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Danse

« Cette musique était vraiment folle. Elle était triste et gaie à la fois, et mettait ma mère dans le même état. » En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

 

./* À propos de a rather lovely thing d’ARIAS Company (New York)

Présenté le 5 août au FASS et du 11 au 15 octobre à la Cinquième Salle de la PdA par Danse danse

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COUPS DE THÉÂTRE 2014 13e édition ./* Spectacle d’ouverture L’Éveil de la compagnie Le Fils d’Adrien danse

Les Coups de théâtre 2014 se sont achevés ce dimanche, alors qu’ils débutaient, une semaine plus tôt, à l’occasion de la création mondiale de la pièce L’Éveil de la compagnie québécoise Le Fils d’Adrien danse, chorégraphie d’Harold Rhéaume mise en scène par Marie-Josée Bastien. Une production pour adolescents attendue, mélange de danse, théâtre et vidéo, pour laquelle on pouvait d’office regretter qu’il y ait trop d’invités et pas assez de public cible dans les rangs.

La programmation d’un spectacle de danse en ouverture du festival était un choix réfléchi et tout à fait assumé de la part du directeur Rémi Boucher, qui soulignait en entrevue l’engagement des Coups pour la présentation d’autres formes complémentaires au théâtre, et son respect de la danse comme une ouverture à d’autres langages que le parler. Dans le cadre de L’Éveil, une création destinée aux 13 ans et plus, le mouvement est d’autant plus justifié et efficace qu’il s’adresse aux adolescents sur un registre qu’ils vivent au quotidien: celui de l’énergie, de l’action, de l’ambition de bouger et d’entreprendre. C’est d’ailleurs cet angle, général et émotionnel, qui offre au spectacle une certaine justesse de ton et une originalité d’approche. Des anecdotes précises y sont abordées, telles que le départ de la maison familiale, les premières relations, le questionnement de son image physique ou des déceptions amicales marquantes. Plutôt que d’être caricaturées pour une catégorie de 12-17 ans, dont on moque souvent des comportements types, elles sont déclinées entre les six interprètes, s’appropriant autant de façons de vivre leur âge et son intensité.

Par couple, isolés ou en groupe, ils sont tour à tour confrontés à des situations d’éveil – communautaire, politique, sexuel, des sentiments ou de la conscience – face auxquelles ils réagissent instinctivement, en fonction de leur caractère, la personnalité qu’ils se donnent et ceux qu’ils souhaiteraient être, projetés dans un monde adulte. L’un démontre un attachement facile, une autre de la méfiance, un autre un esprit de conciliation naturel qui lui fait contourner les conflits et problèmes. Certains d’eux sont explosifs là où d’autres s’éloignent en solitaires ou se contiennent et s’effacent. Ces traits de caractère qui traversent les mises en situations sont autant des indicateurs du milieu dans lequel ils ont grandi que des signes annonciateurs de la façon dont ils traverseront les épreuves à venir, et des individus qu’ils se préparent à être inconsciemment. S’y lisent à la fois les prémisses de « patterns », les modèles qu’ils fuient, les idéaux nourris et surtout l’élan qu’il leur faudra apprendre à maîtriser. S’y dessine aussi l’authenticité de leur personne et les valeurs enracinées qui guideront leur être en devenir cerné par un horizon de possibles.

Alors que le choix des tableaux démontre une sélection laborieuse et somme toute pertinente, et que les portraits dressés prennent forme, relief et sens au fur et à mesure d’une dramaturgie impressionniste, le discours (qui débute la pièce) et le mouvement s’avèrent les pièces faibles de l’ensemble. Peu d’éloquence, voire de la gratuité et du cliché dans les deux. Ils sacrent pour mieux toucher ? Pètent les plombs ou s’unissent en un ballet jazz collectif ? Ces recettes trop vues, servies sur le ton de l’impulsion qui distingue le spectacle, sonnent faux, faciles et ennuient. C’est totalement l’inverse avec l’inventivité scénographique (collaboration de la metteur en scène avec Christian Fontaine), la construction des éclairages (Antoine Caron) et l’accompagnement filmique d’une qualité détonnante (Éliot Laprise). Le travail musical de Josué Beaucage cherche aussi à s’affirmer, par des ambiances cinématographiques relativement fortes et des thèmes instrumentaux narratifs, même s’il ne défend pas tout à fait son originalité face au punch de son style. Heureusement la dérive pop commerciale a été évitée.

Séduisant et travaillé, le décor s’est calqué en métaphore du propos. Autant la vidéo pouvait ouvrir des portes vers de grands espaces verts de liberté à explorer d’une course folle, autant les spots-parapluie pouvaient se resserrer sur un individu enfermé dans sa cage psychologique, en introspection, lumières vers lui. L’image de cases préformatées impossibles à occuper, également de succession d’expériences ou de choix existentiels déterminants revenait souvent, par le biais des divers éléments de scène (son, lumière, film) ou des combinaisons de corps dans l’espace (moins lisible).

Particulièrement fragile quant aux messages conviés – en ce qui a trait par exemple au traitement abstrait de la sexualité ou de l’engagement idéologique, ou encore à la prise de conscience du temps et de l’important, visiblement plus tardive que la période évoquée ici -, L’Éveil est à prendre tel quel, dans sa nature inconstante, papillonnante, futilement sérieuse. Tout y est touché en surface et rien n’est approfondi, car plus qu’un événement et une réaction singuliers, il s’agit d’une posture caractéristique quel que soit ce qui advient. Un passage obligé par un foisonnement d’émotions ingérables, qui force à tester des directions, des convictions, et faire des erreurs. Et ce qui demeure de toutes ces orientations somme toute hasardeuses et zélées, ce n’est ni leur radicalisme (discours suicidaire, dévouement affectif) ni leurs conséquences irréparables, sinon la perméabilité au moment présent et la vivacité de son expérience. Ce ne sont pas tant les actes qui sont décisifs que leur idée, leur limon générationnel, le berceau de commencements de vie et de fins du monde en chaîne auxquels, simplement, survivre. Et se rendre à l’âge adulte qu’on rejetait en ayant fait ce qu’il aura fallu, sans trop de casse ni d’aliénation de cette force vive incarnée. Un puissant cri de liberté, avec tout ce qu’il comprend de vertige et d’inconnu.

Avec Jean-François Duke, Gabriel FournierOdile-Amélie Peters, André Robillard, Claudiane Ruelland et Ariane Voineau.