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Cinéma

48e FNC du 9 au 20 octobre 2019 ./* À propos de Douleur et gloire de Pedro Almodóvar (Espagne, 2019)

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Pedro Almodóvar, prolixe s’il en est, si obnubilé par la beauté féminine comme par sa fragilité caractérielle, à l’image aussi emprunte de sensualité et de suavité que les cœurs sont sanguins et nerveux, est de retour. La coqueluche espagnole signe ici un film qu’on dit intimiste plus qu’autobiographique, même s’il met en scène un réalisateur reconnu et vieillissant tournant le regard vers son enfance, ses liens avec sa mère (Jacinta jouée par l’éternelle Pénelope Cruz), ses premiers éblouissements charnels et ses addictions.

Ce n’est pas par hasard si l’œuvre est dite testamentaire. Au fil de retrouvailles, en personne ou en mémoire, le protagoniste (méconnaissable et stupéfiant Antonio Banderas dans le rôle de Salvador Mallo) retourne à chaque moment de sa vie, à la fois fondateur et sensible, pour en démêler la douleur fantôme, mais aussi l’origine du désir de l’art et du cinéma.

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Si l’on ne perçoit pas tant la gloire du titre, autre que par une certaine lassitude (englobant le rôle public à jouer) du personnage principal habitant un intérieur muséal au cœur de Madrid ainsi qu’un historique avéré de consommation (cocaïne, alcool, héroïne, anti-dépresseurs), la douleur qui la précède littéralement est présente sous de multiples et indéniables formes. Elle est tout d’abord concrétisée en couleurs d’alarme sur des corps 3D ramifiés et complexes, qui font immédiatement le lien en un court préambule médical entre les maux des membres et ceux de l’esprit (on reconnaît le mal de dos chronique traité symboliquement à la façon de David Foenkinos dans son roman Je vais mieux). Puis elle rappelle sournoisement à elle des origines enfouies, mots blessants, expériences humiliantes et autres traumatismes qui résonnent dans nos chairs et au travers de nos angoisses des décennies plus tard. Douleur et gloire sont persistantes, mais la seconde, plutôt que de rattraper la première, vient l’alimenter d’encore plus d’insatisfaction.

Il y a toutefois une douceur, assez unique et inaccoutumée chez Almodóvar – si habile en crise de pleurs, de nerfs, de ressentiment et autres explosions mal contrôlées – à traiter cet héritage du passé qui accompagne une vie, jusque dans les choix les plus déterminants de la personnalité. Et cela tient vraisemblablement de l’amour authentique et hautement reconnaissant (car salvateur certainement) qu’il entretient avec le septième art. Avec lequel il a grandi, rêvé, déconné et accompli toutes les folies, auquel il s’est donné sans retour possible.

Bien loin de se limiter aux portraits de la mère, de l’amant, de l’extase, de la popularité, de l’autorité, de la trahison ou de la chute, Dolor y gloria aborde par fines touches l’émerveillement -et bien sûr le difficile abandon à la vieillesse qui en sonne le glas en le reléguant au statut de souvenir.

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Quelques plans très brefs subjuguent comme le feraient des apparitions décalées, à la frontière du réel et de l’incongru, et qui restent gravées. Par exemple, cette danse devant écran de l’acteur Alberto (Asier Etxeandia, extrait choisi pour la bande-annonce du FNC et qui fait tout en à peine 3 secondes), les premières notes de piano, la scène d’ouverture dans la piscine, ce baiser sans âge… Heureusement tout n’est pas explicité comme liens de causes à conséquences, entre les faits, les séquences flash-back, les symptômes et les maladies. Il y a cependant une corrélation, un écho amusé dans cette construction alternée, en regard, entre la petite enfance et la vieillesse progressant. Pas tant une prémonition moraliste qu’une ironie de la vie soulignée. Et toujours la conscience de ce et ceux qui nous ont faits tels que nous sommes ou nous ont conduits à bifurquer.

Certains seront sans doute agacés par ce va-et-vient facile au gré des doses, une mise en scène exagérée (et sa palette de couleurs criardes et artsy), des raccourcis à 50 ans de distance, une exploitation artistique de la dépendance en milieu privilégié et une vision enjolivée du dénuement provincial et du dévouement féminin pour y faire front. D’autres verront dans ces approches une mise en reflet de l’égocentrisme de l’artiste et de celui de l’enfant, de leur innocence, de leur liberté innée, et trouveront même à réfléchir sur le moment où tout bascule, de l’insouciance heureuse du jeune Salvador à son anxiété psychosomatique.

Il en demeure un long-métrage, touchant, mélancolique, et (comme à l’habitude de l’amoureux madrilène) romancé. Mais puisque l’on baigne aussi sensoriellement dans nos premières impressions du monde, puisque les corps emmagasinent des fantômes de sensation, et puisque seul l’amour peut se targuer à tout âge de marquer autant l’existence, acceptons ce drame de vérité qui pour une fois n’a pas besoin de cris et de larmes pour nous percer à jour.

 

 

48e FNC du 9 au 20 octobre 2019 ./* À propos de Children of the Sea de Ayumu Watanabe (Japon, 2019) dans la catégorie Temps Ø, présenté en collaboration avec Le Jour de la Terre

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S’il est un long-métrage de cette programmation 2019 à faire honneur à la mise en place de la nouvelle série “Films pour la planète”, c’est indéniablement ce récent chef d’œuvre de l’animation japonaise de Ayumu Watanabe Children of the Sea, adapté du manga de Daisuke Igarashi. Hypnotique, initiatique, somptueusement fascinante, cette plongée sensorielle dans une vie sous-marine en connexion avec les astres et les esprits recèle mille petites merveilles du monde naturel et de l’art cinématographique.

Le style s’impose d’entrée de jeu, d’abord par touches discrètes. Des éclats de lumière irisée, la transparence d’une flaque d’eau, la sensation d’une prise de son en extérieur dans le vent. Le rouge soutenu des amaryllis est chargé de parfum, de chaleur, de la mélancolie qu’inspire la fleur. Le vivant frémit dans les éléments avant même qu’on soit dans l’action, l’histoire, les personnages.

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Les cadrages à leur tour se décentrent, arrimés au torse d’humains pris à défaut, sans visage comme s’ils souhaitaient disparaître de honte. D’autres demeurent hors-champ, remplacés par les preuves matérielles de leur addiction, de leur profession, de leur obsession. Nous ne sommes pas dans les images composées, construites et complètes qui illustrent, mais bien dans le récit plus psychologique qui comprend ses non-dits, ses silences et ses zones grises. Le regard se déplace, appelé ailleurs par une intuition, une rumeur, une autre forme de présence et de porosité au monde.

Ainsi la petite Ruka, dont les vacances d’été hébergent l’intrigue, est introduite par le biais d’un mélange de sentiments confus, piégée dans des situations floues, que ce soit dans sa famille, dans son équipe sportive, ou dans son âge de changements. Le père est absent de la maison, la mère boit, la gamine n’accepte pas qu’on minimise ses propres bobos et sa colère bien qu’elle les taise aux autres, et dans ces moments de grand vertige et d’insupportable isolement, l’été vient sournoisement rallonger ses journées vides et désœuvrées.

C’est alors au tour de la réalité, perçue sous un angle différent, de glisser vers le fantastique. Lors d’une visite à l’aquarium où l’attirent ses souvenirs d’enfance, Ruka va faire la rencontre inattendue de mystérieux enfants de la mer, Umi et son frère Sora. Sorte de dauphins humains élevés parmi les lamantins, nageurs aguerris au souffle infini et à la peau fragile, alertes aux fascinants signaux sonores qui relient les créatures sous-marines à des milles à la ronde. Une grande fête s’annonce, la célébration unique d’une naissance, la consécration d’un être élu, invité, révélé, reconnu de cette lignée magique issue de la mer… Et de ce climax crucial on pressent simultanément le danger du sacrifice imminent.

À ce point de la fiction, la narration coule entre les lignes et décroche des lettres moulées noir sur blanc pour se fondre dans des profondeurs aussi opaques que translucides et scintillantes. Tout ce que l’on peut en décrire, c’est la fusion aquatique d’une jeune fille et d’une météorite. La lecture de cet imaginaire, poétique et cosmique, doit se libérer du carcan rationnel et factuel pour se laisser emporter, captiver, éblouir, immerger dans un univers sans commencement ni fin, un grand tout créatif. On n’aura jamais vu pareilles explosions d’images en cinéma d’animation : œuvres chorégraphiques, visuelles, sonores et chromatiques en pleine osmose et perpétuelle mutation. Une déferlante violente, un long tourbillon multicolore, des vagues d’aventure et d’émotion qui avalent tout sens sur leur passage.

Tandis que ciel et mer se fondent, que des pluies diluviennes emportent les larmes, que les bancs de poissons créent des arc-en-ciel de lumière, la réalité humaine s’éparpille en gouttelettes, en éclats, en sentiments aux facettes miroitantes, surface sensible et insaisissable sur laquelle glisse la vie.

Children of the Sea déploie des paysages aussi sublimes que les eaux dans tous leurs états d’Aquarela (2018). La musique, l’harmonie, la puissance de la nature y font lois. L’instinct animal en adéquation avec l’habitat y reprend tous ses droits. Et le devenir de l’homme repose ultimement sur sa capacité d’écoute, d’inscription humble dans cet ordre supérieur, sur sa relation paisible avec ses origines, ses sentiments, son environnement, sa reconnaissance de ce qui l’habite et le dépasse. Au passage, un brillant portrait du tumulte de l’adolescence et de l’éveil de la personnalité – écoresponsable qui plus est.

48e FNC du 9 au 20 octobre 2019 ./* À propos de Lillian de Andreas Horvath (Autriche, 2019) dans la catégorie Panorama international

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De ces héroïnes comme il ne s’en invente pas, Lillian Alling a pris la route en 1926 depuis New York vers l’Alaska en vue de rejoindre sa Russie… à pied. Une littérature s’est bien sûr penchée sur son mystère, rejoignant les bouts archivés, fabulés, éparpillés tout au long de son périple américain, loin du rêve. Cela, la fiction de l’Autrichien Andreas Horvath le rend bien à travers les déchets (papiers de barres de céréales, restes de squat, mouchoirs utilisés au fond de toilettes) que la marcheuse laisse traîner derrière elle, comme une preuve de son passage et un pied-de-nez à ceux qui l’ont égarée là, ou la méprisent gratuitement en la croisant. Signe de révolte, de colère, d’abandon.

Hormis cette assise véridique qui fascine malgré elle, le film a relativement peu à ajouter. Certes, la traversée de l’Amérique amène à aborder des réalités (et paysages) souvent bien différentes de celles généreusement télévisées. En début d’exil, la jeune femme trouve son chemin entre les échangeurs et rocades à l’entrée d’une ville faite pour la circulation automobile, mais ce sera le seul frôlement urbain de tout le voyage. On la verra ensuite arpenter des montagnes, des déserts, des rivières, des forêts, des villes-fantômes et des rues sans nom, sans fin.

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Puisqu’elle ne parle pas la langue, elle est accompagnée de bulletins météo en guise de commentaires à l’accent de l’Iowa, du Nebraska, puis du Yukon. Après tout, la pluie, la neige, la grêle, la canicule, les intempéries ont un impact direct sur sa progression géographique. Et puis le monde continue de tourner, de se concentrer sur des absurdités, inconscient de la détermination kamikaze d’une paria à rejoindre son pays sans rien. Ce choix sonore est complété par des compositions (signées elles aussi Andreas Horvath) dignes d’un drame apocalyptique avec beaucoup de suspense… Les envolées orchestrales annoncent généralement d’immenses espaces, les Rocky Mountains, les eaux nordiques, les aurores boréales, et leur indomptable pouvoir sur le minuscule être humain, aussi borné soit-il. Devant d’autres classiques récents du genre (Into the wild, Sean Penn, 2007; Wild, Jean-Marc Vallée, 2014), les incontournables ampoules et indigestions de champignons sont le moins possible romancées, et traitées avec distance et détachement. L’important ce n’est plus l’homme qui disparaît mais bien le paysage qui l’avale.

Mise à part son obstination fatale, on ne saura rien de Lillian, ni d’où elle vient, ni ce qu’il advient d’elle, ce qu’elle pourchasse ou espère de retour sur l’autre continent. On n’apprendra jamais l’étendue des blessures qui expliqueraient une telle endurance à tout. On la voit dégoter des chaussures, s’arranger pour se nourrir, dormir, survivre, voler, subsister. Puisqu’elle est dans une fiction, elle agit au gré du moment, rencontre des gens figés à une autre époque dans des dépanneurs d’aujourd’hui, ses cheveux coupés et emmêlés n’importe comment se coiffent miraculeusement, et elle bricole de l’équipement pour chaque saison, tout ça sans un sou. Imaginons un instant les épreuves affrontées par la vraie Lillian il y a cent ans.

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Lillian… est-ce important : ton nom ? T’en souviens-tu seulement, rendue si loin dans la solitude et le mutisme ? Car personne ne te parle ou ne t’écoute, et intérieurement tu t’enfonces certainement dans la démence. Au mieux on te couvre d’un geste bienveillant si ce n’est un regard réprobateur, on te prête une couverture et on te reconduit à la frontière de notre champ de vision. Les États Unis : unis vraiment ? Ce n’est pas leur faute s’ils ne te voient pas aller, ils sont si vastes, si éloignés, ils ne se connaissent pas eux-mêmes et ne ressemblent en rien à l’image glorieuse qu’ils projettent.

Des contrées inconnues à perte de vue, une motivation sourde, une femme, un film. On peut coudre autour des trous, l’histoire comme la protagoniste finissent par s’épuiser de se tenir debout. Les discours parallèles sur l’immigration, les peuples natifs, l’immobilisme social, l’ancrage culturel local, l’affirmation, la rébellion, la débrouille, créent une rumeur sous-jacente, un son au décor. Si l’on retient une leçon, c’est qu’il est illusoire de cerner un pays, l’immensité d’un continent, en le résumant à une seule réalité homogène. Il en est de même pour le parcours, le vécu et les choix d’un individu. Rien n’est définitivement acquis ni la propriété de quiconque, et la nature, avec ses forces, ses espaces et ses imprévus, demeure reine. Passé un certain seuil de perte d’humanité, elle reprend ses droits sur tout.

Quand à la sublime moue de je-m’en-foutisme de Patrycja Płanik… Il y a une contradiction à l’endroit de sa beauté ou plutôt de sa sensualité. Car son corps, à travers la dureté des milliers de kilomètres parcourus, reste mis en scène sexuellement dans des robes trop courtes, des nus sauvages, des convoitises malintentionnées. Or n’est-ce pas ce qu’on l’imagine repousser loin d’elle, l’assujettissement à la prostitution et à l’industrie pornographique (rappelées maintes fois par des pages de magazines) ? Là encore la frontière n’est pas nette au regard de la première scène dans une boîte de prod XXX hardcore : a-t-elle l’intention de poursuivre dans cette voie ou choisit-elle au contraire de fuir dans la direction opposée ? À moins que cette distinction entre le noir et le blanc, la soumission ou l’échappatoire, n’ait elle-même plus aucun sens ?

Le mystère de Lillian Alling est obnubilant et trouble avant de s’effacer à l’horizon, de l’ordre du mirage.

./* À revoir le 19 octobre au Cinéma du Parc à 17:00 salle 1.

48e FNC du 9 au 20 octobre 2019 ./* Programme 1 de courts-métrages en Compétition nationale

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Les cinq courts-métrages québécois et ontariens du programme 1/4 en Compétition nationale, précédés d’une carte blanche dans le ton, parlent de soirées qui dérapent, de personnalités borderline, de désirs inavouables et grands écarts dans un monde qui ne compte plus ses déviances et travers.

L’argent n’y fait pas nécessairement le bonheur, bien au contraire il tend à attiser les rancoeurs, l’insatisfaction et la perversion. C’est ce que démontre Que votre empire s’étende d’Albéric Aurtenèche (Québec), dont les amazones dansantes d’une société secrète opèrent de nuit chez de riches lubriques qu’elles ensorcellent jusqu’à ce qu’ils s’en dévissent la tête – littéralement. Le thème de la sororité encensant Lilith et le jeu de l’asservissement sexuel (l’éternel corps féminin démoniaque…) sont à la fois extrêmes et attendus, imposant une esthétique ésotérique, limite gothique, aux terminaisons de latin et gants de cuir un peu trop tendancieux. L’accent mis sur la recherche chorégraphique, avec la contribution de Dana Gingras au mouvement et la participation de l’interprète Caroline Gravel, ne paie pas. Une mention tout de même à l’encontre de l’exploitation d’une architecture locale, religieusement imposante et quelque peu menaçante sous certains angles.

C’est également le contraste de maisons luxueuses, presque des châteaux, dans les hauteurs d’Outremont, qui alimente les divagations de deux jeunes amis promenant leurs bières, leur philosophie et leurs peines de coeur autour du Mont-Royal dans Sur la montagne, par Pier-Luc Latulippe. On y lance quelques piques, par exemple qu’on ne peut, en tant qu’homme parvenu s’offrant demeure si ostentatoire, que vouloir pourrir cette réussite affichée de l’intérieur. La métaphore fait des boucles assez agiles (même simplistes), en passant par le spleen de Rilke, ce que cachent les façades trop parfaites comme les femmes idéales, ou bien la lâcheté de ne pas oser sous prétexte d’une défaite assurée. Car l’un de nos deux penseurs blasés à l’accent très français irritant, ramène à l’avant-plan un autre paradoxe, tout en auto-dérision, entre l’impression intellectualiste de refaire le monde et l’avancement englué de l’état d’ébriété.

En termes de piétinements quotidiens qui ne mènent nulle part, I am in the world as free and slender as a deer on a plain est un titre bien long et enchaîne plusieurs histoires pour mieux dénoncer le vide contemporain. L’Ontarienne Sofia Banzhaf choisit une héroïne collectionneuse de relations vaines via les réseaux dits “sociaux” pour démontrer à sa façon l’écoeurement et l’insignifiance. Drogues, alcool, baises, rencontres aléatoires, remarques humiliantes, jugements sexistes, et en filigrane de tout cela, assurément, de la détresse et de l’égarement dont on ne sait pas si même ça conserve une quelconque importance.

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Le titre It’s nothing fait écho à l’errance précédente avec une lucidité tranchante. La réalisatrice Anna Maguire met en scène une jeune femme qui s’enterre dans ses troubles alimentaires, identitaires, dépressifs. Le tableau d’une adolescence tourmentée qui se cherche et s’auto-détruit pour se trouver est traité en images explicites, à la fois décalées et directes. À travers un double tortionnaire, une tombe creusée dans un parc jour après jour, les mensonges ou excuses pour se couper du monde et de la bouffe, on perçoit l’enfoncement physique et psychologique dans l’impasse anorexique/boulimique, sans avoir à en montrer la réalité osseuse. Détachement habile par le biais du fantastique qui fait honneur au potentiel du court, du cinéma, et nous rapproche de la vérité d’une grave perte de contrôle jusqu’à ne plus se voir tel qu’on est dans le miroir, sinon tel qu’on se croit faussement.

Clin d’oeil à la carte blanche de Renaud Lessard (petit joint pour mettre la table en introduction d’un programme tout de même noir), laquelle joue sur les préjugés rabâchés entre les Montréalais et le grand Québec jusqu’à la frontière de l’Ontario (Aylmer en l’occurence). En gribouillis blanc sur fond noir, se doublant parfois de lignes bleu roi, Automnes Mouillés dessine une cour arrière, une tente de camping, un feu de bois, quelques bières… la fin d’un été. Si le procédé graphique capte l’attention, il est aussi efficace à cerner ces discussions incertaines de fin de soirée entre amis où l’on ne sait plus exactement ce qu’on dit, ce qu’on pense, où on veut en venir ou finalement ce que ça change. Il y est question de retrouvailles dix ans plus tard et des réticences comme des motivations à se rendre à un tel événement où les comparaisons et les bilans de vie sont de mise.

Retour au Québec en compagnie d’Ariane Louis-Seize qui signe un beau et froid Les profondeurs, alors qu’une jeune femme (la secrète Geneviève Boivin-Roussy) fait le tri dans les affaires de sa mère décédée, au chalet. Là encore, le film glisse de genres, empruntant quelques codes au cinéma d’horreur et au fantastique ou surnaturel, pour mettre en scène un face à face entre un amant noyé de chagrin et sa possible fille qui ne se sont peut-être jamais rencontrés de leur vivant. Un hommage à ces liens de sens et de sang, à ce langage de prémonitions, de mirages et de chiens errants qui par instants semblent nous avertir du danger ou du chemin à suivre.

 

./* À propos du film Cold War de Pawel Pawlikowski (Pologne, 2018) présentement à l’affiche du Cinéma du Parc

De ce noir et blanc du temps de la Guerre froide, les premiers plans sont sublimes, bercés par les chants campagnards. Les traits des visages, les accoutrements, l’émotion des personnages, les intérieurs précaires et paysages déserts. On reconnaît immédiatement la signature somptueuse du réalisateur d’Ida (2013), et son mutisme particulier qui déplace les dialogues dans les regards, et dans des décors figés dans la stupeur de l’instant.

Une professeure de danse et un pianiste virtuose parcourent les régions reculées où ils enregistrent des chœurs folkloriques, des airs païens, des complaintes fredonnées par les grands-mères et grands-pères d’une génération décimée précocement par la guerre. Puis vient la saison des auditions d’entrée pour recruter les jeunes talents qui porteront la culture russe aux yeux d’une Europe nouvelle.

Têtes toutes blondes, innocence de bonne famille ou naïveté paysanne, ces braves enfants de la Nation endosseront les costumes et les paroles traditionnels, et travailleront et répèteront avec engagement au sein de cet ensemble d’avenir, Mazurek, afin que la troupe se produise dans les capitales. Le conservatoire n’est pas à l’abri des convoitises politiques et des commandes de propagande stalinienne.

Au fil des trains, des exils, des petites heures du matin et des portées musicales, le film suit la romance de Wiktor (Tomasz Kot) et Zula (Joanna Kulig), le pianiste ténébreux et la chanteuse prometteuse. À la première note, aux premiers silences échangés, ils sont dramatiquement liés l’un à l’autre. Le contexte historique et l’ambition professionnelle de même que des situations sociales les entraînera dans des directions divergentes et ils ne cesseront de recroiser leurs chemins, aimantés fatalement. Mais à ce point fusionnels qu’ils se consument l’un l’autre dans les rares moments qui leur seront donnés à partager librement. Comme un accord en appelle un autre qui en tue irrémédiablement l’essence.

Le long-métrage épouse la cadence et les logiques des courants musicaux qu’il illustre, de l’arrière-pays soviétique aux clubs parisiens. Chants aux accents arméniens, ballets plus classiques, envolées jazz, velouté blues, exotisme colonial, fanfares, guinguettes, et la bonne vieille chanson française de l’après-guerre, tous les styles s’y succèdent, formant une élégante partition d’anthologie. Chaque mode insuffle son intensité propre, son énergie libératrice. Les individus vibrent de toute leur mémoire et leur vécu aux sons dépoussiérés et aux cordes tendues ou aux rengaines bohèmes. L’enchaînement de chapitres fondus au noir, parenthèses coupées en pleine musique et soirées inachevées, crée cette texture des rêves et souvenirs dont il ne demeure que des flashs, d’une sensibilité aiguë et vive. À l’image de l’époque aussi, baignée de tensions vagues, de clashs diplomatiques et d’un présent troué par les traumatismes et disparus. Le récit s’en trouve presque trop simplifié dans son déroulement et trop tragique dans ses événements clés. Comme si l’on n’avait filtré que les extrêmes, l’âme nerveuse.

Il y a en réalité une intelligence pudique à relater à la fois l’histoire d’amour d’une vie, traversée par l’histoire de la musique et marquée par l’Histoire tout court, sans jamais archiver les faits précis sinon leurs répercussions émotionnelles, leurs résonances profondes. Un drame qui arrache à plusieurs reprises les larmes tant la facture visuelle est épurée, l’écriture fine et le son puissant. Pawel Pawlikowski compose une œuvre qui entrelace soyeusement le réalisme et sa transposition artistique. Romance qu’il dédie à ses parents dont les protagonistes portent les prénoms.

Et puis on dira que c’est facile, d’ajouter en générique les murmures de Glenn Gould accompagnement les Variations Goldberg de Bach. Ce baume vient se poser délicatement sur les incisions à vif de la mélodie rurale “Two Hearts” qui hante le film, hymne de l’héroïne.

 

./* Sélection officielle à Cannes 2018, prix de la mise en scène / Nominé aux Oscars 2019 pour le meilleur film étranger / nombreuses récompenses européennes

(c) Diaphana Distribution http://diaphana.fr/film/cold-war/

FNC 2018 ./* À propos des films Burning de Lee Chang-dong (Corée du Sud, 2018, 149 minutes) et Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez (France, Suisse, Mexique, 2018, 102 minutes)

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Le Festival du nouveau cinéma s’achève en ce moment après deux semaines bien chargées d’intensité, de bizarrerie, de beauté tragique et d’effusions de violence, parfois drôle, parfois non. (2/2)

Les granges brûlées

Burning du réalisateur coréen Lee Chang-dong, qui s’est mérité le prix FIPRESCI (de la critique internationale) en compétition officielle au Festival de Cannes, est une adaptation de la nouvelle Les grandes brûlées de l’écrivain japonais Haruki Murakami, paru dans son recueil L’éléphant s’évapore rassemblant des textes rédigés entre les années 1980 et 1990, et puise en parallèle au Burning barn de William Faulkner paru un demi-siècle plus tôt. L’intrigue relate un triangle amoureux, comme bien souvent débalancé dans les sentiments et les caractères de ses trois protagonistes, qui plus est miné par une lutte des classes affranchie.

La jeune Hae-mi travaille comme cheerleader devant des magasins, incitant les passants par ses trémoussements, ses slogans chantés et ses œillades à rentrer découvrir les spéciaux ou à participer à des concours. Elle croise par hasard une connaissance de sa ville natale, Jong-su, livreur d’occasion, qui habite la fermette de son père pendant le procès de celui-ci (accusé de voie de fait et récidive sur un agent) et à qui elle confie son chat à nourrir dans son appartement pendant un séjour en Afrique. Elle en revient au bras de Ben (bien sûr le prénom occidental n’est pas anodin), un fils de bonne société aux mœurs et occupations aussi mystérieuses que suspectes. La première est intrépide et intense, le second naïf et dévoué, le troisième suffisant et volage. Trois extrêmes qui aimantent l’histoire dans des directions opposées, entre romantisme retenu, libertinage, amitié à l’épreuve. Et tel un élastique trop tendu et tiré qu’il pourrait partir dans n’importe quel sens, on craint le drame passionnel, le passage à l’acte lugubre, à raison.

Hae-mi pousse pour des sorties à trois, Jong-su s’écrase pendant que Ben brille de sa culture et de son fric étalés : on ne peut vraisemblablement pas parler d’équilibre tripède, à peine de relations deux-à-deux stables et tolérées, que la jeune femme disparaît. Un secret enfle pendant ce temps entre Ben et Jong-su, l’un confie brûler des granges pour la simple exultation que cela lui crée, et l’autre brûler d’amour pour leur amie commune. Tout ce qui était contenu au préalable, pour des raisons de bienséance et d’obligation, éructe de frustrations et d’injustices accumulées. Et tandis que la brume s’épaissit de manipulation et peut-être de crime, l’urgence de la vérité se fait de plus en plus crûment sentir. Rien ne pourra se dénouer autrement que dans la violence, et moins Hae-mi est là, plus elle impose comme une évidence que seul l’un des deux prétendants pourra demeurer après elle, celui qui continue de l’encenser, ou l’autre qui l’a effacée si étrangement.

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Dans ses paysages de ville et de campagne tout en contraste, ses rayons de lumière sur un angle d’étagère, ses jeux secrets tapis dans l’ordinaire (mimer l’épluchage d’une clémentine ou câliner un chat invisible), la magie subtile de l’écriture de Murakami transparaît comme saupoudrée au long de Burning. La naissance des sentiments cède immédiatement place à leur dimension obsessionnelle et viscérale. Lee Chang-dong trouve alors un basculement juste vers des sous-entendus corrompus et des ambiances viciées (dont on se demande si l’inspiration viendrait de sa carrière initialement politique). Porteuse de ce glissement inéluctable, la musique du compositeur sud-coréen Mowg place quelques riffs minimaux qu’elle vient progressivement prolonger ou vriller de tonalités inquiétantes. Elle accompagne le changement de registre de la comédie sentimentale au thriller à l’image du jazz d’un bon vieux polar.

La critique sociale est quant à elle d’une contemporanéité qui surprend malgré la simplicité de sa logique : ceux qui ont plus ont le luxe de tout faire, tout réaliser, abuser de tout même de l’humain en face d’eux sous couvert de belle réputation, peu importe que ça les rapproche de la malversation tant que ça n’entache pas leur image ; tandis que ceux qui n’ont rien se donnent à peine le droit de désirer plus, ou s’ils le font c’est avec culpabilité ou en se sacrifiant un peu comme on s’offre au diable dans un contrat inéquitable. Tout ceci si bien ancré dans l’ordre normal des choses que qui viendrait le contester soit manque d’éducation soit frise la folie.

Une cabane en feu

Annoncé d’entrée de jeu, le mélange des genres et des fluides d’Un couteau dans le cœur n’est décidément pas pour plaire à tous. Par contre, il a de quoi rendre curieux, et attirer un public bien bigarré, d’où les surprises et réactions variées. Il s’agit du second long du Niçois Yann Gonzalez, dont Les rencontres d’après minuit portant à l’écran une orgie se méritait une Caméra d’Or d’encouragement au jeune talent à Cannes en 2013. Vanessa Paradis, vraie icône d’une époque irrévérencieuse et aigre-douce, y tient la tête d’affiche en tenancière d’une boîte de production pornographique gay, où la rejoignent également Nicolas Maury (Dix pour cent) et Kate Moran de la distribution du précédent, de même que Romane Bohringer pour un rôle à l’écart. Et l’histoire : un tueur en série dévaste le petit milieu du tournage XXX avec son godemichet-canif et autres lames affûtées, comme pour punir les starlettes homos d’un amour traumatique de jeunesse. Présenté à Cannes cet été, le film n’était pas vraiment à une place où il pouvait prétendre à être chaleureusement reçu, c’est entendu. Mais soyons prêts, ici c’est Temps Ø tout est permis.

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Le scénario est inspiré d’une véritable figure des années 1970 et 1980, Anne-Marie Tensi alias AMT pour les initiés, amante éperdue de sa monteuse, qui a produit et réalisé quelques soixante-dix films du rayon interdit aux moins de 18 ans et public averti, et effectivement joué dans certains sous le pseudo de Anthony Smalto. Avec une si imposante filmographie officielle à l’appui, on n’est plus tant dans l’amateurisme, cela dit Gonzalez fait main de maître comme son “La Bouche” succion parfaite alors qu’il transforme son sacerdoce en excitante reconstitution d’époque et de genre. Autrement dit, son intrigue elle-même épouse les décors, les ambiances, les défauts et la pauvreté de contenu systématique de certains récits érotico-orientés pour nous faire mariner, spectateurs, dans une attente faite de rose, d’ennui, de surprises et d’écœurement.

Il y aura des boucles d’or, des corneilles de mauvais augure, des manteaux de cuir, des armes cachées sous la ceinture, des lèvres en sang et des attouchements abusifs, des grandes drama queens pour de petits sentiments. Et aucun interdit. Mais je le redis, à chacun son goût de s’y frotter.

 

FNC 2018 ./* À propos des films The house that Jack built de Lars Von Trier (Danemark, France, Suède, Allemagne, 2018, 155 minutes) et The Guilty de Gustav Möller (Danemark, 2018, 85 minutes)

FNC2018

Le Festival du nouveau cinéma s’achèvera demain après deux semaines bien chargées d’intensité, de bizarrerie, de beauté tragique et d’effusions de violence, parfois drôle, parfois non. (1/2)

La maison de ses rêves

Le plus brutal et salissant qui soit, aux plans et crimes durs à soutenir, le dernier Lars Von Trier éclaboussera de sang et d’horreur encore plusieurs cauchemars suivant son visionnement. Au grand dam du tueur en série atteint (entre autres) de TOC qu’il suit, Jack (Matt Dillion) au nom prédestiné pour une grande carrière à faire couler l’hémoglobine, dont la hantise est de laisser des traces derrière lui. Cela vaut une scène magique chez la seconde victime Claire, à la hauteur du premier meurtre de l’autostoppeuse insupportable jouée par Uma Thurman.

En voix et bruitage off, ce qui semble être une descente du Styx vers les enfers durant laquelle Jack relate à son passeur “Verge” sa grande œuvre de psychopathe. Ainsi défilent – comme les chapitres d’un livre ou les étapes d’un manuel de construction – la collection des clichés qu’il prend après chaque strangulation, éviscération, lapidation, exécution. Le mode opératoire semble au départ improvisé, presque humoristique tant il est maladroit, le fait de l’opportunité, puis calculé et peu à peu une sorte de punition personnalisée, de plus en plus maladif et torturé.

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Le tableau final du Purgatoire tombe presque à plat après l’extrême violence traversée. La frustration des ambitions d’architecte de cet ingénieur en bâtiment et sa recherche du matériau ultime pour la réalisation de son chalet idéal au bord d’un lac paisible est tout d’abord une étrange ponctuation dans le récit, avant de prendre une tournure la plus glauque possible. Dans tous ses excès, son mauvais goût et sa vengeance non cachée de critiques réellement accumulées contre le réalisateur danois, The house that Jack built n’aurait pu se permettre d’aller si loin dans la cruauté sans l’aura d’un maître du cinéma, même si l’échafaudage global ne tient pas parfaitement debout. Mais évinçant l’enquête, la suspicion, la traque de forces de police ou d’inspecteurs perspicaces, le film aborde la série d’homicides et sa progression vers le pire en se déconnectant de la réalité. Plus fantaisiste tout en devenant plus horrible, moins appliqué et maniaque à mesure que le fantasme se concrétise et que la chambre froide se remplit de cadavres.

Urgence à domicile

Thriller trépidant, The Guilty a la particularité de se dérouler exclusivement en huis clos dans une antenne d’appels d’urgence de commissariat. Ça implique quelques limites ou redondances dans les zooms sur la lumière rouge d’un appel en cours, le protagoniste qui s’arrache son casque d’écoute, ou la trame sonore des diverses sonneries de cellulaires ou lignes fixes. En parallèle, le réalisateur Gustav Möller a su travailler une arborescence originale d’informations et de dialogues pour ramener de la tension et des variations dans les interventions de ses personnages.

Tout est centré sur le policier Asger Holm (Jakob Cedergren), retranché au centre d’appels d’urgence le temps qu’une affaire compliquée dont il est accusé et se confessera passe en cour. Juste avant la fin de son quart de travail, l’agent intercepte un appel d’une mère de famille en cavale avec son mari après une sérieuse dispute à domicile où ils ont laissé en plan leurs deux enfants dont une fillette Mathilde et son petit frère Oliver en bas-âge. La famille a moins l’air en sécurité qu’en profond état de crise, l’alerte est lancée pour retracer le mini-van en périphérie de Copenhague. Toute l’intrigue porte sur la difficulté de saisir où se situe la culpabilité, mais aussi la responsabilité de chacun vis-à-vis de drames, la gestion de la colère et de la détresse.

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En dépit des situations de panique entrecoupées de silences d’impuissance, ce long-métrage danois nous plonge dans l’univers des intervenants d’urgence au cœur du malheur alors que celui-ci dessine en temps réel sa forme et son ampleur. Un centre téléphonique de tri qui, en cas grave et avec un minimum de renseignements, transmet à d’autres centres d’assignation les signalements pour missionner des patrouilles sur place. Avant les premiers secours, avant en fait de pouvoir faire ou entendre quoi que ce soit. Avant même de savoir ce qui se passe. Et c’est l’un des dilemmes du personnage principal, de vouloir intervenir au-delà de ses responsabilités pour pouvoir changer quelque chose, alors qu’en réalité il n’a que le pouvoir d’attendre que ça arrive. De l’impossibilité d’éviter les imprévus et les dérapages, de revenir en arrière et maîtriser son impulsivité, de réparer ce qui a mal tourné.

 

À revoir ./* The house that Jack built sera présenté une dernière fois dans le cadre du FNC 2018 ce dimanche 14 octobre au Cinéma Impérial à 21h. La sortie de The Guilty sur les écrans québécois est prévue pour le vendredi 19 octobre prochain.