et la gratuité de la vie. Il y a les cris venant de la piscine et les avertissements graves des maîtres nageurs en réponse, les railleries au changement de shift, les après-midi pizza et pluie, les jeux à boire et soirées illégales autour du bassin. Rien qui ne porte réellement à conséquence, jeunesse se passe.

Et puis un beau jour de veille d’automne et d’affluence familiale, un simple accident au pied du tremplin bientôt démonté, une insuffisance respiratoire peut-être, une mauvaise chute ou un coup de malchance. Tout est filmé hors-champ car, primauté de la masse, la vie continue, l’été ne s’achève qu’annuellement. L’image est bonne, la perception est exacte, l’histoire est dans un juste ton d’ordinaire et de réalisme. Le travail sonore est excellent.

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Il y a une perspicacité dans Mutants du québécois Alexandre Dostie, sélectionné au Talent tout court de court de Cannes puis au TIFF, un réalisme simple et cru, qui touche même s’il (ou particulièrement parce qu’il) relève d’une autre époque pas si lointaine, un autre temps de références générationnelles qui nous constituent, résonnent en nous. Les Mutants sont l’équipe de balle molle de futurs bums du coin, sous la direction d’un coach en chaise roulante qu’a dû en voir d’autres (Francis La Haye, très juste). En quelques minutes savamment utilisées ou traînantes, ce film rend efficacement la collision de diverses thématiques centrales et constitutives de l’adolescence : les premières responsabilités, les succès et échecs, le défi de la sexualité et de l’éveil sentimental, les rapports à l’autorité, les balbutiements d’expériences professionnelles, etc.

Un méchant oeil au beurre noir (Joseph DeLorey, petit as en herbe), et c’est l’été et le momentum qui y passent, l’innocence qui flanche, des vies entières qui basculent silencieusement. Le sport comme terrain de socialisation, mise au défi des pulsions et contrôles individuels, aire de compétition et d’affirmation ou d’effacement, comme dans la vraie vie. Une game à jouer qui décide un peu comment on participera au reste…  Et vu de loin, le monde adulte s’essouffle, s’immole, s’enterre, avec de moins en moins de chemins possibles pour avancer plus loin. Touchant à l’extrême, si on y réfléchit.

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Décalé au possible, et pourtant sis dans un contexte réaliste qu’on n’oserait remettre en question, Here Nor There de Julia Hutchings organise une collision des genres : entre fiction, polar, comique absurde et série TV mélodramatique. Un homme âgé organise des funérailles pour sa femme disparue, auxquelles il convie un acteur déguisé en détective privé pour livrer à la famille les résultats de l’enquête, la démonstration du cadavre, et la délivrer par le même fait du poids du doute transposé en deuil. Professionnel et intègre, l’homme (Larry Macdonald) tient parfaitement son rôle. À part qu’il est le seul dupe de cette mascarade dans laquelle tous les rôles sont inversés. Habitués et quelque peu blasés, tous les proches jouent ces fausses obsèques tandis que chacun sait que la défunte s’est éclipsée avec son amant il y a des lustres, et que le seul à ne pas l’accepter est le mari abandonné. Un retournement de situation parfaitement mis en scène, inédit et intrigant.

Tout est soigné jusqu’aux contre-plans avec le plus d’attention criminelle possible. Un objet de choix pour de nombreux festivals, qui va assurément poursuivre son chemin dans le genre, en se faisant remarquer. Agréé par La distributrice de films ; suspense et grand jeu au rendez-vous.

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Ah ah ! Jean-Marc Vallée, grand réalisateur du temps, prolixe et évident dans tous les styles, tantôt québécois, américain ou français à la guise, adulé de tous et vendeur à souhait…  de sorte qu’il devient l’exclusivité DVD d’un dépanneur chinois qui ne jure plus que par lui, son effigie en carton et sa filmographie déjà mythique de par la planète. Par la réalisatrice Annie St-Pierre, un 5 minutes pile dessus, drôle et intelligent, bourré de dérision, gratuit mais mérité.

./* Aussi au(x) programme(s) :

Black Cop de Cory Bowles, 11 min, 2016

Drame de fin de soirée de Patrice Laliberté, 8 min, 2016

L’air de vent de Jonathan Tremblay, 10 min, 2016

Love Stinks de Alicia Harris, 13 min, 2016

Slurpee de Charles Grenier, 10 min, 2016

The Date de Svet Doytchinov, 10 min, 2015

The Ghost and the Garden de Nelson Roubert, 7 min, 2016

FNC 2016 45e édition ./* Mister Universo de Tizza Covi + Rainer Frimmel, Autriche + Italie, 2016

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À cheval entre le film documentaire et le road-movie, Mister Universo est la dernière immersion réaliste dans l’univers du cirque conçue par le duo de réalisateurs et photographes italo-autrichien Covi et Frimmel, à la tête de leur agence indépendante Vento Film. Un cinéma à part : pensé, précis, pudique et perçant.

Dans cette aventure on suit le jeune Tairo, dompteur, sur les traces d’un ancien homme de fer autrefois déclaré Monsieur Univers, Arthur Robin, ainsi que son amie acrobate. Dans une bisbille de terrain vague, Tairo voit sa caravane pillée et ses objets personnels jetés ici et là en guise de représailles : il ne retrouvera jamais son fer à cheval porte-bonheur, sans lequel il refuse de se représenter. C’est pourquoi il part à la recherche de l’homme fort qui lui a tordu et offert ce fer alors qu’il était enfant, souvenir d’un quasi rituel initiatique qui aurait déterminé sa carrière. À travers chaque rencontre et visite à une grande famille éparpillée, dont on ne distingue pas les liens du sang des liens du cirque, on en découvre un peu plus sur ce mode de vie et les valeurs particulières qui le régissent tout en préservant une totale liberté individuelle.

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La distribution et les personnages sont tout à fait étonnants et attachants, plus vrais que nature. L’âge travaille les corps durement et pourtant les traits trahissent une originalité sans ride. D’oncle en fils et de grand-mère en belle-fille, les générations se succèdent dans la profession, qui voltigeur qui trapéziste. Personne ne quitte jamais vraiment le monde forain, pris dans sa roulotte à perpétuité, les moyens limités ou le rêve collé au plafond. Toutefois, toujours il y a quelque chose à dire, à se rappeler, à donner ou à conseiller, surtout dans la précarité. Au pire un sourire et des encouragements, une information, une recette de bonne fortune, un avis. Chacun y va donc de son ragot sur la piste de ce Monsieur Univers, jusqu’à ce qu’on le retrouve en effet, lui et sa conjointe longue et marrante, couple de retraités attendrissant, à la hauteur de tous les espoirs.

Il y a beaucoup de l’Italie dans ce fonctionnement, berceau des cirques classiques européens. Le verbal, la famille, l’honneur et la fierté, le rire et l’enchère. Il y a aussi de l’Autriche (ou de la Belgique) dans une météo morne, pluvieuse et visiblement froide, et des vies difficiles comme en expose souvent le cinéma d’Europe du Nord. Et une poésie particulière de la marginalité. Rien n’est trop romancé, Tairo n’est pas un athlète ni un gagnant mais il arpente une face ronde et généreuse, et se moque du malheur. Courageux, le mauvais sort l’atteint cependant à la mort d’un de ses tigres, tandis qu’une lionne vieillit et que le lion n’est pas dans son assiette. On ne le forcerait d’ailleurs pas à descendre dans la fosse tant ses petits chats n’ont pas l’air commode à rebrousse-poil. Mais il s’obstine. Au final, tous vivent modestement, avec peu de possessions et un avenir restreint, mais humainement et ludiquement ils voient grand. C’est la solidarité qui règne dans cette communauté bigarrée qui enrichit ses gens. Ils nourrissent également une insoumission viscérale à l’autorité et à la norme, âmes de caractère, intègres.

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L’écriture de Tizza Covi s’amuse aussi du thème des croyances et du désorcellement. Si Tairo est réticent à se faire tirer les cartes, tous et lui le premier sont sensibles aux symboles, aux grigris, aux rites de pratique. Cela fait en quelque sorte partie de leur costume de scène. Car il ne faut pas oublier que le cirque, même de famille et de village, joue avec le risque et l’exploit. De très belles métaphores de la vie à contre-courant sont illustrées avec humour et ironie : cette procession dans laquelle le protagoniste évolue en sens contraire, une route en pente où un défaut gravitationnel fait remonter les masses, une coupelle mise à l’eau avec des restes brûlés de bougie qui revient contre le flot se caler dans la berge… Une sorte de magnétisme lie les performeurs au cirque, un fatalisme qui teinte leur façon d’être au quotidien et alimente directement leur détermination. Irrationnel et fascinant.

FNC 2016  45e édition ./* The Ornithologist de João Pedro Rodrigues (Portugal, France, Brésil, 2016) + Lily Lane de Bence Fliegauf (Hongrie, 2016)

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Pèlerinage dans les bois

Au rayon des Incontournables, le FNC a classé la dernière oeuvre du réalisateur portugais João Pedro Rodrigues, dont la carrière avait démarré fort en 2000 avec le long-métrage O Fantasma. Rodrigues n’a depuis jamais dérogé de sa signature d’un cinéma gay affranchi et sans compromis, appelant au fantastique comme aux actes sexuels non simulés pour élargir les limites d’un réalisme dérangeant. O Ornitólogo a remporté un Léopard de la meilleure réalisation au Festival de Locarno cette année.

L’action se déroule dans les forêts du Nord du Portugal, en marge du célèbre chemin de Compostelle. Un jeune homme s’y retranche pour quelques jours de retraite personnelle et d’observation ornithologique. Plus les messages de son compagnon l’interrogent sur son état, la prise de ses médicaments, ses sentiments, plus lui prend du recul et de la distance vis-à-vis d’une relation qui le ligote intérieurement. Le film s’avère une allégorie de cette libération. Sympathisant avec les oiseaux sauvages de ce coin de nature préservé, il s’enfonce silencieusement dans la simplicité des besoins primaires et leur immédiateté. Plusieurs rencontres démoniaques – touristes japonaises castratrices, danseurs du feu, berger sourd-muet, amazones vengeresses – réveilleront chez lui des instincts de survie, des pulsions d’isolement ou de socialisation et des envies sexuelles brutes, l’éloignant de plus en plus de la réalité et de la raison.

Outre ses dérapages extrêmes subits, comme des coulées de roches chassées sous les pas, L’ornithologue impose une lenteur apaisante. Les vols d’oiseaux et les nages libres ramènent le corps a une existence simple, et bien sûr nue. Une nudité qui, chez Rodrigues, ne pourrait demeurer innocente tant elle est filmée avec puissance et sexualité. Dès lors, personne n’est plus seul et à l’abri mais espionné et menacé. La présence oblige le contact, et ce contact, physique, créé la prémisse au danger.

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Cette réflexion sur l’individualité en société ou en marge et sur l’état de nature s’embrase finalement en un feu de joie meurtrier, excessif et échevelé : Fernando se transforme en San Antonio avant de prendre le visage du réalisateur lui-même, dans un cauchemar identitaire costumé. Comme une traque du sacré derrière chaque arbre, débusqué par les moyens et superstitions les moins catholiques. Blasphématoire et faunique.

L’arbre aux mille poisons

À plusieurs reprises, la caméra du Hongrois Bence Fliegauf suit le tronc d’un arbre interminable dont l’écorce et les embranchements se veulent évocateurs du thème de la transmission, de la filiation, des générations. Plongé dans la noirceur ou filmé sous des jours gris, Lily Lane décortique la relation unique et atypique entre une maman (Rebeka) et son enfant (Dani) alors que l’unité familiale a éclaté et que la santé mentale perd pied. Dans le personnage de la mère, l’actrice Angela Stefanovics (membre de la Bela Pinter Theater Company) excelle d’une voix aiguë et surnaturelle dans une enfilade de récits obsessifs frisant la démence. Ceux-ci, plus que de simples histoires à faire des cauchemars dont elle emplit la tête de son bambin avant de s’endormir, leur constitue de fil en aiguille un univers parallèle qu’eux deux seuls peuvent peupler, comprendre, domestiquer. Au fur et à mesure de cette confidence, se dégagent aussi, par le biais du conte, les racines des troubles de celle qui raconte, Rebeka, partie sur les traces de son propre père retranché, qu’elle doit informer du décès de sa mère.

Au coeur d’un contexte conjugal difficile, il y a la détresse d’un enfant pris au piège et en chantage entre ses deux parents, l’agressivité et la méfiance que ces derniers nourrissent l’un envers l’autre, et cet âge fragile d’avant l’adolescence où la frontière entre le réel et le monstrueux, l’innocence et le mal, est si mal dessinée. La folie dépressive de la mère alimente les craintes déformées de l’enfant, et l’éloignement du père dans une vie d’apparence posée ne fait que creuser les écarts. La séparation des adultes et le vertige du garçon face au drame de la vie quotidienne devient une fausse aux mille dangers impossible désormais à traverser.

Stefanovics Angéla; Sótonyi Bálint

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N’égalant pas cette fois le Lion d’argent que la Berlinale lui avait attribué pour son précédent Just the Wind, Bence Fliegauf se distingue avec Lily Lane par une direction photographique sublime. Les images et décors énigmatiques sont issus de la périphérie de Budapest et des Collines de Buda, étendues forestières, sombres et labyrinthiques de l’ouest de la ville. Le réalisateur réussit également une direction d’acteur formidable avec son jeune interprète, Balint Sotonyi. De facture expérimentale, ce long-métrage déploie un imaginaire enfantin grouillant de peurs ultra-réalistes autant qu’irrationnelles. Ses excès et sa froideur émotionnelle renforce l’état psychologique de ses personnages. Enfin, Fliegauf y prend un malin plaisir à mélanger tout, le divorce, la violence et l’expérience de l’accouchement, le legs des grands-parents, le deuil et la passion. Un précipité d’autant plus toxique qu’il se répand partout silencieusement.

./* 34e édition des Rendez-Vous du cinéma québécois du 18 au 27 février 2016 à Montréal

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Ce jeudi soir l’avant-première du dernier Denis Côté, Boris sans Béatrice mettant en vedette James Hyndman dans un triangle infernal avec sa conjointe et la dépression – a marqué le lancement attendu de la 34e édition des RVCQ. Une grosse programmation cette année, se réclamant de plus de 300 films au total, des longs et courts-métrages, des documentaires et des animations, des programmes vidéo expérimentaux, de même que des leçons de cinéma (par Jean-François Rivard et François Létourneau, Philippe Falardeau, la porte-parole de cette édition Pascale Bussières, et André Turpin), également des rencontres et tables rondes, une carte blanche au TIFF, des rendez-vous pro, une projection-concert, ainsi que les réputées soirées des RVCQ invitant successivement la formation musicale Last Ex, le Gala Prends ça court, l’INIS pour ses 20 ans en plus de dégustations et détours en mixologie.

Le survol de la grille horaire est l’occasion de se remémorer les bons ou excellents coups de 2015, de même que des accrocheurs médiatiques, quelques titres poétiques, ou des invitations jusqu’ici manquées. Parmi les longues plongées, on voudra absolument recaser à l’emploi du temps le chef d’oeuvre Chorus de François Delisle, le magistral et étrange Endorphine d’André Turpin, l’attachant et sensible Félix et Meira de Maxime Giroux, et Le bruit des arbres de François Péloquin, simple et percutant, sans oublier le petit dernier de Sophie Deraspe, Les Loups, et ses paysages esseulés qui ouvraient les RVCQ 2015. Il faudra aussi conseiller les virées fantastiques de Turbo Kid (François Simard + Anouk et Yoann-Karl Whissell), Le coeur de Madame Sabali pour son entrain chantant, et le style diabolique de Guy Maddin et son récent The Forbidden Room.

Il demeurera quelques réticences à s’aventurer dans la légèreté familiale, conjugale ou sociale des Paul à Québec (François Bouvier), Le mirage (Ricardo Trogi) ou Guibord s’en va-t-en guerre (Philippe Falardeau), mais ils font sans conteste partie du paysage cinématographique de l’année passée. Le journal d’un vieil homme engendrera la même profonde et déprimante tristesse, de même que L’amour au temps de la guerre civile (Rodrigue Jean) violence et rebellion, ou Noir (Yves Christian Fournier) son impression de déjà dit. Fatima (Philippe Faucon) assurément, Tokyo fiancée certainement, Les êtres chers (Anne Émond) sans doute, Early Winter (Michael Rowe) peut-être, Bienvenue à F.L. si le temps s’y prête ; quant aux Gurov et Anna, Antoine et Marie, Anna, Ana, Augustine, Corbo, Attila, Ville-Marie ou Le Garagiste, il est probable que tous leurs noms restent sur le tapis…

C’est que bien d’autres attractions monopoliseront la curiosité, en plus des nombreux documentaires (P.S. Jerusalem de Danae Elon, Police Académie de Mélissa Beaudet, Pipelines, pouvoir et démocratie d’Olivier D. Asselin, Le nez de Kim Nguyen – non merci – et L’anti-leçon d’économie de l’Oncle Bernard de Richard Brouillette, pour ne citer que les plus remarqués) et programmes de courts en compétition, telles que des sélections aux ramassés sous les titres prometteurs et variés d’Amour amour, Premières fois, Plaisantes angoissesDes robots et hommes, Psychotonique, Pauvres insectes par exemple, tout en se gardant un creux pour le mystérieux Avant les rues de Chloé Leriche en clôture. Rattraper un peu du charme calme de La Neuvaine de Bernard Émond et son envol d’oies à Ste-Anne, ou du Continental, un film sans fusil qui a lancé Stéphane Lafleur il y a quelques années, ce sera possible avec un peu de nostalgie venue de Toronto.

Un pari au hasard : Copenhague – A love story de Philippe Lesage (réalisateur des Démons). Quartier latin, jeudi 25 à 20h30

Une découverte discrète et ravissante : Nuits de Diane Poitras. Cinémathèque québécoise, vendredi 26 à 18h

Pour le reste, place à l’improvisation ! Une seule garantie : du cinéma bien d’ici. Un condensé de FNC, de Sommets de l’animation, de RIDM qu’il fait plaisir de retrouver hors-saison.

 

./* Programmation RVCQ 2016 http://rvcq.quebeccinema.ca/grille-horaire