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46e FNC du 4 au 15 octobre 2017 ./* À propos du Programme 4 de courts métrages des nouveaux alchimistes

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Il faut parfois s’accrocher aux propositions de la section des Nouveaux alchimistes car celles-ci dépaysent dans la forme, l’image, le rythme et le sujet. Elles s’amusent souvent à égarer tandis qu’elles explorent elles-mêmes dans quelle direction débroussailler un cinéma sauvage, inédit. Toujours elles bousculent, souvent elles testent, et au final, à travers leur étrangeté à chacune, un programme se tisse, des thématiques ou procédés se font écho. Dans la distinction, elles s’observent et se saluent de loin, se reconnaissent par brins.

Colour My World de Mike Hoolboom (Canada, 2017)

C’est ainsi que ça commence, par un jeu enfantin d’ajouter de la couleur à la vie de quelqu’un. Avant de filer ailleurs avec pinceaux, pigments et sentiments. L’image des bons souvenirs se fossilise et s’abîme, les vivaces se ternissent, et tout est remis en question. Le parallèle aux paroles passées de U2 n’est pas long : “I had a lover / A lover like no other / She got soul, soul, soul, sweet soul / And she teach me how to sing / Showed me colours when there’s none to see / Gave me hope when I can’t believe…” S’il était possible de retrouver, une fois l’histoire délavée, le vif de la première fois.

Auto Portrait / Self Portrait Post Partum de Louise Bourque (Canada, 2013)

Parlant interminablement d’amour – peut-être perdu, retrouvé ou pour toujours – Louise Bourque (conceptrice et interprète soliste) a assurément les yeux mouillés. Sa recherche dans un style rétro l’amène à approcher en gros plan un visage marqué par la sensibilité ou la nostalgie, alterné avec des citations d’auteurs divers évoquant la fatalité, la charge d’aimer. Outre que la réalisatrice s’inspire d’une expérience personnelle, la thématique du selfie abordée en discussion apporte une autre dimension à l’oeuvre, plus consistante critiquement parlant que le fait prétentieux de base de se mettre en scène maquillée de son chagrin amoureux.

Mehr Licht! de Mariana Kaufman (Brésil, 2017)

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On arrive ici à une réelle recherche performative in situ et en vue de l’écran de l’actrice Nanda Félix dirigée par la réalisatrice brésilienne Mariana Kaufman. Le travail s’est effectué par la proximité du visage d’une femme face au globe d’une lampe incandescente, celles-ci étant en voie d’extinction au Brésil pour le dépassement et peut-être la dangerosité de leur technique d’allumage par combustion. Elle se tient là, le décor est blanc et les murs brillants, la profondeur et les contrastes s’effacent. Intéressant que le fait d’intercaler des prises de vue dans des grottes d’apparence primitive. La métaphore est belle : de s’éblouir de la révélation, de s’aveugler de vérité crue, de sonder les profondeurs tamisées et humides de son être ou d’errer dans le vide d’un trop vaste ménage. “Plus de lumière” tout le temps n’est probablement pas la solution quand celle-ci risque de blesser, brûler, faire pâlir le passé au profit d’un futur immolé. Comment fait-on une fois que l’on sait ? Luminothérapie, nous voici tous !

What Happens to the Mountain de Christin Turner (États-Unis, 2017)

Des grottes surgissent les montagnes, et d’un trop-plein de lucidité l’envie d’une escapade dans les méandres des sens, au fil des paysages. Il y a des collines, à gravir, des mers à franchir, des déflagrations cosmiques à contenir. Il se passe des choses révolutionnaires à des échelles locales, et nous en sommes témoins. Le réalisateur Chris Turner change plusieurs fois son filtre de couleur sur une même diapositive pour en saisir le contenu émotionnel. Comme on lirait un mail à haute voix de différentes façons pour en faire vibrer le ton réel, celui de l’écriture et même de la pensée. Tout comme Cyrano déclinait son nez en une variété de tons, presque didactique. Et pendant ce temps, son Sisyphe gravit son sommet.

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Cabeça d’asno de Pedro Bastos (Portugal, 2016)

Si l’on évoque Cyrano de Bergerac, pourquoi ne pas ressusciter Don Quichotte, sa folie, ses illuminations, ses moulins à l’infini. Sur base de déclamations presque bibliques, un personnage barbu prophétise de drôles de fantaisies érotiques sur pellicule en décrépitude. Et si les scénarios qui se cachaient derrière des visages et des postures de corps tordus de plaisir (soupçonné) n’étaient pas les bons ? S’il s’agissait d’erreurs de lecture, d’interprétations prudes, de souvenirs échaudés ? Il y a du sang portugais qui coule là-dedans, autant dans la religiosité que dans la fureur de l’esprit.

Heliopolis Heliopolis de Anja Dornieden et Juan David Gonzalez Monroy (Allemagne, 2017)

En clôture de programme, un film remporte clairement la belle de l’usure du spectateur, à bon escient. Et l’on revient aux couleurs… Heliopolis deux fois est un essai basé sur un système urbain visant à redéfinir les notions d’intérieur et d’extérieur selon différentes perceptions et lois. La démonstration emprunte successivement aux principes d’énonciation, de nuance, et d’influence sociale. Les points de vue sont sans cesse intervertis selon qu’on se situe à l’intérieur ou à l’extérieur, sujet ou initiateur de l’action, perdant ou dominant. Le jeu de déplacement des focus est aussi marrant que lassant. Et les couleurs se suivent de plus en plus vite en un catalogue façon flip book de toutes les teintes disponibles. Avec une voix off synthétique et autoritaire et une collection de bougies laides qu’on regarde se consumer en tournant, ça en devient captivant.

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Le silence fait peur aux brutes d’Étienne Boulanger (Canada, 2016)

Revenons donc à une vision plus calmante, réconfortant, le fjord du Saguenay tandis qu’un batteur (Joé Brodeur) se défoule sur une berge de cailloux, au rythme des brassées d’athlètes en aviron. Jour de compétition ou concert, ou non, tous se donnent sincèrement dans cette gestuelle sonore et constructive, en quête d’une paix évidente face à la beauté, l’harmonie, la grandeur de l’espace environnant. Une belle étude d’Étienne Boulanger, commande de Sonimage sur le thème du fjord, d’offrir dans l’espace le son.

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46e FNC du 4 au 15 octobre 2017 ./* À propos du Programme 4 de courts métrages en compétition internationale

Le Programme 4 de courts-métrages en compétition internationale en est un à voir sans hésitation, à condition de se dire que la fiction est justement là pour aborder une misère humaine dont il serait difficile et douloureux de témoigner sinon. Autrement dit, un peu de dérision dans ce monde de perversion, au point qu’on puisse presque en rire pour relâcher la pression.

Nathan loves Ricky Martin de Steven Arriagada (Australie 2016)

Un gars de télé, un gars de technique, un gars d’industrie et de marketing, le jeune réalisateur australien (aussi directeur photo, scénariste, producteur) Steven Arriagada ne semble pas manquer d’ambition ni de talents. Pour ce premier court qui a raflé des prix en Australie, aux États-Unis et au Royaume-Uni depuis sa sortie l’an passé, il aborde la détresse sexuelle, la maladie mentale, l’isolement et l’insanité avec drôlerie et presque insouciance. Une mère enfermée avec son fils visiblement atteint de troubles sévères du développement manigance une chute de son fauteuil roulant afin d’appeler à l’aide son voisin et tenter de l’assaillir sexuellement. La précarité de la situation et son potentiel traumatique sont détournés par le regard déconnecté et naïf de Nathan, le garçon paraplégique, transporté de joie par un hit de Ricky Martin à la radio. Une leçon de détachement qui pose la question de la satisfaction personnelle, de l’accomplissement et des aidants naturels, d’une façon loufoque.

Heyvan de Bahman & Bahram Ark (Iran, 2017)

13863_2Primés par la Cinéfondation pour leur film Heyvan (Animal) en compétition étudiante, les frères Bahman et Bahram Ark sont sur la voie d’une percée rapide. Leur univers sombre fraye avec la démence et le fantastique tout en demeurant réaliste. Un homme tentant en vain de franchir les barbelés d’une frontière surveillée manque chaque soir de se faire fusillé comme un lapin. Il dessine alors le projet obsédant de chasser un bélier et d’enfiler sa peau (et ses postures) comme tenue de camouflage pour sa fuite ultime. Et puisque d’entrée de jeu il est annoncé qu’aucun animal n’a été maltraité pour le tournage, on pressent définitivement qu’il y aura en revanche mort d’homme. Ce court s’inscrit dans la tradition des allégories sur un monde en perte d’humanité, où la survie requiert plus de bestialité et de sauvagerie de la part des humains que le règne animal n’en recèle naturellement.

Protokolle de Jan Soldat (Allemagne, 2017)

Au rang des fantasmes sexuels, la vorarephilie n’est pas le penchant le plus partagé ni le plus évident à mettre en pratique. Le réalisateur allemand Jan Soldat amène trois adeptes masculins à témoigner de leur excitation marginale et de leur désir ultime d’être dévoré morceau par morceau par leurs semblables. Face à la caméra en contre-jour, leurs entrevues sont incarnées par trois acteurs anonymes, tandis qu’ils décrivent comment ce trépas idéal pourrait advenir, quels ont été de possibles déclencheurs ou révélateurs de leur sexualité, et les difficultés de cette tentation au quotidien. Sans aucune dérogation ni transposition du style interrogatoire, Protokolle adresse de la manière la plus directe des images tout à fait dérangeantes de “bouchers” découpant et mastiquant des “porcs” consentants, au bord de l’orgasme. Jan Soldat nourrit lui-même une fascination pour ces sujets, modes de vie et paraphilies extrèmes : Prison System 4614 traitait d’une prison où se faire enfermer et torturer volontairement, Law and Order plongeait dans le sadomasochisme et The Incomplete relatait le choix de Klaus Johannes Wolf de vivre esclave enchaîné nu à son lit.

The Curfew de Chris Chun (Corée du Sud, 2017)

13774_mp4_20170808_200332_534En termes d’horreur, les Sud-Coréens n’ont rien à apprendre du genre dont ils maîtrisent dramatiquement les codes. Ils sont pareillement maîtres dans l’art de faire surgir des tentacules monstrueuses aux douze coups de minuit, à trois secondes du noir final. Et voilà comment deux fillettes peureuses disparaîssent, avalées par les légendes urbaines de tout ce qu’il se passe d’étrange si le couvre-feu vous surprend encore dans la rue à cette heure interdite. Dans un noir et blanc léché, s’amusant de cadrages à moitié de visages et d’une galerie de créatures empaillées aux yeux globuleux ou révulsés, The Curfew (Couvre-feu) de Chris Chun construit sur les déformations de l’enfance. Comment des seins qui pointent, une envie de pipi, une histoire à faire peur, un mensonge ou une jalousie deviennent des obsessions plus effrayantes encore que la réalité. Pourtant la trame concrète est autrement plus écoeurante : un professeur séquestre les deux jeunes soeurs prépubères et les punit d’une gymnastique en petites culottes, humiliante et qui excite sa pédophilie. Si ce n’était l’intervention du fantastique, la ligne narratrice serait assez insupportable.

 

./* Programme en reprise ce lundi 9 octobre à la salle Fernand-Séguin de la Cinémathèque québécoise

Les Sommets du cinéma d’animation 2016 – 15e édition ./* À propos du Programme Compétition internationale 1

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La fin des hommes ne sera pas uniquement l’extinction d’une espèce mais précédée de la fin de l’humanité, sa contradiction fatale : l’inhumanité. C’est l’avertissement que formulent ensemble les différents courts internationaux rassemblés dans ce premier programme de trois en compétition. Notre monde va mal en plein d’endroits sensibles qui, plus que de le fragiliser, le déshumanisent. Au point qu’on ne souffre plus tant de l’appauvrissement des ressources ou de la propagation de maladies, et autres cataclysmes découlant de nos dégénérescences consommatrices et inégalitaires. Mieux que de reconnaître ces dérèglements et d’y remédier, nous dépérissons de notre vanité à nier nos responsabilités, et de leurs conséquences aggravantes. Ce ne sont plus nos erreurs qui nous achèvent, mais l’aveuglement qui attise la méchanceté et le mensonge, plus épidémiques que toute autre menace. Se foutre de la planète, c’est se foutre d’autrui, de toute descendance, et nous poignarder nous-mêmes, sans aucun gagnant peu importe le système dominant.

Rien de larmoyant ni d’alarmiste toutefois, le fait est accompli, s’accomplit sous nos yeux en fait, et c’est sans trop de surprise que nous recevons cette version sombre de l’état des lieux – de partout dans le monde et d’artistes qui pourtant ne manquent habituellement pas de recours à la fantaisie et à l’humour du scénario-capsule. Prenons les États-Unis, durement accablés par la dernière campagne électorale : Vocabulary 1 emploie les images simplistes d’un glossaire d’enfant naïvement exposé sur un pupitre pour illustrer comment le papillon inoffensif et fragile ne fait qu’une bouchée cruelle du serpent poli. Le voisinage des deux animaux entraîne une dégringolade de proximité (bien soulignée par Norman McLaren), et de case en case apparaissent des moignons, un étranglement, et un papillon victorieusement couvert de butins de guerre. Une fable amorale de notre temps.

Ce qui ressort de ce programme, c’est une direction artistique, la preuve que les propositions ont été choisies au delà de leur pertinence absolue, pour leur pertinence relative au contexte. Habituellement, un programme de courts, c’est de tout et de rien. Ici il y a une construction, une pensée, une intrigue qui s’élabore par épisodes et facettes distinctes. Le silence et l’aveuglement de SAMT font écho à la connaissance et au vocabulaire imagé de Vocabulary 1 ; Le mythe de la poule aux oeufs d’or de Golden Egg critique une société capitaliste axée sur le profit qui exclut les protagonistes de I am Here et Beast!, doués d’une autre richesse qui ne se vole pas par Un plan d’enfer ni ne s’économise si We Drink Too Much.

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SAMT – Bande-annonce

Puisque nous sommes dans une société du mérite, la récompense va droit à SAMT, court politique du libanais Chadi Aoun, percutant et lyrique. Bien que le titre signifie “Silence”, la trame sonore y est pour beaucoup dans la force d’impact de ce film, à laquelle s’ajoute évidemment un dessin élégant et une vision paysagiste poétique dans ses angles et sa minutie. Un état répressif y est dépeint en 15 minutes, à travers l’intransigeance armée qu’y subissent des âmes artistes, libres, animées. Aux burqas et masques aliénants de ce monde, et à tous les arcs bandés de flèches meurtrières, de jeunes résistants répondent par l’entrain et la grâce libératrice de la danse. La musique et les bruitages entrecoupés font écho aux fondus brutaux de l’image, au milieu de plans contemplatifs et d’un sentiment de passion et d’espoir naissant, enivrant. Des sections de titres en langue arabe imposent aussi leur calligraphie et leur précision haïku. Une flèche en plein coeur.

On pourrait décerner un second prix à I Am Here du Vancouvérois Eoin Duffy sans trop se tromper. La forme simple d’un visage au nez géométrique centré sur fond rose pastel n’est là (du début à la fin) que pour leurrer le spectateur. Sur cette face défile des siècles de cinéma, de références religieuses, de personnages mythiques ou historiques, se questionnant sur une présence plus grande. Et lorsque la succession de figures importantes et colériques semble finalement n’accuser qu’un seul Dieu et son absence, changement de décor et d’époque : une file d’attente dans un café où un commis de comptoir raccompagne dehors l’illuminé du quartier en plein délire mystique, apparemment. Entre temps le rose s’empourpre ou bleuit selon qu’il s’énerve ou agonise, de son désespoir d’être piégé sur terre et vieillissant. À revoir pour en capter tous les symboles.

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I Am Here

Plusieurs mentions viennent ensuite, en guise de troisième marche. À commencer par Beast! du Belge Pieter Coudyzer, dont le dessin et l’utilisation des couleurs, en particulier pour les feux, laissent coi. L’histoire intelligente appelle au fantastique extra-terrestre pour tirer les ficelles d’un réalisme cru sur l’itinérance, du limon xénophobe de la peur et des dérives de la consommation marginalisant bestialement tout un pan de la société. Qui sont les vrais monstres, sinon les regards qui accusent ? S’ensuit l’efficace We Drink too Much des Québécois Chris Lavis et Maciek Szczerbowski qui pose la question miroir : Face aux gros poissons possédants, qui sont les pigeons ? Sous les traits de deux tourtereaux embourgeoisés qui dressent leur bilan financier devant leur bière, cette fable d’aujourd’hui choisit l’animal urbain le moins respecté pour représenter une société pas-de-tête, aveuglée par le gain comme une poule le serait d’un maigre ver.

Golden Egg arbore une esthétique asiatique naïve, de grands yeux tout de même bridés dans lesquels luit l’appât du profit, d’élever une progéniture prometteuse de fortune. Alors qu’il part heureux de rien, comblé à deux, un couple en arrivera à nourrir haine et dépit de trop de gourmandise et d’ambition mal investies. Ils perdront leur poussin, ses oeufs dorés, dignité et humilité. Le découpage en vignettes et dégradés de gris est particulièrement réussi, facture développée par Srinivas Bhakti de Singapour. À l’inverse, Un plan d’enfer des réalisateurs français Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol adopte un vocabulaire classique de dessin animé aux héros corpulents parlant l’argot avec accent franchouillard, pour raconter le plan foireux de deux compères cambrioleurs pas très doués ni perspicaces pour le métier. Les gags sont prévisibles mais rapidement amenés et la fin en soupe de requin passe le test.

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Simulacra du Britannique Theo Tagholm et Time Rodent du Tchèque Andrej Svasdlena sont d’une autre trempe, plus expérimentale et conceptuelle. Le premier est un travail de décalage des perspectives, recomposant de nouveaux horizons de paysages urbains et sauvages vus du ciel. Des cartes postales se détachent du plan en une mosaïque de détails redondants, soulignant la complexité de nos infrastructures industrielles en regard du systémisme de la Nature. Outre l’illusion du développement, ce court assemble plusieurs reflets d’un monde prêt à voler en éclats: cacophonique, saturé, hostile et irrespectueux envers l’environnement.

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Le héros rongeur de Time Rodent s’aventure pour sa part dans des cités mystérieuses en perpétuelle déchéance et post-industrialisation à outrance. Les forteresses lumineuses et technologiques se détruisent, s’effondrent, s’engouffrent pour repousser plus haut de leurs ruines, et s’écrouler à nouveau. Ces cycles s’accélèrent dans un décor apocalyptique d’effets de jeu vidéo, au point que notre super-souris n’a plus le temps de saisir sa mission ni le fonctionnement de ces systèmes successifs. Les habitants exploités abandonnent peu à peu toute lumière, sucés, pompés, dépiautés. Jusqu’à s’exiler, disparaître, s’entredévorer pour renaître en formes insectes archaïques. Une régression cauchemardesque, bien plus terrifiante que toute autre éradication d’espèce : autocannibalisme programmé et irréversible.

./* Le Programme 1 de courts en Compétition internationale est en reprise ce samedi 26 novembre à 21h à la Cinémathèque québécoise (78 min)

FNC 2016 45e édition ./* Programmes 1 et 4 en compétition de la série Focus sur les courts-métrages québécois et canadiens

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Il semblerait que le court-métrage canadien prenne plaisir à imaginer le pire avec légèreté, voire humour. C’est le cas de la plupart des courts regroupés dans les programmes 1 et 4 de la série Focus, le premier empruntant des apparences rétro à la mode (façon Stranger Things), le second tournant à la dérision une violence explicite. Parmi ces sélections, quelques distinctions à retenir, et malheureusement manqué le Tout simplement de Raphaël Ouellet – présenté à Talent tout court de Cannes et présumé très bon.

La palme revient à : Grimaces de Ian Lagarde et Gabrielle Tougas-Fréchette, deux valeurs sûres d’une réalisation impeccable, d’un sujet original en plein dans le mille, et d’une distribution québécoise sentie (Anne-Élisabeth Bossé et Alexis Lefebvre en avant-plan, sans compter des clés dans l’équipe élargie, tels que Mathieu Grondin au montage et Navet Confit à la musique). Sur le thème d’enfance du “Fais pas cette face, un courant d’air et tu restes pogné…”, ils sont une gang de trentenaires à se retrouver les doigts étirant la bouche, les yeux qui tombent, les lèvres en carpe ou les sourcils exagérément circonflexes, adultes amochés par leur bêtise de jeunesse. La métaphore est riche, sur les tares que nous promettent l’immaturité attardée de l’adolescence et ses tentatives. débiles, non moins extrêmes et dangereuses. Sans revenir sur un jugement de ce que chaque âge donne à vivre, et de ce qu’il faut tenter pour comprendre, en dépit des conséquences, ce court est avant tout extrêmement comique et réussi. Un moment de pure rigolade à observer ces jeunes de travers faire de la sensibilisation, s’écoeurer ou s’obstiner. Leur énonciation entravée accompagnée de surtitres fait le film ! Au final ils y trouvent leur compte, avec la seule “morale” d’un chantage pour frencher. Adulte un jour, ado toujours !

Le pitch est un verdict : “Anne n’a pas la face facile ; le caractère non plus. Alexis salive, prisonnier de leur amitié. Leur histoire est compliquée, couverte de bave et de volupté.”

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Maîtres nageurs de la réalisatrice Karine Bélanger sent heureusement le chlore, une chaleur douce de fin de saison, la paix d’un quartier tranquille ou d’une municipalité de région, et l’insouciance d’une adolescence qui a du temps pour l’ennui et la gratuité de la vie. Il y a les cris venant de la piscine et les avertissements graves des maîtres nageurs en réponse, les railleries au changement de shift, les après-midi pizza et pluie, les jeux à boire et soirées illégales autour du bassin. Rien qui ne porte réellement à conséquence, jeunesse se passe.

Et puis un beau jour de veille d’automne et d’affluence familiale, un simple accident au pied du tremplin bientôt démonté, une insuffisance respiratoire peut-être, une mauvaise chute ou un coup de malchance. Tout est filmé hors-champ car, primauté de la masse, la vie continue, l’été ne s’achève qu’annuellement. L’image est bonne, la perception est exacte, l’histoire est dans un juste ton d’ordinaire et de réalisme. Le travail sonore est excellent.

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Il y a une perspicacité dans Mutants du québécois Alexandre Dostie, sélectionné au Talent tout court de court de Cannes puis au TIFF, un réalisme simple et cru, qui touche même s’il (ou particulièrement parce qu’il) relève d’une autre époque pas si lointaine, un autre temps de références générationnelles qui nous constituent, résonnent en nous. Les Mutants sont l’équipe de balle molle de futurs bums du coin, sous la direction d’un coach en chaise roulante qu’a dû en voir d’autres (Francis La Haye, très juste). En quelques minutes savamment utilisées ou traînantes, ce film rend efficacement la collision de diverses thématiques centrales et constitutives de l’adolescence : les premières responsabilités, les succès et échecs, le défi de la sexualité et de l’éveil sentimental, les rapports à l’autorité, les balbutiements d’expériences professionnelles, etc.

Un méchant oeil au beurre noir (Joseph DeLorey, petit as en herbe), et c’est l’été et le momentum qui y passent, l’innocence qui flanche, des vies entières qui basculent silencieusement. Le sport comme terrain de socialisation, mise au défi des pulsions et contrôles individuels, aire de compétition et d’affirmation ou d’effacement, comme dans la vraie vie. Une game à jouer qui décide un peu comment on participera au reste…  Et vu de loin, le monde adulte s’essouffle, s’immole, s’enterre, avec de moins en moins de chemins possibles pour avancer plus loin. Touchant à l’extrême, si on y réfléchit.

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Décalé au possible, et pourtant sis dans un contexte réaliste qu’on n’oserait remettre en question, Here Nor There de Julia Hutchings organise une collision des genres : entre fiction, polar, comique absurde et série TV mélodramatique. Un homme âgé organise des funérailles pour sa femme disparue, auxquelles il convie un acteur déguisé en détective privé pour livrer à la famille les résultats de l’enquête, la démonstration du cadavre, et la délivrer par le même fait du poids du doute transposé en deuil. Professionnel et intègre, l’homme (Larry Macdonald) tient parfaitement son rôle. À part qu’il est le seul dupe de cette mascarade dans laquelle tous les rôles sont inversés. Habitués et quelque peu blasés, tous les proches jouent ces fausses obsèques tandis que chacun sait que la défunte s’est éclipsée avec son amant il y a des lustres, et que le seul à ne pas l’accepter est le mari abandonné. Un retournement de situation parfaitement mis en scène, inédit et intrigant.

Tout est soigné jusqu’aux contre-plans avec le plus d’attention criminelle possible. Un objet de choix pour de nombreux festivals, qui va assurément poursuivre son chemin dans le genre, en se faisant remarquer. Agréé par La distributrice de films ; suspense et grand jeu au rendez-vous.

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Ah ah ! Jean-Marc Vallée, grand réalisateur du temps, prolixe et évident dans tous les styles, tantôt québécois, américain ou français à la guise, adulé de tous et vendeur à souhait…  de sorte qu’il devient l’exclusivité DVD d’un dépanneur chinois qui ne jure plus que par lui, son effigie en carton et sa filmographie déjà mythique de par la planète. Par la réalisatrice Annie St-Pierre, un 5 minutes pile dessus, drôle et intelligent, bourré de dérision, gratuit mais mérité.

./* Aussi au(x) programme(s) :

Black Cop de Cory Bowles, 11 min, 2016

Drame de fin de soirée de Patrice Laliberté, 8 min, 2016

L’air de vent de Jonathan Tremblay, 10 min, 2016

Love Stinks de Alicia Harris, 13 min, 2016

Slurpee de Charles Grenier, 10 min, 2016

The Date de Svet Doytchinov, 10 min, 2015

The Ghost and the Garden de Nelson Roubert, 7 min, 2016

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FNC 2016 45e édition ./* Programme 1 de courts-métrages en compétition internationale

Parmi 28 courts-métrages sélectionnés en compétition internationale, répartis en six programmes, la série 1 regroupait quatre propositions léchées mêlant héroïnes à la beauté captivante et violence inattendue. Des demi-heures ravissantes, poignantes, percutantes.

Submarine de Mounia Akl, Liban, 2016 (21 min)

Submarine, de la réalisatrice libanaise Mounia Akl, est une plongée renversante dans un Beirut enfoui sous les déchets. Des montagnes et vagues de détritus défoncent les fenêtres des logis, envahissent les rues et immeubles, forçant la population à déserter avant l’arrivée de pluies diluviennes qui promettent de tout submerger. Jeune et effrontée, Hala oppose à ce chaos de saleté sa silhouette élégante et sa force de caractère, incapable de fuir. Accrochée à un passé qu’elle refuse d’abandonner, elle ranime le juke-box nostalgique du bar Submarine de la place, où les habitants se rejoignent résignés au départ, bagages en main. D’anciens airs de fête ravivent l’espoir et les amours mortes, dont les sentiments d’Hala pour son amant oublié, Elie, avec qui peut-être tout recommencer.

Quatrième court-métrage d’Akl, qui s’est frayé un chemin malgré l’adversité avec des débuts sur IndieGogo pour accéder au tapis rouge de Cannes ou au TIFF de Toronto, Submarine déverse des images magnifiques en résistance à la puanteur ambiante. Le matérialisme nous écrase, sa putréfaction est rendue esthétique, et le geste humain, tourné vers l’autre, devient purificateur. Il nettoie les erreurs et rend possible l’avenir. Les plans sont habilement composés et enchaînés, les regards et la distribution sont solides, et si bon soit l’ensemble, il est totalement soumis aux yeux sublimes et au port altier de l’actrice principale, Yumna Marwan, une beauté orientale fière et indomptable, de la trempe d’une Ronit Elkabetz ou des femmes sensuelles sous le crayon de Joann Sfar. Musique et panoramas chavirants.

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16.03 de Natalia Siwicka, Pologne, 2016 (17 min)

Dans sa version polonaise, la femme est élancée, blonde décoiffée au matin d’une nuit agitée, les jambes fines légèrement couvertes sous un manteau et un châle de circonstance pour une aurore embrumée. Tout chez cette fille respire la distinction, le mannequinat, la mode, un goût mélangé de luxe et de désir, de profonde solitude et d’indépendance sauvage. Au volant de son auto, elle quitte la demeure de marque au milieu des routes de campagne et villages endormis. Tandis qu’un poids lourd la prend en chasse, imposant, insistant et inquiétant, elle s’effarouche et l’assurance flanche : une biche prise dans des phares.

Tournée en un plan séquence, cette réalisation de Natalia Siwicka s’amuse à déconstruire la fausse authenticité de la poursuite filmée. Elle invente des imprévus, met en scène des obstacles et menaces, inclut l’erreur dans son scénario. Ainsi on verra dans le rétroviseur un second personnage apparaître à l’arrière la voiture, qui n’est autre que le caméraman. Mais quand la protagoniste fuira le véhicule pour se réfugier dans une station service, toujours suivie par la caméra, on apercevra le camionneur sortir une troisième personne de la voiture et l’attaquer violemment – possiblement un preneur de son ? Jeu de démultiplication des points de vue, transformant une échappée intime et ordinaire en thriller trop réaliste. Comme si le projet de court-métrage avait lui-même était pris de court par le hasard de malencontreuses circonstances.

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Oh What a Wonderful Feeling de François Jaros, Québec-Canada, 2016 (15 min)

Ce court-métrage du québécois François Jaros a vu sa première présentée à la Semaine de la Critique à Cannes plus tôt cet été, une reconnaissance de taille pour un artiste relativement discret, produit depuis plusieurs années par La Boîte à Fanny. Un de ses essais précédents intitulé Toutes des connes, écrit et interprété par Guillaume Lambert, avait certes été plusieurs fois sélectionné et récompensé, il jouissait d’une exactitude de réalisation sur un thème et une forme totalement attendus. Oh what a Wonderful Feeling s’aventure ailleurs, sur des voies moins fréquentées, plus accidentées, de nuit et en camionnette avec un chauffeur peu bavard vers une destination égarée.

D’aire d’autoroute en parking de station service, un convoi de prostituées amène aux clients des filles, plus ou moins jeunes, défraîchies, rompues à la routine. Certains chauffeurs routiers moins rassurants ou respectueux que d’autres, plusieurs habitués avec leurs préférences, leurs rituels voire leurs attentions. Tous piégés. Entre un café fumant et un déjeuner improvisé sur une table de pique-nique, les filles et leur chauffeur fraternisent, fêtent la retraite de l’une et l’initiation de la nouvelle. Le métier roule. Il aura toujours ses salopards, ses observateurs, ses détracteurs et ses usuriers. Ses nuits plus froides et moins “chanceuses”. Sarcastique jusque dans son titre, le film ne romance pas tant cette virée de jambes en l’air sur le siège arrière pour quelques billets. Les buissons prennent feu, puis toute la forêt, les pères de famille fatigués y passent et les sourires se fatiguent un peu. Le vernis s’écaille. Outre une direction photo et des cadrages impeccables, cette réalisation de Jaros a l’avantage d’avoir au son la patte d’un Olivier Alary qui sait très exactement ce qu’il fait, en silence comme en musique et en détonation sourde.

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Limbo de Konstantina Kotzamani, France-Gréce, 2016 (30 min)

Proposition la plus mystérieuse de cette série, Limbo se situe dans l’entre-deux des limbes, comme son titre et l’introduction l’indiquent. Douze enfants nus et boueux habitent des paysages de marais salants et de plaines irriguées, qui étalent leur miroir à perte de vue. Âmes errantes entre la mort et l’ennui, ces garçons sauvages occupent l’éternité grisâtre de bagarres et de processions, d’interrogatoires de la Vierge et d’intimidation. À l’avènement d’une baleine échouée sur la berge, ils accusent la présence blanche et fragile d’un treizième enfant, blondinet albinos, tel un mauvais esprit s’abattant sur cette région condamnée.

La réalisatrice grecque Konstantina Kotzamani – dont le précédent Washingtonia avait été primé au Film Fest Gent et au Chicago International Film Festival en plus d’être nommé à la Berlinale en 2014 –  signe ici une étrange métaphore des croyances religieuses, de la justice des hommes et de la cruauté des enfants. Dans ce pays hors du temps et déserté, la mort se distingue bien mal de la vie, le jour de la nuit, et l’animal du surnaturel. La lourdeur du ciel rend l’air quasiment irrespirable. Alors qu’il est si difficile d’y voir clair, l’intransigeance des enfants et leurs regards profonds, tantôt loups tantôt agneaux, laissent présager le pire : une exécution à l’aveugle, selon la seule loi de ce que l’on veut croire. Perturbant. Panoramiques et palette de couleurs vase et ciel à couper le souffle.

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./* 34e édition des Rendez-Vous du cinéma québécois du 18 au 27 février 2016 à Montréal

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Ce jeudi soir l’avant-première du dernier Denis Côté, Boris sans Béatrice mettant en vedette James Hyndman dans un triangle infernal avec sa conjointe et la dépression – a marqué le lancement attendu de la 34e édition des RVCQ. Une grosse programmation cette année, se réclamant de plus de 300 films au total, des longs et courts-métrages, des documentaires et des animations, des programmes vidéo expérimentaux, de même que des leçons de cinéma (par Jean-François Rivard et François Létourneau, Philippe Falardeau, la porte-parole de cette édition Pascale Bussières, et André Turpin), également des rencontres et tables rondes, une carte blanche au TIFF, des rendez-vous pro, une projection-concert, ainsi que les réputées soirées des RVCQ invitant successivement la formation musicale Last Ex, le Gala Prends ça court, l’INIS pour ses 20 ans en plus de dégustations et détours en mixologie.

Le survol de la grille horaire est l’occasion de se remémorer les bons ou excellents coups de 2015, de même que des accrocheurs médiatiques, quelques titres poétiques, ou des invitations jusqu’ici manquées. Parmi les longues plongées, on voudra absolument recaser à l’emploi du temps le chef d’oeuvre Chorus de François Delisle, le magistral et étrange Endorphine d’André Turpin, l’attachant et sensible Félix et Meira de Maxime Giroux, et Le bruit des arbres de François Péloquin, simple et percutant, sans oublier le petit dernier de Sophie Deraspe, Les Loups, et ses paysages esseulés qui ouvraient les RVCQ 2015. Il faudra aussi conseiller les virées fantastiques de Turbo Kid (François Simard + Anouk et Yoann-Karl Whissell), Le coeur de Madame Sabali pour son entrain chantant, et le style diabolique de Guy Maddin et son récent The Forbidden Room.

Il demeurera quelques réticences à s’aventurer dans la légèreté familiale, conjugale ou sociale des Paul à Québec (François Bouvier), Le mirage (Ricardo Trogi) ou Guibord s’en va-t-en guerre (Philippe Falardeau), mais ils font sans conteste partie du paysage cinématographique de l’année passée. Le journal d’un vieil homme engendrera la même profonde et déprimante tristesse, de même que L’amour au temps de la guerre civile (Rodrigue Jean) violence et rebellion, ou Noir (Yves Christian Fournier) son impression de déjà dit. Fatima (Philippe Faucon) assurément, Tokyo fiancée certainement, Les êtres chers (Anne Émond) sans doute, Early Winter (Michael Rowe) peut-être, Bienvenue à F.L. si le temps s’y prête ; quant aux Gurov et Anna, Antoine et Marie, Anna, Ana, Augustine, Corbo, Attila, Ville-Marie ou Le Garagiste, il est probable que tous leurs noms restent sur le tapis…

C’est que bien d’autres attractions monopoliseront la curiosité, en plus des nombreux documentaires (P.S. Jerusalem de Danae Elon, Police Académie de Mélissa Beaudet, Pipelines, pouvoir et démocratie d’Olivier D. Asselin, Le nez de Kim Nguyen – non merci – et L’anti-leçon d’économie de l’Oncle Bernard de Richard Brouillette, pour ne citer que les plus remarqués) et programmes de courts en compétition, telles que des sélections aux ramassés sous les titres prometteurs et variés d’Amour amour, Premières fois, Plaisantes angoissesDes robots et hommes, Psychotonique, Pauvres insectes par exemple, tout en se gardant un creux pour le mystérieux Avant les rues de Chloé Leriche en clôture. Rattraper un peu du charme calme de La Neuvaine de Bernard Émond et son envol d’oies à Ste-Anne, ou du Continental, un film sans fusil qui a lancé Stéphane Lafleur il y a quelques années, ce sera possible avec un peu de nostalgie venue de Toronto.

Un pari au hasard : Copenhague – A love story de Philippe Lesage (réalisateur des Démons). Quartier latin, jeudi 25 à 20h30

Une découverte discrète et ravissante : Nuits de Diane Poitras. Cinémathèque québécoise, vendredi 26 à 18h

Pour le reste, place à l’improvisation ! Une seule garantie : du cinéma bien d’ici. Un condensé de FNC, de Sommets de l’animation, de RIDM qu’il fait plaisir de retrouver hors-saison.

 

./* Programmation RVCQ 2016 http://rvcq.quebeccinema.ca/grille-horaire 

 

14e Sommets du cinéma d’animation – Montréal 2015 ./* Programme parallèle “Une nouvelle vague italienne” présenté en collaboration avec l’Institut Culturel Italien de Montréal

Quatorze courts en provenance d’Italie réalisés entre 2009 et aujourd’hui

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L’enfance de Magda Guidi

Dans cette sélection de la Nouvelle vague italienne, le nom de l’illustratrice Magda Guidi revient à plusieurs reprises, et l’on reconnaît dans sa patte à la fois un talent du crayon à saisir des émotions et sentiments fragiles – l’appréhension, la honte, l’attachement – et à protéger leur vulnérabilité en les portant à l’écran dans un mouvement calme, accompagnés de sons et musiques disons introspectifs. Se dégage de cet ensemble une poésie franche, par moments effrontée, d’autres fois plus mystérieuse voire rêveuse.

Ces constructions s’articulent autour d’un ressenti plutôt que d’une narration, et plus qu’une fascination pour le monde de l’enfance, elles ressuscitent souvent les souvenirs et superposent différents âges. Via Curiel 8 par exemple, coréalisé avec Mara Cerri, nous promène dans la cage d’escalier de l’appartement à cette adresse. Sur le palier se croisent timidement un homme et une femme, apparemment très proches mais qui n’osent plus même se regarder. Tandis qu’il déserte le logement qu’ils ont probablement habité, et amoureusement, dans un passé récent, elle l’y relaie. La main sur la poignée, elle redevient la petite fille du temps qu’ils étaient si complices et innocents. La mémoire de leur relation s’anime et fait revivre la force de l’amour autant que les éclats de leurs querelles. Lui s’égare et dégringole les marches sans fin, rejoignant dans l’amnésie de la chute un même soulagement d’effacer le malheur traversé depuis. Proximité sensible, dans l’espace et le temps, de deux êtres confrontés à la distance irréparable de  leur séparation.

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Dalila reprend une atmosphère et des thèmes assez similaires en établissant un parallèle entre Dalila la fillette avalant une hostie en cours d’éducation religieuse ou simplement à la messe, et Dalila la femme adulte, qui n’est plus en mesure de soutenir le regard de l’enfant. Là encore, outre un dessin aux traits brouillons mais à la sensation extrêmement précise, ce court laisse une empreinte sonore touchante, épurée et cristalline faite de bruits, de rires et de notes éparpillés. En revanche, San Laszlo contro Santa Maria Egiziaca apporte une toute autre couleur par son anachronisme et ses collisions de styles. Sur fond blanc, des personnages de techniques et symboliques sans rapport se tirent dessus dans un western spaghetti loufoque. Un exercice drôle et décalé qui démontre que Magda Guidi sait aussi s’amuser à autre chose que ses thérapies fines et illustrées.

La valigia de Pier Paolo Paganelli (2014, 15 min)

De sa pâte à modeler traditionnelle, réaliste et réussie, Pier Paolo Paganelli extirpe une histoire d’Alzheimer prévisible dans ses récurrences et ses obsessions d’enfance, dont la forme retournée fait tout l’intérêt. Un homme très vieux, dans une cellule grise et abîmée, répète qu’il ne sait pas ce qu’il fait ici. Ou plutôt qu’ »ils disent » qu’il ne cesse de répéter sa question comme un mantra. La maladie et la sénilité mêlées lui laisse pourtant quelques bribes de souvenirs de son passé lointain concernant son frère et une vie résumée à une valise, possiblement vide, posée sur son lit. D’épisode en épisode, l’homme rajeunit et bien qu’il ressasse la même histoire, celle-ci change selon les humeurs, s’agrémente de différentes vérités. Ce mouvement de retour à la puérilité est une vérité chez les patients en stade avancé, à la fois difficile à gérer et déchirante, mais qui simplifie la prise en charge infantilisante quelquefois. Redevenu bambin, dans le même accoutrement et la même piaule délabrée, il lâche prise et s’envole par les barreaux rejoindre sa vue sur mer dont il rêvait tant.

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Bande-annonce LA VALIGIA

C’est le plan final d’un homme vieux trépassé dans le lit d’une vaste et luxueuse chambre à coucher, qui dénoue l’ensemble de la construction, le glissement vers une folie qui remplace de plus en plus la vie, l’enfermement dans un espace miteux qui n’est autre que l’isolement dans la maladie. Enjolivée par l’imagination, la chute dans la réalité est d’autant plus abrupte. Un témoignage vrai et attendrissant.

Arithmétique de Giovanni Munari et Dalila Rovazzani (2010, 4 min)

Cette animation cerne joliment l’esprit de la fantaisie lyrique composée en 1924 par Maurice Ravel sur un livret poétique de l’auteure Colette, Les enfants et les Sortilèges, dont elle présente un tableau, « Deux robinets coulent dans un réservoir ! » – Le petit vieillard et les chiffres, parmi la vingtaine de fabulettes. Dans une grande maison, un jeune garçon puni dans sa chambre s’évade dans une multitude de rêveries furtives par lesquelles les objets l’entourant, par exemple son cahier de mathématiques, prennent vie. L’animation joue sur la déformation des proportions, un vertige des grandeurs et des nombres qui avale l’enfant dans une bousculade d’opérations aux résultats réinventés. Cette danse de chiffres et de notes est menée par une figure maléfique, entre le diable, le vieillard et le chef d’orchestre.

En misant sur un dessin relativement classique, toutefois très rebondissant, le court Arithmétique respecte la richesse de la musique et attire l’attention sur les paroles déjà pleines de calculs confus et d’originalités. À l’origine, l’œuvre était pensée pour un orchestre normal, que Ravel a agrémenté de plusieurs instruments inusités, tels qu’une râpe à fromage, un éoliphone, une crécelle ou une flûte à coulisse. La composition fait également appel à diverses influences et pastiches de musiques et danses, folkloriques par exemple, dont on perçoit ici comme un air slave.

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Intégral ARITHMÉTIQUE

« Deux robinets coulent dans un réservoir ! »
Le petit vieillard et les chiffres

Le petit vieillard
(il marche à petits pas dansés, en récitant des bribes de problèmes) :
« Deux robinets coulent dans un réservoir
Deux trains omnibus quittent une gare à vingt minutes d’intervalle,
valle, valle, valle,
Une paysanne, zane, zane, zane, porte tous ses œufs au marché,
Un marchand d’étoffe, toffe, toffe, a vendu six mètres de drap ! »
L’enfant (affolé) : « Mon Dieu, c’est l’arithmétique ! »
Le petit vieillard : « Tique, tique, tique ! »
Les chiffres : « Tique, tique, tique ! »
Le petit vieillard : « Quatre et quat’ dix-huit, onze et six vingt-cinq,
Quatre et quat’ dix-huit, sept fois neuf trente-trois ! »
L’enfant (surpris) : « Sept fois neuf trente-trois ? »
Les chiffres : « Sept fois neuf trente-trois ! »
L’enfant (égaré) : Quatre et quat’ ? »
Le petit vieillard (soufflant): « Dix-huit ! »
L’enfant : « Onze et six ? »
Le petit vieillard : « Vingt-cinq ! »
L’enfant (égaré) : Quatre et quat’ ? »
Le petit vieillard (soufflant) : « Dix-huit ! »
L’enfant (exagérant) : « Trois fois neuf quatre cents ! »

Le petit vieillard (en accélérant) : « Millimètre, centimètre, décimètre,
Décamètre hectomètre, kilomètre, myriamètre
Faut t’y mettre, quelle fêtre! des millions, des billions,
Des trillions, et des frac-cillons ! »
Les chiffres (entraînant l’enfant dans leur danse)
« Deux robinets coulent dans un réservoir
Deux trains omnibus quittent une gare à vingt minutes d’inter… »
Le petit vieillard : «Une paysanne, zane, zane, zane, porte tous ses… »
Les chiffres : « Un marchand d’étoffe, toffe, toffe, a vendu six… »
Le petit vieillard : « Deux robinets coulent coulent coulent dans un réservoir ! »
Les chiffres : « Une paysanne, zanne,zanne, zanne, s’en va-t-au marché… »
Le petit vieillard et les chiffres (dans une ronde folle)
« Trois fois neuf ? Trente-trois! Deux fois six ? Vingt-sept !
Quatre et quat’ ? Quatre et quat’ ? Quatre et quat’ ? Quatre et quat’ ? (bis)
Deux fois six trente et un ! Quatre et sept ? Cinquante-neuf ! (bis)
Cinq fois cinq ? Quarante-trois ! Sept et quat’ ? Cinquante-cinq ! (bis)
Quatre et quat’ ? Cinq et sept !
Vingt-cinq ! Trente-sept ! Ah

L’enfant tombe étourdi de tout son long.
Le petit vieillard et les chiffres s’éloignent en chuchotant :
« Quatre et quat’ ? Dix-huit ! Onze et six vingt-cinq !
Trente-trois ! Z’huit ! »

 

Étaient aussi présentés dans ce programme :
Sans tête (Senza testa) de Michele Bernardi ( 2009, 5 min)
Percorso#0008-0209 d’Igor Omhoff ( 2009, 6 min)
Videogioco – Loop Experiment de Donato Sansone (2009, 2 min)
J de Virgilio Villoresi (2009, 5 min)
Ci sono gli spiriti d’Alvise Renzini (2009, 6 min)
Corpus Nobody de Saul Saguatt et Audrey Coïaniz (2011, 6 min)
Silenziosa-Mente d’Alessia Travaglini (2011, 5 min)
Le Fobie del Guard Rail de Marco Cappellaci (2012, 5 min)
Haircut de Virginia Mori (2014, 8 min)
et Pandemonio de Valerio Spinelli (2015, 3 min)