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18e Sommets du cinéma d’animation du 3 au 8 décembre 2019 ./* Compétition internationale 2

 

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Ce Programme 2 de courts en compétition internationale est d’une qualité épatante dans chacun de ses composants, dont la variété parle très justement des maux qui nous submergent individuellement, collectivement, socialement.

Le mal du siècle, brillamment conçu par l’illustratrice québécoise Catherine Lepage (dont c’est la première animation) à partir de trois de ses ouvrages graphiques (12 mois sans intérêts, Fines tranches d’angoisse et Zoothérapie), remporte la palme. Par un collage d’illustrations basiques et éclatées, une jeune femme en voix off se décrit, saine, performante, épanouie. Malheureusement, l’histoire est si lisse et positive qu’on y décèle peu à peu les brèches de l’épuisement, du découragement, de la dépression et du lâcher prise. Les courtes images repassent, truffées de détails et décalages qui les minent : un poisson pris dans une cage d’oiseau, un haltérophile portant un bâton de dynamite brûlé des deux bouts, un champion juché en haut d’un château de cartes, un porc-épic entouré de ballons de baudruche. Décidément la dégringolade menace de fesser fort. Mais au final, n’est-ce pas tant une question de pression de notre époque accélérée que nous subissons et qui nous contamine, à laquelle nous pouvons partiellement remédier en adoptant personnellement un certain détachement, forme d’indulgence et d’empathie envers soi-même ? Et dans le fond ce sentiment stigmatisant et rabaissant de la dépression ne devrait-il pas plutôt nous rapprocher humainement, si commun aujourd’hui ? Une mention pour l’équipe artistique talentueuse : Agathe Bray-Bourret à l’animation des images, Alexa-Jeanne Dubé à la voix, la metteur en scène Alexia Bürger, etc.

La crise d’angoisse résonne de façon hautement humoristique et plus psychosomatique chez le Belge Bruno Tondeur qui nous invite au creux de ses tripes qui bad-trippent avec Sous le cartilage des côtes. Hypocondriaque, le protagoniste consulte pour un peu de sang dans ses crachats et une mauvaise toux (il fume) et face à un médecin rassurant, il stresse encore plus. À mesure qu’il s’enferme et sombre dans son mal-être, il perd de plus en plus le sens des réalités et ses mythomanies s’aggravent. Il imagine des bactéries fourmillant sur tout inconnu qu’il croise et dans les espaces publics qu’il fréquente, visualise ses poumons qui s’encrassent, son cerveau qui pourrit, son cœur prêt d’éclater. Surmédication, drogues, insomnies, épuisement, isolement, son meilleur ami le gros homme barbe-à-papa rose et souriant (symbolisant l’effet des anxiolytiques, ou peut-être l’angoisse, la dépression elle-même, complaisance dans sa souffrance ?) finit par prendre toute la place dans sa vie, dans son lit, dans sa réalité. Le dessin est grossier et s’exagère à mesure que la déraison gagne du terrain, et c’en est presque libérateur de dérider un tel sujet.

Chez la Française Marie-Pierre Hauwelle, la préparation d’un trajet en train de Toulouse à Lyon piège l’innocente Chloé Denis dans une montée de stress qui fera exploser à l’écran nos angoisses contemporaines. La jeune femme est naturellement tendue à l’idée d’oublier quelque chose, d’être en retard, de ne pas parfaitement savoir d’avance ce qui va se passer, pourquoi et comment. Elle fait des listes, vérifie à trois fois, ne laisse rien au hasard. Alors quand apparaît La boîte, ce mystérieux colis qu’elle attrape au courrier sur son départ, tout bascule. Ne lui trouvant aucune justification, elle fabule des suppositions catastrophiques sur son contenu durant son trajet et cherche désespérément à s’en débarrasser. Mais l’angoisse n’est pas bonne conseillère et mauvaise menteuse, et par quelques réactions mal gérées, tout s’envenime. Une fureur collective gagnera la foule sur le quai de la gare, devant ce paquet finalement abandonné et suspecté de toutes les phobies terroristes. Métaphore ironique de l’anxiété actuelle et des menaces irrationnelles comme réels facteurs de danger, plus que preuves de dangers réels.

Dans des styles très éloignés et travaillés, Flow du Hollandais Adriaan Lokman et Central Square de l’Américain Daniel Rowe intègrent la notion de “transport”, à la fois déplacement et émotion, pour souligner le paradoxe entre nos existences régulièrement contiguës et l’absence de communication directe, d’interaction alors que nous partageons le même espace-temps de plus en plus serré(s). Le premier, qui ouvre le programme, déploie une technique de lignes tout à fait fascinante en ce qu’elle matérialise l’air que nous déplaçons et nous accompagne dans nos mouvements, mais surtout nous prolonge et nous relie les uns aux autres et avec le monde environnant. Du quotidien matériel, on bascule alors dans quelque chose de plus intangible et mystique, mêlant les odeurs, les sons, la lumière et nos impressions dans un grand ballet intuitif, sensoriel, cosmique. Un périple du réveil dans un lit à la désarticulation d’un parapluie égaré au milieu de rien, en passant par la rue, le métro, le train, l’auto, le vent et le vol d’oiseau. Hypnotisant et d’une belle et métaphysique poésie.

Virtuose où on ne l’attendait pas, Central Square choisit l’heure et un lieu de pointe qu’il juxtapose en deux ambiances très distinctes : l’une de formes et traits géométriques colorés sur fond noir qui fusent festivement et recréent la faune urbaine; l’autre de boucles giffées (sur quelques secondes) de décors surpeuplés en noir et blanc où personnages et coins de rue ne cessent de se métamorphoser en eux-mêmes. Le tout est non seulement captivant malgré l’abstraction, il est divertissant et rend curieux de ses détails multiples en trois petites minutes, explicitement bavard même si sans dialogue.

Ce duo voyage et isolement, Avarya de Gökalp Gönen le pousse à l’extrême dans une fiction de robot et d’errance interplanétaire. Même si l’histoire se répète et qu’on en devine le dénouement (que l’expédition est sans fin, justement), le personnage principal et son drame nous renverse habilement.

Mention spéciale pour l’esthétique (et le ton pudique mais brutal) de L’heure de l’ours, court signé Agnès Patron qui sonde avec originalité la nuit et les traumatismes de l’enfance qui entre en collision avec le monde adulte, son indifférence et les pulsions de violence qui prennent le dessus sur l’innocence. Les tignasses rousses sur fond noir et les regards blancs en amande, de même que la brousse des poils d’ours et les feux follets sont autant d’éléments d’une illustration puissante et distinguée.

 

18e Sommets du cinéma d’animation du 3 au 8 décembre 2019 ./* Compétition internationale 1

 

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La foule fait masse, toutes les silhouettes se ressemblent, se fondent, une révolte se prépare et gronde par le nombre. Mais quand tout explose, par la différence, par l’intolérance, que reste-t-il ? C’est sur cette note injuste de ségrégation bien réelle que s’annonce ce premier programme en compétition internationale. Le bal s’ouvre avec une manifestation dévastée (Suggestion of least resistance) qui donne l’envie de faire front malgré le risque. Ce que l’on ravale bien vite en situation de guerre où rien ne se passe mais tout arrive tragiquement (R.A.S). Alors on se prend à égrener les minutes, les secondes, s’obnubiler de chiffres (Oncle Thomas – la comptabilité des jours) à en oublier son humanité comme une poule sans tête (Per aspera ad astra). À vrai dire nous ne sommes pas tant des moutons, nous avons nos singularités (Paper or Plastic), parfois même nos incongruités plastiques justement (Deep Love). Des fois nous venons d’ailleurs (Saigon sur Marne), d’autres fois nous appartenons à ailleurs (Why Slugs Have No Legs). Mais alors, laissez nous être, nous coucher, nous dresser, résister, paraître ou nous effacer comme bon nous semble.

Chacun son rythme

Drôle, hyperactif et surpeuplé, Why Slugs Have No Legs d’Aline Höchli nous arrive de Suisse et se sert de toutes sortes d’insectes et bestioles grouillantes pour illustrer sarcastiquement l’univers urbain et déshumanisé du travail, du bureau, de l’entreprise, de la croissance. Trois compères limaces évoluent dans ce cadre à leur rythme : leur voiture ralentit le trafic, leur passion pour le jardinage contemplatif fait baisser leur productivité, de caractère baba cool ils paressent tard devant la télé… Autant dire que ces qualités zen sont largement inadéquates à la société en accéléré, et déplaisent fortement au patron de la boîte où leurs dossiers en retard s’empilent. Ils finiront à la porte après avoir été démembrés, vulgaires limaces rampant au ban d’un monde moderne effréné.

Vu par leurs yeux globuleux, on se complaît dans leur décalage serein et naïf, vestiges d’un paradis perdu, temps fantasmé où le temps, justement, nous en avions à perdre, à jouir, à étirer. On s’éprend également du soin qu’ils portent à leur petite pousse verte, et du dénouement extatique de ces trois intrus de la ville alors qu’ils rejoignent béas une contrée sauvage où règne la profusion végétale. À ce monde-là, ils appartiennent et pourront en effet végéter en paix. Une invitation à nous échapper de nos routines cadencées, à retourner à la nature, à rêvasser à notre vraie place.

Amanites nucléaires et neurones de plastique

Trouvant son inspiration dans une série de tags répétant un mystérieux numéro de téléphone, Deep Love de Mykyta Lyskov dresse le portrait loufoque d’une Ukraine tout en désordre et égarée socialement, politiquement, économiquement, et même d’un point de vue environnemental. C’est aussi l’histoire d’amour impossible entre un géant vert gluant qui s’est fait arracher le cœur et une infirmière distraite, les deux baignant dans une tempête de sacs plastiques virevoltant et magiques.

À travers ce périple déglingué entre une place publique, un arrêt d’autobus, un hôpital, un terrain vague, des HLM, une brasserie, un appartement, mille petits détails se font signe et se métamorphosent. Un avion dans le ciel devient un oiseau qui pond un œuf lâché comme une bombe sur la ville où il explose en champignons toxiques. La balade crée des incongruités dans le temps aussi : l’œuf réapparaîtra au plat dans une assiette, un bâton lancé à un chien s’avèrera la branche d’un arbre pas encore poussé. Plusieurs images font rire jaune, tableaux criants d’une planète déréglée et d’une espèce humaine qui fonce dans le mur, comme un océan de plastique, des arbres qui saignent, des sacs qui remplacent les oiseaux et les nuages. Un bizarre mélange punk, flyé et extrêmement lucide.

L’amour sans calcul

La Portugaise d’origine, Regina Pessoa, revisite ses souvenirs d’enfance auprès de son étrange Oncle Thomas – La comptabilité des jours. Cet homme qui habitait de l’autre côté de la rue, et chez qui elle passait des après-midis à crayonner, était un réconfort pour la fillette, un modèle de liberté mais aussi un grand mystère. Maintenant qu’il a disparu, la jeune femme qu’elle est devenue illustre sa mémoire à partir de ses perceptions et de ses incompréhensions d’enfant. Elle démêle l’histoire d’un homme, ex comptable, qui s’isolait dans des calculs infinis après une faillite qui visiblement lui avait coûté sa place dans la société, ses relations familiales et peut-être la femme de sa vie. Portrait empreint d’une douce folie sur ce lien affectif fort entre un être reclus, différent, mais si riche d’enseignement et de saine désobéissance à la raison.

Le coup de crayon est parfois brumeux, d’autres fois enfantin et hésite un peu entre un ultraréalisme et des flous poétiques et nostalgiques. Par ce biais, il sert le récit qui vacille habilement entre ce que l’on saisit de la réalité étant petit, ce que l’on s’invente, ce qui nous marque et que l’on retient de cet âge de découverte et de confusion des années plus tard. Un hommage touchant de sincérité et d’empathie.

 

18e Sommets du cinéma d’animation du 3 au 8 décembre 2019 ./* Compétition internationale 4

 

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Ils sont insatiables et accaparants, ces petits films qui jouent en continu dans nos têtes. Certains nous empêchent de dormir (Nuit chérie), nous entraînent dans des fusions charnelles confuses (Organic), quand d’autres nous réveillent en pleins soupçons infidèles (Symbiosis). Ils nous font imaginer des chants ancestraux nous berçant (Ruunpe), des instincts simiesques aux penchants psychédéliques (The Dawn of Ape), ou simplement nous ouvrent les yeux sur le fait qu’ingurgiter de la lumière d’écran abusivement tue le temps (Story). Souvent ils nous racontent des histoires : qu’on inventait enfant avec nos toutous et le fantôme d’un papi (Lola et la patate vivante), le souvenir gravé de l’unique et premier amour (Alba’s Memories) ou le hit improbable d’une composition sonore et visuelle à base de pets sur 12 écrans juxtaposés (4:3). Des histoires à faire peur, à sourire et pleurer, des contes à dormir debout de brebis sauvées du loup (Am I a Wolf?) qui encore au théâtre, au cinéma, en livres, nous font grandir et rajeunir en même temps.

Toujours, qu’ils soient bulles au cerveau ou mettent le feu à l’écran, ces mêmes petits films d’amour courts courent et courent et courent.

En attente

En quelques minutes et courtes situations qui dégénèrent, la Story que nous montre la Polonaise Jolanta Bankowska prouve l’absurdité de notre monde actuel, rivé à ses écrans tout le temps. La nuit, dans les transports en commun, à photographier au lieu de voyager. Or certains effets de ces compagnons technologiques sont forcément aliénants : la confusion entre le réel et la fiction, le règne du profil (lire l’apparence), les bugs, l’inexistant répit, le manque d’attention pour autrui. Quand l’un de ses téléphoneux a la tête qui part en feu, il y a des curieux pour s’Instagramer à côté de l’incendie… Réalisé avec une appréciable justesse narrative, dans un décor de ville géométrique, simple, imposant, avec une trame sonore qu’on connaît bien, de signaux, vibrations, sonneries de notre quotidien. Le dépouillement d’humanité, d’interaction sociale, d’émotion et de discours est troublant de vérité.

Le cri du yéti

En fin de programme, Nuit chérie de Lia Bertels (Belgique) crée l’heureuse surprise tant son ton est finement équilibré. Dans une nuit de lucioles, de végétation endormie, de montagnes et forêts magiques, certaines créatures d’influence japonaise ne trouvent pas le sommeil. Alors que le cri du légendaire yéti résonne de l’autre côté du lac, une sorte de petit singe rose aux yeux énormes se réfugie chez l’ours (un Totoro géant et las) qui, faute d’hiberner, a l’estomac bien réveillé. Ensemble, ils décident de défier la peur du monstre blanc afin d’aller se sustenter chez la tante du chimpanzé. En chemin ils croisent un traversier baleine, une renarde romantique et les traces gigantesques de celui que tout le monde craint…

L’illustration de voiles bleutés et mauves tient à la fois du féérique et de l’entre chien et loup où le rêve, le cauchemar, l’illusion viennent confondre nos sens. Un simple contour rouge vient relever les silhouettes massives des personnages, une petite dent, un poil de moustache, suffisants. L’histoire est douce, drôle par touches, et moins naïve qu’il n’y paraît. Les jeux de regards dans le noir et l’originalité des animaux sont irrésistibles. D’une grande beauté, très réussi, attachant, et pour tous les âges.

Ses affaires

Création franco-hongroise, Symbiosis de Nadja Andrasev emprunte un trait fin de bédé réaliste dans un décor effacé de ville monumentale (quelques vues sur les toits). La caméra suit une fille qui suit son copain qui la trompe en série. Loin d’être la première et la dernière trahison dans leur couple, elle semble s’être fait une raison et presque une passion de collectionner des preuves, cheveux, photos et autres détails féminins étrangers de ces multiples maîtresses. Elle en adopte même quelques signes distinctifs, comme un nouveau tatouage de tigre.

“Symbiose : association biologique, durable et réciproquement profitable, entre deux organismes vivants.” Or on est loin, très loin de la réciprocité amoureuse, sexuelle, morale entre Elle et Lui. On sentirait presque davantage de compréhension, d’attirance et de ressemblance entre trompée et amantes que dans le rapport conjugal. Sans parole, et sans autre commentaire que des prénoms de filles, des regards qui fuient, et une obsession grandissante, le malaise est palpable chez cette femme qu’on imagine intérieurement dévastée alors qu’elle agit pour normaliser ce qu’elle vit. Déroutant, et tristement banal.

 

 

 

18e Sommets du cinéma d’animation du 3 au 8 décembre 2019 ./* Compétition internationale 3

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Salle comble pour ce troisième programme d’une compétition internationale qui gagne son pari sur d’autres plans de vendredi soir. Le menu n’est pourtant pas facile à recevoir et plutôt risqué à monter, en ces temps de commémoration du tragique Polytechnique 89, de post-#metoo, de prises de position de plus en plus hargneuses via les réseaux jusqu’en commentaires politiciens ouvertement et officiellement sexistes… Le féminisme n’a pas d’âge ni ne connaît de frontière, il n’est évidemment pas désuet non plus – ne le sera sans doute jamais – mais il est trop souvent (peut-on se l’avouer ?) l’alibi d’une victimisation féminine, d’une diabolisation du masculin, d’une polarisation de la discussion au point de camper chaque sexe en opposition radicale et de miner tout dialogue. Nous sommes tous différents, différentes, certes, et dans nos interactions des rapports de force s’établissent et se déséquilibrent.

Ce nous est inclusif, humain et déviant dans tous les sens possibles. Alors si nous parlons de la violence envers les femmes, entendons plutôt la forme spécifique que la violence prend lorsqu’elle est dirigée vers une femme, qu’elle soit exercée par un homme, une autre femme, elle-même. Et c’est l’objectif large qu’adopte implicitement ce programme international, qui illustre malgré lui les singularités genrées de la violence, comment elle s’exprime, attaque et se contre différemment selon les sexes, sans pour autant que la femme ne dégage de la force, une force propre, dans son humiliation, son acceptation, sa résistance, son refus, sa libération.

L’épouse aux magnolias

Le cortège de Pascal Blanchet et Rodolphe Saint-Gelais, une création québécoise appuyée par l’ONF et Arte, devrait bien se mériter un prix du public et autres récompenses tant ce court de 11 minutes est soigné, précis, fatal. La voiture de Gabrielle fonce dans un arbre et plonge son conjoint Philippe dans le deuil et les doutes. Depuis l’autre côté, la femme s’adresse à son mari et témoigne de leur vie commune, heureuse et luxueuse, qui peut-être se délitait discrètement sur les derniers mois et ans. L’ennui, la lassitude, la mélancolie, le temps ? Les rêves toujours mis de côté de l’architecte, l’épouse éprise de ses précieux magnolias dans la cour, menacés par les plans de construction d’un atelier. Ce témoignage posthume d’une apparente froideur nous égare en fausses suppositions alors que le spectateur accompagne Philippe dans son enquête intérieure : était-ce un suicide, la querelle de trop qui fait exploser le vase conjugal en morceaux ? Y avait-il des tensions avec les proches aux condoléances équivoques ?

L’illustration s’applique aux lignes, aux perspectives, au design intérieur étudié d’une demeure et d’une relation qui visiblement ne laissaient rien au hasard, si ce n’est ce tiers jardin où s’étaient sauvagement imposés les florissants magnolias. Étranges fleurs fournies sur des branches effeuillées ; beauté rare de l’amour, le vrai, l’éternel… Tout est à leur image, allégorie de Gabrielle et de son affection dévouée et déterminée. L’atmosphère est baignée d’un trio chromatique de noir et blanc tranchés complétés par ce rose omniprésent, à la fois crémeux, élégant, doux et éteint. Avec une immense retenue, images, récit, jeux d’ombres et musique (subtile partition en deux teintes de Pierre Lapointe et Philippe Brault) s’unissent dans un drame poignant qui pousse aux larmes silencieuses et à une folle compassion pour la femme envolée, admirable. Sublime évocation du bonheur comme plan tracé, jamais à l’abri d’un accident, du coup de vent qui balaie la vie comme des pétales futiles.

La jardinière du musicien

Du Brésil et porté par une langue portugaise, sensuelle et de caractère, Tandem de Vivian Altman traite là encore de la féminité par la lunette d’un couple, harmonieux dans ses imperfections. Lui enregistre de la musique dans son studio qu’un jardinet sépare de la maison. Casque aux oreilles, pédale au pied, il se laisse emporter dans ses jams psychédéliques où même son minet empoigne un instrument pour un solo jazz. Mais voilà, une envie soudaine d’uriner l’oblige à se transporter devant la porte fermée de la salle de bains occupée par sa copine. Et comme elle prend trop de temps à sortir, il retourne arroser les fleurs du patio. Prise deux, l’action vue par elle. Elle se pomponne en sortant de la douche, se trouve sexy dans le miroir, attrape son vibromasseur et se lance dans un fantasme masturbatoire où la rejoignent un gigolo musclé et une bombe en cuir et résilles. La partie à trois est interrompue par les coups de son partenaire à la porte, pris d’un urgent besoin d’utiliser les toilettes. Le temps de se remettre de son épisode érotique, elle retrouve son homme à son atelier, absorbé dans une nouvelle composition. Leur apporte deux coupes de vin avec sans doute un plan dans le décolleté. Et plus tard fait simplement constater que le camélia dans le jardin a l’air contrarié. La chaleur ? Ou bien le jet d’urée n’est pas le parfait engrais…

Voilà comment, en une situation anodine, se dessine en poupées et décors de tissus l’intimité de deux êtres au fonctionnement et au rythme physique différents, qui alignent leurs flûtes par de subtils efforts de laisser à l’autre son jardin personnel, leur communication sexuelle et quelques savoureux non-dits. Le générique vient clore l’histoire et boucler le titre avec une charmante image des deux amoureux en vélo tandem, ne pédalant pas toujours dans le même sens, toutefois ensemble et légers.

Le fruit de nos traumas

Place à l’univers décadent, déjanté, difficile mais totalement hilarant de PTSD porté à l’écran par le duo de réalisatrices Claudia Cortés Espejo et Lora d’Addazio. Le jeune Billy, enfant très perturbé, entreprend de sauver sa mère alcoolique avachie sur le canapé et vraisemblablement dépressive. Sous l’effet des puissants anxiolytiques de celle-ci, le cerveau du garçon fabule la conversation de trois canes pétasses qui insultent le leurre d’un canard gonflable sur leur mare, d’un couple canin dont le mari frustré traite sa femme de chienne, d’un loser fini qui pète un cable à ses potes de beuverie et d’un divorcé qui séquestre son gamin à la cave à lui ressasser ses souvenirs de voyage… Redescendant un peu de son trip, Billy part à la chasse au ténia malsain qui squatte sa mère et lui bouffe l’envie de vivre, ce qui se répercute sur lui en sérieux troubles psychologiques.

Sujets sensibles et douloureux traités avec cruauté et absurdité, PTSD (acronyme du syndrome post-traumatique) n’y va pas de main morte quand il s’agit de dénoncer la transmission mère-enfant des violences et de la détresse subies. Le contraste entre la brutalité des faits et du langage et la banalité joyeuse de personnages animés et animaux aux traits enfantins est plus qu’efficace et signifiante, à propos du sort d’une jeunesse qui n’a rien de drôle, de tendre, ni d’anodin.

… et autres plantes carnivores

San de Jin Woo (Corée du Sud) : un dessin noir et blanc aux traits brouillons paresseusement animé, une action minimale répétée jusqu’à épuisement sans paroles, une allégorie de caverne où un monstre rentre de la montagne (“san” en coréen) et bourre de boules de poils la fille assise à table qui se désosse et se démembre et se vomit sans cesse. Portrait d’une violence insoutenable sur les besoins incompris de la femme, son réflexe de soumission, d’encaissement, d’auto-destruction, et la déprimante routine domestique à la fois laborieuse et d’un vide vertigineux.

Around The Stairway de Die Wimmelgruppe (Suisse) : le labyrinthe coloré, d’inspiration vénitienne, que ce court nous amène à explorer joue sur l’illusion de l’escalier de Penrose et autres constructions impossibles, où se succèdent des personnages tout aussi improbables. Les uns remplacent les autres, repeignent sur la peinture du précédent, prennent la place de qui croyait prendre avant d’être suivis à leur tour. Jusqu’à ce que la mort elle-même vienne se rire de tout ce jeu éphémère, qui déploie tant d’énergie à se mordre la queue. La mort, faucheuse, femme décharnée, qui finalement détient tous pouvoirs sur la vie, dont son terme.

Un final moqueur et décalé à ce programme intense sur la violence et les femmes.

./* En reprise le 7 décembre à 13h30 à la Cinémathèque québécoise

18e Sommets du cinéma d’animation du 3 au 8 décembre 2019 ./* Panorama Québec / Canada

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Ces 18e Sommets du cinéma d’animation tenus à Montréal prennent définitivement du galon à travers une série de signaux positifs : un nouveau site, une brochure toute belle, agrémentée d’une magnifique identité visuelle signée Martine Frossard, des rendez-vous professionnels et nostalgiques ou innovants en tous genres, un espace lounge dédié à la salle Raoul Barré, et évidemment une programmation touffue et attrayante à souhait. Bin ouais, 18 ans : on revendique sa majorité, soit une place majeure et légitime dans le paysage créatif et festivalier montréalais, si à la cote ! Heureusement il y a des constantes : le fief à la Cinémathèque québécoise, la grande famille d’incomparables adeptes, les passionnés au rendez-vous, la convivialité. Et un calendrier qui, sur quelques jours, sait rester raisonnable et fourni sans viser une surenchère frustrante.

Ça fait Bzitt, quand ça vole ou quand ça grille ?

Deady Freddy d’Alicia Eisen crée la surprise de son humour inattendu, efficace, somme toute perspicace. Freddy est ce bébé au nez carré qui comme beaucoup naît dans un fracas de cellules en pleine explosion. En quelques dizaines de secondes de son biopic animé, il exténue ses parents, casse ses premiers jouets, et a vraisemblablement quelques rendez-vous manqués avec les âges traversés (puberté, vie adulte, paternité, vieillesse) jusqu’à son accident cardiaque. Il reste 7/10 minutes de film…

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C’est là l’ingénieuse idée revisitée habilement par ce court : revoir le film de sa vie en accéléré au moment du décès, certes, mais réincarné. Moments heureux, moments honteux, moments brefs ou inutiles, tous mêlés. Sauf que… réincarné… en toutes les petites bestioles que vous avez insensiblement zigouillées de multiples et créatives façons ? Moucheron entre deux doigts, mouche contre tapette, mille-pattes noyé dans l’évier, papillon atteint par balai, la liste est interminable et vos remémorations aussi. De même que la palette des liquides fluos de l’écrabouillage. Aïe, aussi digeste et savoureux qu’une dégustation d’insectes au Biodôme, oui oui !

Ça fait Zipp aussi quand ça se recycle

Presque d’entrée de programme, Les vêtements de Caroline Blais remplit très bien son rôle d’essai technique, épuré et juste ce qu’il faut métaphorique, sans en rajouter. Première chose que l’on remarque, dans ce décor de quelques coins de commode blancs sur fond noir : les ciels sont texturés, ou plutôt textilés : laine tricotée, jean métissé, coton effiloché. S’enchaîne un très beau et subtil développement autour du vêtement, celui qu’on doit enfiler chaque jour, qui reflète notre humeur, qui nous fait faux bond, quelquefois définitivement, ou qui nous sauve d’un moment d’hésitation. Tout dans cette construction appliquée établit ce circuit entre notre ressenti, la météo, nos habits (lire : ce que l’on donne à voir de nous au monde, sur le moment).

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L’histoire n’est pas alambiquée, on comprend son fonctionnement dès la première maille, puis on en ouvre les tiroirs un à un, et c’est à la fois confortable, rassurant et qui sait : durable.

Ça fait aussi Waa !

Même si ça ne convainc pas toujours à 100%, viennent ensuite plusieurs mentions, triées sur le volet…

À la mémoire de Shannon Jamieson (1982-2006), Shannon Amen est une œuvre collective menée de front et courageusement par Chris Dainty à partir du matériel poétique, visuel et performatif de son amie, disparue il y a plusieurs années. La narration est portée par la protagoniste, guitare en poing et bible commentée à portée de main. Elle y confie sa découverte de l’homosexualité, heureuse mais si confrontante avec ses principes religieux, ainsi que ses projets artistiques de suicide mis esthétiquement en scène, qui tragiquement se concrétiseront. Un ovni célébrant qui a sans doute été cette Shannon tragiquement filante, à la panoplie de forces et facettes, mais aussi aux tourments abyssaux.

À l’aube, signé Anaé Bilodeau, suit une écriture sans fioritures autour du quotidien de plusieurs personnes (une grand-mère, une jeune femme sur la grève – en rêve ? -, une autre endormie, un veilleur à la belle étoile) qu’on voit bien géographiquement et socialement séparés mais dont on imagine facilement un vécu commun et une sorte de pensée télépathique bienveillante les unissant. À travers quelques gestes du quotidien (comme le réveil et la préparation du café matinal), on lit avec beaucoup de poésie ces habitudes et besoins simples et anodins qui nous relient malgré le temps, la distance, les différences.

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Comment ne pas souligner Giant Bear, collaboration de Neil Christopher et Daniel Gies, pour son soin graphique porté à ces paysages du grand Nord dont la glace à perte de vue renferme des créatures inespérées.

Et dernier laurier lancé à Sans objets, réalisé par Moïa Jobin-Paré, une digression en images sur l’univers électroacoustique dans tout ce qu’il a de mélodique, de méthodique, de sensuel, de concret et d’intangible à la fois.

./* En reprise le 8 décembre à 15h à la Cinémathèque québécoise

 

 

 

 

48e FNC du 9 au 20 octobre 2019 ./* Programme 1 de courts-métrages en Compétition nationale

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Les cinq courts-métrages québécois et ontariens du programme 1/4 en Compétition nationale, précédés d’une carte blanche dans le ton, parlent de soirées qui dérapent, de personnalités borderline, de désirs inavouables et grands écarts dans un monde qui ne compte plus ses déviances et travers.

L’argent n’y fait pas nécessairement le bonheur, bien au contraire il tend à attiser les rancoeurs, l’insatisfaction et la perversion. C’est ce que démontre Que votre empire s’étende d’Albéric Aurtenèche (Québec), dont les amazones dansantes d’une société secrète opèrent de nuit chez de riches lubriques qu’elles ensorcellent jusqu’à ce qu’ils s’en dévissent la tête – littéralement. Le thème de la sororité encensant Lilith et le jeu de l’asservissement sexuel (l’éternel corps féminin démoniaque…) sont à la fois extrêmes et attendus, imposant une esthétique ésotérique, limite gothique, aux terminaisons de latin et gants de cuir un peu trop tendancieux. L’accent mis sur la recherche chorégraphique, avec la contribution de Dana Gingras au mouvement et la participation de l’interprète Caroline Gravel, ne paie pas. Une mention tout de même à l’encontre de l’exploitation d’une architecture locale, religieusement imposante et quelque peu menaçante sous certains angles.

C’est également le contraste de maisons luxueuses, presque des châteaux, dans les hauteurs d’Outremont, qui alimente les divagations de deux jeunes amis promenant leurs bières, leur philosophie et leurs peines de coeur autour du Mont-Royal dans Sur la montagne, par Pier-Luc Latulippe. On y lance quelques piques, par exemple qu’on ne peut, en tant qu’homme parvenu s’offrant demeure si ostentatoire, que vouloir pourrir cette réussite affichée de l’intérieur. La métaphore fait des boucles assez agiles (même simplistes), en passant par le spleen de Rilke, ce que cachent les façades trop parfaites comme les femmes idéales, ou bien la lâcheté de ne pas oser sous prétexte d’une défaite assurée. Car l’un de nos deux penseurs blasés à l’accent très français irritant, ramène à l’avant-plan un autre paradoxe, tout en auto-dérision, entre l’impression intellectualiste de refaire le monde et l’avancement englué de l’état d’ébriété.

En termes de piétinements quotidiens qui ne mènent nulle part, I am in the world as free and slender as a deer on a plain est un titre bien long et enchaîne plusieurs histoires pour mieux dénoncer le vide contemporain. L’Ontarienne Sofia Banzhaf choisit une héroïne collectionneuse de relations vaines via les réseaux dits “sociaux” pour démontrer à sa façon l’écoeurement et l’insignifiance. Drogues, alcool, baises, rencontres aléatoires, remarques humiliantes, jugements sexistes, et en filigrane de tout cela, assurément, de la détresse et de l’égarement dont on ne sait pas si même ça conserve une quelconque importance.

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Le titre It’s nothing fait écho à l’errance précédente avec une lucidité tranchante. La réalisatrice Anna Maguire met en scène une jeune femme qui s’enterre dans ses troubles alimentaires, identitaires, dépressifs. Le tableau d’une adolescence tourmentée qui se cherche et s’auto-détruit pour se trouver est traité en images explicites, à la fois décalées et directes. À travers un double tortionnaire, une tombe creusée dans un parc jour après jour, les mensonges ou excuses pour se couper du monde et de la bouffe, on perçoit l’enfoncement physique et psychologique dans l’impasse anorexique/boulimique, sans avoir à en montrer la réalité osseuse. Détachement habile par le biais du fantastique qui fait honneur au potentiel du court, du cinéma, et nous rapproche de la vérité d’une grave perte de contrôle jusqu’à ne plus se voir tel qu’on est dans le miroir, sinon tel qu’on se croit faussement.

Clin d’oeil à la carte blanche de Renaud Lessard (petit joint pour mettre la table en introduction d’un programme tout de même noir), laquelle joue sur les préjugés rabâchés entre les Montréalais et le grand Québec jusqu’à la frontière de l’Ontario (Aylmer en l’occurence). En gribouillis blanc sur fond noir, se doublant parfois de lignes bleu roi, Automnes Mouillés dessine une cour arrière, une tente de camping, un feu de bois, quelques bières… la fin d’un été. Si le procédé graphique capte l’attention, il est aussi efficace à cerner ces discussions incertaines de fin de soirée entre amis où l’on ne sait plus exactement ce qu’on dit, ce qu’on pense, où on veut en venir ou finalement ce que ça change. Il y est question de retrouvailles dix ans plus tard et des réticences comme des motivations à se rendre à un tel événement où les comparaisons et les bilans de vie sont de mise.

Retour au Québec en compagnie d’Ariane Louis-Seize qui signe un beau et froid Les profondeurs, alors qu’une jeune femme (la secrète Geneviève Boivin-Roussy) fait le tri dans les affaires de sa mère décédée, au chalet. Là encore, le film glisse de genres, empruntant quelques codes au cinéma d’horreur et au fantastique ou surnaturel, pour mettre en scène un face à face entre un amant noyé de chagrin et sa possible fille qui ne se sont peut-être jamais rencontrés de leur vivant. Un hommage à ces liens de sens et de sang, à ce langage de prémonitions, de mirages et de chiens errants qui par instants semblent nous avertir du danger ou du chemin à suivre.

 

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Ottawa, 2018

Des signes avant-coureurs ? Oui, peut-être. Un tapis neigeux apparu dans la nuit, d’un blanc bleu audacieux. Quand la roulette de cette valise est-elle devenue carrée ? Le fait est, l’appartement a été quitté précipitamment, porte entrebâillée sur la clé posée à même la table basse. Nul besoin de courir pourtant, devant un réveil aux aurores pour aucune raison. Rien n’attend.

Le Ministère des Thés et Cafés n’a pas camouflé inopinément sa devanture, une première. La porte ouvre sur une banquette si libre qu’accueillante malgré le tapis antidérapant détrempé. Ça couine sous les semelles comme du fromage en grains. Quel drôle de mélange, non ? L’épice au nom effacé rappelle le fenouil dont l’anglais échappait l’autre jour. Et l’ingrédient en mariage, c’est embêtant. Du chocolat beurre sans parenté aucune dans la cabosse.

Pourquoi s’installer et commander plus tard, ce couloir n’est qu’un lieu de passage. La Terre, le temps, du sable. Devant tant de tatouages, dépression étudiée du style, une question précède toute introduction. Une seule. Barbara, c’était quand ? Quand, pas où. Inexorablement les villes et voyages tombent par listes et rayent le planisphère comme autant d’avions le ciel. Et de penser au carburant. Ce sont tout de même une quinzaine de vols partis en fumée. Au moins, en garder le décompte.

Le cours d’espagnol donné dans cette capitale anglophone au nom japonisant, ce serait presque aussi dépaysant. Sauf que le bruit du battant, la soufflerie. Tout interfère dans l’arrivée à destination. À bâtons rompus ne dit pas ce que ça devrait sur l’écologie ni le flux d’énergie. C’est à se taper dessus à chaque mot alors que le fleuve déborde le barrage à la fonte des glaces. Mais le printemps en novembre, ça embrouille la piste. Encore un départ retardé.

L’enquête piétine, la journée s’immobilise. Chapeaux de roue et méninges crissant dans le vide. Reste à mettre le voile et le cap sur le canal. Un fameux radeau aura plus de chance de se rendre, c’est improbable. Les chiffres faussent évidemment. Le jour se lève, le froid s’assied, la rue fige et tourne le coin rond. Les yeux aussi, sur cette erreur d’un jeu de sept, photo du réel. Aux pneus d’hiver et bottes imperméables, la révolte a répondu absente. Et fuite. Le large gagne du terrain par ce beau matin.

Certainement qu’à la deuxième interrogation sans son, quelqu’un dira qu’il l’a suivie là-bas. Demain au sec. À l’évidence c’était des baies hors saison.

46e FNC du 4 au 15 octobre 2017 ./* À propos du Programme 4 de courts métrages des nouveaux alchimistes

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Il faut parfois s’accrocher aux propositions de la section des Nouveaux alchimistes car celles-ci dépaysent dans la forme, l’image, le rythme et le sujet. Elles s’amusent souvent à égarer tandis qu’elles explorent elles-mêmes dans quelle direction débroussailler un cinéma sauvage, inédit. Toujours elles bousculent, souvent elles testent, et au final, à travers leur étrangeté à chacune, un programme se tisse, des thématiques ou procédés se font écho. Dans la distinction, elles s’observent et se saluent de loin, se reconnaissent par brins.

Colour My World de Mike Hoolboom (Canada, 2017)

C’est ainsi que ça commence, par un jeu enfantin d’ajouter de la couleur à la vie de quelqu’un. Avant de filer ailleurs avec pinceaux, pigments et sentiments. L’image des bons souvenirs se fossilise et s’abîme, les vivaces se ternissent, et tout est remis en question. Le parallèle aux paroles passées de U2 n’est pas long : “I had a lover / A lover like no other / She got soul, soul, soul, sweet soul / And she teach me how to sing / Showed me colours when there’s none to see / Gave me hope when I can’t believe…” S’il était possible de retrouver, une fois l’histoire délavée, le vif de la première fois.

Auto Portrait / Self Portrait Post Partum de Louise Bourque (Canada, 2013)

Parlant interminablement d’amour – peut-être perdu, retrouvé ou pour toujours – Louise Bourque (conceptrice et interprète soliste) a assurément les yeux mouillés. Sa recherche dans un style rétro l’amène à approcher en gros plan un visage marqué par la sensibilité ou la nostalgie, alterné avec des citations d’auteurs divers évoquant la fatalité, la charge d’aimer. Outre que la réalisatrice s’inspire d’une expérience personnelle, la thématique du selfie abordée en discussion apporte une autre dimension à l’oeuvre, plus consistante critiquement parlant que le fait prétentieux de base de se mettre en scène maquillée de son chagrin amoureux.

Mehr Licht! de Mariana Kaufman (Brésil, 2017)

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On arrive ici à une réelle recherche performative in situ et en vue de l’écran de l’actrice Nanda Félix dirigée par la réalisatrice brésilienne Mariana Kaufman. Le travail s’est effectué par la proximité du visage d’une femme face au globe d’une lampe incandescente, celles-ci étant en voie d’extinction au Brésil pour le dépassement et peut-être la dangerosité de leur technique d’allumage par combustion. Elle se tient là, le décor est blanc et les murs brillants, la profondeur et les contrastes s’effacent. Intéressant que le fait d’intercaler des prises de vue dans des grottes d’apparence primitive. La métaphore est belle : de s’éblouir de la révélation, de s’aveugler de vérité crue, de sonder les profondeurs tamisées et humides de son être ou d’errer dans le vide d’un trop vaste ménage. “Plus de lumière” tout le temps n’est probablement pas la solution quand celle-ci risque de blesser, brûler, faire pâlir le passé au profit d’un futur immolé. Comment fait-on une fois que l’on sait ? Luminothérapie, nous voici tous !

What Happens to the Mountain de Christin Turner (États-Unis, 2017)

Des grottes surgissent les montagnes, et d’un trop-plein de lucidité l’envie d’une escapade dans les méandres des sens, au fil des paysages. Il y a des collines, à gravir, des mers à franchir, des déflagrations cosmiques à contenir. Il se passe des choses révolutionnaires à des échelles locales, et nous en sommes témoins. Le réalisateur Chris Turner change plusieurs fois son filtre de couleur sur une même diapositive pour en saisir le contenu émotionnel. Comme on lirait un mail à haute voix de différentes façons pour en faire vibrer le ton réel, celui de l’écriture et même de la pensée. Tout comme Cyrano déclinait son nez en une variété de tons, presque didactique. Et pendant ce temps, son Sisyphe gravit son sommet.

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Cabeça d’asno de Pedro Bastos (Portugal, 2016)

Si l’on évoque Cyrano de Bergerac, pourquoi ne pas ressusciter Don Quichotte, sa folie, ses illuminations, ses moulins à l’infini. Sur base de déclamations presque bibliques, un personnage barbu prophétise de drôles de fantaisies érotiques sur pellicule en décrépitude. Et si les scénarios qui se cachaient derrière des visages et des postures de corps tordus de plaisir (soupçonné) n’étaient pas les bons ? S’il s’agissait d’erreurs de lecture, d’interprétations prudes, de souvenirs échaudés ? Il y a du sang portugais qui coule là-dedans, autant dans la religiosité que dans la fureur de l’esprit.

Heliopolis Heliopolis de Anja Dornieden et Juan David Gonzalez Monroy (Allemagne, 2017)

En clôture de programme, un film remporte clairement la belle de l’usure du spectateur, à bon escient. Et l’on revient aux couleurs… Heliopolis deux fois est un essai basé sur un système urbain visant à redéfinir les notions d’intérieur et d’extérieur selon différentes perceptions et lois. La démonstration emprunte successivement aux principes d’énonciation, de nuance, et d’influence sociale. Les points de vue sont sans cesse intervertis selon qu’on se situe à l’intérieur ou à l’extérieur, sujet ou initiateur de l’action, perdant ou dominant. Le jeu de déplacement des focus est aussi marrant que lassant. Et les couleurs se suivent de plus en plus vite en un catalogue façon flip book de toutes les teintes disponibles. Avec une voix off synthétique et autoritaire et une collection de bougies laides qu’on regarde se consumer en tournant, ça en devient captivant.

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Le silence fait peur aux brutes d’Étienne Boulanger (Canada, 2016)

Revenons donc à une vision plus calmante, réconfortant, le fjord du Saguenay tandis qu’un batteur (Joé Brodeur) se défoule sur une berge de cailloux, au rythme des brassées d’athlètes en aviron. Jour de compétition ou concert, ou non, tous se donnent sincèrement dans cette gestuelle sonore et constructive, en quête d’une paix évidente face à la beauté, l’harmonie, la grandeur de l’espace environnant. Une belle étude d’Étienne Boulanger, commande de Sonimage sur le thème du fjord, d’offrir dans l’espace le son.

46e FNC du 4 au 15 octobre 2017 ./* À propos du Programme 4 de courts métrages en compétition internationale

Le Programme 4 de courts-métrages en compétition internationale en est un à voir sans hésitation, à condition de se dire que la fiction est justement là pour aborder une misère humaine dont il serait difficile et douloureux de témoigner sinon. Autrement dit, un peu de dérision dans ce monde de perversion, au point qu’on puisse presque en rire pour relâcher la pression.

Nathan loves Ricky Martin de Steven Arriagada (Australie 2016)

Un gars de télé, un gars de technique, un gars d’industrie et de marketing, le jeune réalisateur australien (aussi directeur photo, scénariste, producteur) Steven Arriagada ne semble pas manquer d’ambition ni de talents. Pour ce premier court qui a raflé des prix en Australie, aux États-Unis et au Royaume-Uni depuis sa sortie l’an passé, il aborde la détresse sexuelle, la maladie mentale, l’isolement et l’insanité avec drôlerie et presque insouciance. Une mère enfermée avec son fils visiblement atteint de troubles sévères du développement manigance une chute de son fauteuil roulant afin d’appeler à l’aide son voisin et tenter de l’assaillir sexuellement. La précarité de la situation et son potentiel traumatique sont détournés par le regard déconnecté et naïf de Nathan, le garçon paraplégique, transporté de joie par un hit de Ricky Martin à la radio. Une leçon de détachement qui pose la question de la satisfaction personnelle, de l’accomplissement et des aidants naturels, d’une façon loufoque.

Heyvan de Bahman & Bahram Ark (Iran, 2017)

13863_2Primés par la Cinéfondation pour leur film Heyvan (Animal) en compétition étudiante, les frères Bahman et Bahram Ark sont sur la voie d’une percée rapide. Leur univers sombre fraye avec la démence et le fantastique tout en demeurant réaliste. Un homme tentant en vain de franchir les barbelés d’une frontière surveillée manque chaque soir de se faire fusillé comme un lapin. Il dessine alors le projet obsédant de chasser un bélier et d’enfiler sa peau (et ses postures) comme tenue de camouflage pour sa fuite ultime. Et puisque d’entrée de jeu il est annoncé qu’aucun animal n’a été maltraité pour le tournage, on pressent définitivement qu’il y aura en revanche mort d’homme. Ce court s’inscrit dans la tradition des allégories sur un monde en perte d’humanité, où la survie requiert plus de bestialité et de sauvagerie de la part des humains que le règne animal n’en recèle naturellement.

Protokolle de Jan Soldat (Allemagne, 2017)

Au rang des fantasmes sexuels, la vorarephilie n’est pas le penchant le plus partagé ni le plus évident à mettre en pratique. Le réalisateur allemand Jan Soldat amène trois adeptes masculins à témoigner de leur excitation marginale et de leur désir ultime d’être dévoré morceau par morceau par leurs semblables. Face à la caméra en contre-jour, leurs entrevues sont incarnées par trois acteurs anonymes, tandis qu’ils décrivent comment ce trépas idéal pourrait advenir, quels ont été de possibles déclencheurs ou révélateurs de leur sexualité, et les difficultés de cette tentation au quotidien. Sans aucune dérogation ni transposition du style interrogatoire, Protokolle adresse de la manière la plus directe des images tout à fait dérangeantes de “bouchers” découpant et mastiquant des “porcs” consentants, au bord de l’orgasme. Jan Soldat nourrit lui-même une fascination pour ces sujets, modes de vie et paraphilies extrèmes : Prison System 4614 traitait d’une prison où se faire enfermer et torturer volontairement, Law and Order plongeait dans le sadomasochisme et The Incomplete relatait le choix de Klaus Johannes Wolf de vivre esclave enchaîné nu à son lit.

The Curfew de Chris Chun (Corée du Sud, 2017)

13774_mp4_20170808_200332_534En termes d’horreur, les Sud-Coréens n’ont rien à apprendre du genre dont ils maîtrisent dramatiquement les codes. Ils sont pareillement maîtres dans l’art de faire surgir des tentacules monstrueuses aux douze coups de minuit, à trois secondes du noir final. Et voilà comment deux fillettes peureuses disparaîssent, avalées par les légendes urbaines de tout ce qu’il se passe d’étrange si le couvre-feu vous surprend encore dans la rue à cette heure interdite. Dans un noir et blanc léché, s’amusant de cadrages à moitié de visages et d’une galerie de créatures empaillées aux yeux globuleux ou révulsés, The Curfew (Couvre-feu) de Chris Chun construit sur les déformations de l’enfance. Comment des seins qui pointent, une envie de pipi, une histoire à faire peur, un mensonge ou une jalousie deviennent des obsessions plus effrayantes encore que la réalité. Pourtant la trame concrète est autrement plus écoeurante : un professeur séquestre les deux jeunes soeurs prépubères et les punit d’une gymnastique en petites culottes, humiliante et qui excite sa pédophilie. Si ce n’était l’intervention du fantastique, la ligne narratrice serait assez insupportable.

 

./* Programme en reprise ce lundi 9 octobre à la salle Fernand-Séguin de la Cinémathèque québécoise

Les Sommets du cinéma d’animation 2016 – 15e édition ./* À propos du Programme Compétition internationale 1

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La fin des hommes ne sera pas uniquement l’extinction d’une espèce mais précédée de la fin de l’humanité, sa contradiction fatale : l’inhumanité. C’est l’avertissement que formulent ensemble les différents courts internationaux rassemblés dans ce premier programme de trois en compétition. Notre monde va mal en plein d’endroits sensibles qui, plus que de le fragiliser, le déshumanisent. Au point qu’on ne souffre plus tant de l’appauvrissement des ressources ou de la propagation de maladies, et autres cataclysmes découlant de nos dégénérescences consommatrices et inégalitaires. Mieux que de reconnaître ces dérèglements et d’y remédier, nous dépérissons de notre vanité à nier nos responsabilités, et de leurs conséquences aggravantes. Ce ne sont plus nos erreurs qui nous achèvent, mais l’aveuglement qui attise la méchanceté et le mensonge, plus épidémiques que toute autre menace. Se foutre de la planète, c’est se foutre d’autrui, de toute descendance, et nous poignarder nous-mêmes, sans aucun gagnant peu importe le système dominant.

Rien de larmoyant ni d’alarmiste toutefois, le fait est accompli, s’accomplit sous nos yeux en fait, et c’est sans trop de surprise que nous recevons cette version sombre de l’état des lieux – de partout dans le monde et d’artistes qui pourtant ne manquent habituellement pas de recours à la fantaisie et à l’humour du scénario-capsule. Prenons les États-Unis, durement accablés par la dernière campagne électorale : Vocabulary 1 emploie les images simplistes d’un glossaire d’enfant naïvement exposé sur un pupitre pour illustrer comment le papillon inoffensif et fragile ne fait qu’une bouchée cruelle du serpent poli. Le voisinage des deux animaux entraîne une dégringolade de proximité (bien soulignée par Norman McLaren), et de case en case apparaissent des moignons, un étranglement, et un papillon victorieusement couvert de butins de guerre. Une fable amorale de notre temps.

Ce qui ressort de ce programme, c’est une direction artistique, la preuve que les propositions ont été choisies au delà de leur pertinence absolue, pour leur pertinence relative au contexte. Habituellement, un programme de courts, c’est de tout et de rien. Ici il y a une construction, une pensée, une intrigue qui s’élabore par épisodes et facettes distinctes. Le silence et l’aveuglement de SAMT font écho à la connaissance et au vocabulaire imagé de Vocabulary 1 ; Le mythe de la poule aux oeufs d’or de Golden Egg critique une société capitaliste axée sur le profit qui exclut les protagonistes de I am Here et Beast!, doués d’une autre richesse qui ne se vole pas par Un plan d’enfer ni ne s’économise si We Drink Too Much.

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SAMT – Bande-annonce

Puisque nous sommes dans une société du mérite, la récompense va droit à SAMT, court politique du libanais Chadi Aoun, percutant et lyrique. Bien que le titre signifie “Silence”, la trame sonore y est pour beaucoup dans la force d’impact de ce film, à laquelle s’ajoute évidemment un dessin élégant et une vision paysagiste poétique dans ses angles et sa minutie. Un état répressif y est dépeint en 15 minutes, à travers l’intransigeance armée qu’y subissent des âmes artistes, libres, animées. Aux burqas et masques aliénants de ce monde, et à tous les arcs bandés de flèches meurtrières, de jeunes résistants répondent par l’entrain et la grâce libératrice de la danse. La musique et les bruitages entrecoupés font écho aux fondus brutaux de l’image, au milieu de plans contemplatifs et d’un sentiment de passion et d’espoir naissant, enivrant. Des sections de titres en langue arabe imposent aussi leur calligraphie et leur précision haïku. Une flèche en plein coeur.

On pourrait décerner un second prix à I Am Here du Vancouvérois Eoin Duffy sans trop se tromper. La forme simple d’un visage au nez géométrique centré sur fond rose pastel n’est là (du début à la fin) que pour leurrer le spectateur. Sur cette face défile des siècles de cinéma, de références religieuses, de personnages mythiques ou historiques, se questionnant sur une présence plus grande. Et lorsque la succession de figures importantes et colériques semble finalement n’accuser qu’un seul Dieu et son absence, changement de décor et d’époque : une file d’attente dans un café où un commis de comptoir raccompagne dehors l’illuminé du quartier en plein délire mystique, apparemment. Entre temps le rose s’empourpre ou bleuit selon qu’il s’énerve ou agonise, de son désespoir d’être piégé sur terre et vieillissant. À revoir pour en capter tous les symboles.

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I Am Here

Plusieurs mentions viennent ensuite, en guise de troisième marche. À commencer par Beast! du Belge Pieter Coudyzer, dont le dessin et l’utilisation des couleurs, en particulier pour les feux, laissent coi. L’histoire intelligente appelle au fantastique extra-terrestre pour tirer les ficelles d’un réalisme cru sur l’itinérance, du limon xénophobe de la peur et des dérives de la consommation marginalisant bestialement tout un pan de la société. Qui sont les vrais monstres, sinon les regards qui accusent ? S’ensuit l’efficace We Drink too Much des Québécois Chris Lavis et Maciek Szczerbowski qui pose la question miroir : Face aux gros poissons possédants, qui sont les pigeons ? Sous les traits de deux tourtereaux embourgeoisés qui dressent leur bilan financier devant leur bière, cette fable d’aujourd’hui choisit l’animal urbain le moins respecté pour représenter une société pas-de-tête, aveuglée par le gain comme une poule le serait d’un maigre ver.

Golden Egg arbore une esthétique asiatique naïve, de grands yeux tout de même bridés dans lesquels luit l’appât du profit, d’élever une progéniture prometteuse de fortune. Alors qu’il part heureux de rien, comblé à deux, un couple en arrivera à nourrir haine et dépit de trop de gourmandise et d’ambition mal investies. Ils perdront leur poussin, ses oeufs dorés, dignité et humilité. Le découpage en vignettes et dégradés de gris est particulièrement réussi, facture développée par Srinivas Bhakti de Singapour. À l’inverse, Un plan d’enfer des réalisateurs français Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol adopte un vocabulaire classique de dessin animé aux héros corpulents parlant l’argot avec accent franchouillard, pour raconter le plan foireux de deux compères cambrioleurs pas très doués ni perspicaces pour le métier. Les gags sont prévisibles mais rapidement amenés et la fin en soupe de requin passe le test.

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Simulacra du Britannique Theo Tagholm et Time Rodent du Tchèque Andrej Svasdlena sont d’une autre trempe, plus expérimentale et conceptuelle. Le premier est un travail de décalage des perspectives, recomposant de nouveaux horizons de paysages urbains et sauvages vus du ciel. Des cartes postales se détachent du plan en une mosaïque de détails redondants, soulignant la complexité de nos infrastructures industrielles en regard du systémisme de la Nature. Outre l’illusion du développement, ce court assemble plusieurs reflets d’un monde prêt à voler en éclats: cacophonique, saturé, hostile et irrespectueux envers l’environnement.

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Time Rodent – Bande-annonce

Le héros rongeur de Time Rodent s’aventure pour sa part dans des cités mystérieuses en perpétuelle déchéance et post-industrialisation à outrance. Les forteresses lumineuses et technologiques se détruisent, s’effondrent, s’engouffrent pour repousser plus haut de leurs ruines, et s’écrouler à nouveau. Ces cycles s’accélèrent dans un décor apocalyptique d’effets de jeu vidéo, au point que notre super-souris n’a plus le temps de saisir sa mission ni le fonctionnement de ces systèmes successifs. Les habitants exploités abandonnent peu à peu toute lumière, sucés, pompés, dépiautés. Jusqu’à s’exiler, disparaître, s’entredévorer pour renaître en formes insectes archaïques. Une régression cauchemardesque, bien plus terrifiante que toute autre éradication d’espèce : autocannibalisme programmé et irréversible.

./* Le Programme 1 de courts en Compétition internationale est en reprise ce samedi 26 novembre à 21h à la Cinémathèque québécoise (78 min)