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Animation

./* 34e édition des Rendez-Vous du cinéma québécois du 18 au 27 février 2016 à Montréal

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Ce jeudi soir l’avant-première du dernier Denis Côté, Boris sans Béatrice mettant en vedette James Hyndman dans un triangle infernal avec sa conjointe et la dépression – a marqué le lancement attendu de la 34e édition des RVCQ. Une grosse programmation cette année, se réclamant de plus de 300 films au total, des longs et courts-métrages, des documentaires et des animations, des programmes vidéo expérimentaux, de même que des leçons de cinéma (par Jean-François Rivard et François Létourneau, Philippe Falardeau, la porte-parole de cette édition Pascale Bussières, et André Turpin), également des rencontres et tables rondes, une carte blanche au TIFF, des rendez-vous pro, une projection-concert, ainsi que les réputées soirées des RVCQ invitant successivement la formation musicale Last Ex, le Gala Prends ça court, l’INIS pour ses 20 ans en plus de dégustations et détours en mixologie.

Le survol de la grille horaire est l’occasion de se remémorer les bons ou excellents coups de 2015, de même que des accrocheurs médiatiques, quelques titres poétiques, ou des invitations jusqu’ici manquées. Parmi les longues plongées, on voudra absolument recaser à l’emploi du temps le chef d’oeuvre Chorus de François Delisle, le magistral et étrange Endorphine d’André Turpin, l’attachant et sensible Félix et Meira de Maxime Giroux, et Le bruit des arbres de François Péloquin, simple et percutant, sans oublier le petit dernier de Sophie Deraspe, Les Loups, et ses paysages esseulés qui ouvraient les RVCQ 2015. Il faudra aussi conseiller les virées fantastiques de Turbo Kid (François Simard + Anouk et Yoann-Karl Whissell), Le coeur de Madame Sabali pour son entrain chantant, et le style diabolique de Guy Maddin et son récent The Forbidden Room.

Il demeurera quelques réticences à s’aventurer dans la légèreté familiale, conjugale ou sociale des Paul à Québec (François Bouvier), Le mirage (Ricardo Trogi) ou Guibord s’en va-t-en guerre (Philippe Falardeau), mais ils font sans conteste partie du paysage cinématographique de l’année passée. Le journal d’un vieil homme engendrera la même profonde et déprimante tristesse, de même que L’amour au temps de la guerre civile (Rodrigue Jean) violence et rebellion, ou Noir (Yves Christian Fournier) son impression de déjà dit. Fatima (Philippe Faucon) assurément, Tokyo fiancée certainement, Les êtres chers (Anne Émond) sans doute, Early Winter (Michael Rowe) peut-être, Bienvenue à F.L. si le temps s’y prête ; quant aux Gurov et Anna, Antoine et Marie, Anna, Ana, Augustine, Corbo, Attila, Ville-Marie ou Le Garagiste, il est probable que tous leurs noms restent sur le tapis…

C’est que bien d’autres attractions monopoliseront la curiosité, en plus des nombreux documentaires (P.S. Jerusalem de Danae Elon, Police Académie de Mélissa Beaudet, Pipelines, pouvoir et démocratie d’Olivier D. Asselin, Le nez de Kim Nguyen – non merci – et L’anti-leçon d’économie de l’Oncle Bernard de Richard Brouillette, pour ne citer que les plus remarqués) et programmes de courts en compétition, telles que des sélections aux ramassés sous les titres prometteurs et variés d’Amour amour, Premières fois, Plaisantes angoissesDes robots et hommes, Psychotonique, Pauvres insectes par exemple, tout en se gardant un creux pour le mystérieux Avant les rues de Chloé Leriche en clôture. Rattraper un peu du charme calme de La Neuvaine de Bernard Émond et son envol d’oies à Ste-Anne, ou du Continental, un film sans fusil qui a lancé Stéphane Lafleur il y a quelques années, ce sera possible avec un peu de nostalgie venue de Toronto.

Un pari au hasard : Copenhague – A love story de Philippe Lesage (réalisateur des Démons). Quartier latin, jeudi 25 à 20h30

Une découverte discrète et ravissante : Nuits de Diane Poitras. Cinémathèque québécoise, vendredi 26 à 18h

Pour le reste, place à l’improvisation ! Une seule garantie : du cinéma bien d’ici. Un condensé de FNC, de Sommets de l’animation, de RIDM qu’il fait plaisir de retrouver hors-saison.

 

./* Programmation RVCQ 2016 http://rvcq.quebeccinema.ca/grille-horaire 

 

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./* Le Prophète (États-Unis, Canada, Liban, Qatar, France, 2014), film d’animation collectif adapté de l’ouvrage éponyme de Gibran Khalil Gibran

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Présentée dans de nombreux festivals internationaux de cinéma et d’animation de choix depuis 2014 – dont Cannes, le TIFF, le Jerusalem Festival ou la sélection internationale d’animation d’Annecy – la coproduction Le Prophète est une surprenante et admirable initiative de collaboration, tel un message proactif de paix mondiale. Tramée par les écrits tissés de sagesse et d’humanité du poète et peintre libanais Gibran Khalil Gibran (1883-1931), cette oeuvre exulte d’une merveilleuse espérance dans la puissance libératrice des mots.

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Bande-annonce

Il est revenu à l’Américain Roger Allers, distingué il y a dix ans à Deauville pour sa coréalisation du Roi Lion aux côtés de Rob Minkoff, de diriger la réalisation de cette heure et demie d’animation qui lui a valu un prestigieux Annie Award. La tâche n’était pas mince puisqu’en plus d’adapter la riche prose d’origine (aussi emblématique que la parole d’un Zarathoustra), cela impliquait la coordination d’une dizaine de dessinateurs des plus reconnus au monde aujourd’hui. Le résultat donne l’impression d’un ouvrage collectif dont les pages se tournent en une suite d’histoires et d’univers illustrés. Une enfilade de nouvelles de bande dessinée animée, comme on a vu sur les dernière décennies des convocations de noms du cinéma d’auteur au service d’une thématique éclairée sous différents angles : par exemple New York, I Love You (2008) ou 11’09”01 – September 11 (2002).

L’abécédaire poétique éclaire plusieurs thèmes et réflexions sur les grandes leçons de l’existence : la liberté, l’amour, la paix ou le pardon. Chaque divagation est l’occasion d’une plongée stylistique et picturale, la plus réussie étant ce tango froid et langoureux aux petites heures matinales signé Joann Sfar. Nul autre que lui pour capter l’attraction, la sensualité de la musique, les grands yeux dans la nuit perse. Facile aussi de reconnaître le crayon brouillon et vicieux d’un Bill Plympton, comme de pister la touche experte des jumeaux français Gaëtan et Paul Brizzi. Les excursions dessinées laissent également place à des parenthèses aux motifs arabisants ou kaléidoscopiques, qui représentent une autre part de l’animation contemporaine, travaillée par ordinateur selon des principes de géométrie et perspective 3D – un filon présent en court-métrage, moins en long.

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Au-delà de l’intérêt du panorama de pratiques en animation, il y a le récit, simple et sensible, de Mustafa le poète assigné à résidence, dont les paroles et paraboles chaleureuses rassurent les gens autant qu’elles insécurisent le pouvoir politique. À sa rencontre, la toute jeune et intrépide Almitra qui a perdu la voix de chagrin au départ de son papa trouve une expression unique de l’immensité de son imaginaire et de son désarroi intérieur. Ensemble, ils voguent sur l’émerveillement et le rêve, l’espoir et la libre pensée. Kamila, la maman d’Almitra qui fait des ménages chez le prisonnier et doit désormais s’occuper seule du quotidien familial empesé du mutisme de sa fille, s’apaise elle-aussi de la légèreté réconfortante des mots.

À l’aube d’être relaxé et reconduit à la frontière après sept années de détention, le poète attise toujours la bonté publique tandis qu’il sème calme et générosité sur son passage. Les démonstrations de solidarité sociale et d’admiration ne font que précipiter le plan tordu des autorités de placer sa libération sous condition de reniement de ses écrits et ouvrages de toute une vie. Almitra crie à l’injustice. Piégé, intègre, Mustafa choisit l’évasion spirituelle à la basse loi des militaires qui l’exécutent au fusil dans la cour arrière.

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Le bref voyage du logis de détention au poste frontière maritime où sera proclamée sa condamnation se déroule entre deux sentinelles, l’un gros bourru bon vivant, l’autre frêle et maniéré serviteur au coeur mou, et sous la pluie d’acclamations des villageois qui fêtent la victoire symbolique de la liberté. Tous les personnages sont, de caractère et de physique ainsi que dans leurs multiples expressions, extrêmement justes et attachants. Et constamment interrompu par des envolées de poésie, le fil du récit se maintient et se boucle aisément, en se réclamant sans cesse d’une sagesse inspirante.

Au comble de l’embellie, des chansons romantiques reprennent les belles phrases de Mustafa au coeur de musiques emphatiques. Un sirop définitivement sucré qui affirme son succès par le timbre charmeur du chanteur Damien Rice et les violoncelles élégants de Yoyo-Ma. Les voix de la version anglaise, dont celles de Liam Neeson (Mustafa) et Salma Hayek (Kamila), sont une douceur de plus à l’oreille.

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Au synopsis qui invoquait deux films portés à l’écran cette année, L’institutrice de Nadav Lapid (Iran) et Court de Chaitanya Tamhane (Inde), Le Prophète répond, en dépit d’une esthétique d’enfance mêlée de candeur et de nombreuses arabesques, par une aventure colorée et modeste, instructive et à méditer.

 

./* Le Prophète, actuellement à l’affiche du Cinéma du Parc et du Beaubien, entre autres

14e Sommets du cinéma d’animation – Montréal 2015 ./* Programme parallèle “Une nouvelle vague italienne” présenté en collaboration avec l’Institut Culturel Italien de Montréal

Quatorze courts en provenance d’Italie réalisés entre 2009 et aujourd’hui

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L’enfance de Magda Guidi

Dans cette sélection de la Nouvelle vague italienne, le nom de l’illustratrice Magda Guidi revient à plusieurs reprises, et l’on reconnaît dans sa patte à la fois un talent du crayon à saisir des émotions et sentiments fragiles – l’appréhension, la honte, l’attachement – et à protéger leur vulnérabilité en les portant à l’écran dans un mouvement calme, accompagnés de sons et musiques disons introspectifs. Se dégage de cet ensemble une poésie franche, par moments effrontée, d’autres fois plus mystérieuse voire rêveuse.

Ces constructions s’articulent autour d’un ressenti plutôt que d’une narration, et plus qu’une fascination pour le monde de l’enfance, elles ressuscitent souvent les souvenirs et superposent différents âges. Via Curiel 8 par exemple, coréalisé avec Mara Cerri, nous promène dans la cage d’escalier de l’appartement à cette adresse. Sur le palier se croisent timidement un homme et une femme, apparemment très proches mais qui n’osent plus même se regarder. Tandis qu’il déserte le logement qu’ils ont probablement habité, et amoureusement, dans un passé récent, elle l’y relaie. La main sur la poignée, elle redevient la petite fille du temps qu’ils étaient si complices et innocents. La mémoire de leur relation s’anime et fait revivre la force de l’amour autant que les éclats de leurs querelles. Lui s’égare et dégringole les marches sans fin, rejoignant dans l’amnésie de la chute un même soulagement d’effacer le malheur traversé depuis. Proximité sensible, dans l’espace et le temps, de deux êtres confrontés à la distance irréparable de  leur séparation.

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Bande-annonce VIA CURRIEL 8

Dalila reprend une atmosphère et des thèmes assez similaires en établissant un parallèle entre Dalila la fillette avalant une hostie en cours d’éducation religieuse ou simplement à la messe, et Dalila la femme adulte, qui n’est plus en mesure de soutenir le regard de l’enfant. Là encore, outre un dessin aux traits brouillons mais à la sensation extrêmement précise, ce court laisse une empreinte sonore touchante, épurée et cristalline faite de bruits, de rires et de notes éparpillés. En revanche, San Laszlo contro Santa Maria Egiziaca apporte une toute autre couleur par son anachronisme et ses collisions de styles. Sur fond blanc, des personnages de techniques et symboliques sans rapport se tirent dessus dans un western spaghetti loufoque. Un exercice drôle et décalé qui démontre que Magda Guidi sait aussi s’amuser à autre chose que ses thérapies fines et illustrées.

La valigia de Pier Paolo Paganelli (2014, 15 min)

De sa pâte à modeler traditionnelle, réaliste et réussie, Pier Paolo Paganelli extirpe une histoire d’Alzheimer prévisible dans ses récurrences et ses obsessions d’enfance, dont la forme retournée fait tout l’intérêt. Un homme très vieux, dans une cellule grise et abîmée, répète qu’il ne sait pas ce qu’il fait ici. Ou plutôt qu’ »ils disent » qu’il ne cesse de répéter sa question comme un mantra. La maladie et la sénilité mêlées lui laisse pourtant quelques bribes de souvenirs de son passé lointain concernant son frère et une vie résumée à une valise, possiblement vide, posée sur son lit. D’épisode en épisode, l’homme rajeunit et bien qu’il ressasse la même histoire, celle-ci change selon les humeurs, s’agrémente de différentes vérités. Ce mouvement de retour à la puérilité est une vérité chez les patients en stade avancé, à la fois difficile à gérer et déchirante, mais qui simplifie la prise en charge infantilisante quelquefois. Redevenu bambin, dans le même accoutrement et la même piaule délabrée, il lâche prise et s’envole par les barreaux rejoindre sa vue sur mer dont il rêvait tant.

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Bande-annonce LA VALIGIA

C’est le plan final d’un homme vieux trépassé dans le lit d’une vaste et luxueuse chambre à coucher, qui dénoue l’ensemble de la construction, le glissement vers une folie qui remplace de plus en plus la vie, l’enfermement dans un espace miteux qui n’est autre que l’isolement dans la maladie. Enjolivée par l’imagination, la chute dans la réalité est d’autant plus abrupte. Un témoignage vrai et attendrissant.

Arithmétique de Giovanni Munari et Dalila Rovazzani (2010, 4 min)

Cette animation cerne joliment l’esprit de la fantaisie lyrique composée en 1924 par Maurice Ravel sur un livret poétique de l’auteure Colette, Les enfants et les Sortilèges, dont elle présente un tableau, « Deux robinets coulent dans un réservoir ! » – Le petit vieillard et les chiffres, parmi la vingtaine de fabulettes. Dans une grande maison, un jeune garçon puni dans sa chambre s’évade dans une multitude de rêveries furtives par lesquelles les objets l’entourant, par exemple son cahier de mathématiques, prennent vie. L’animation joue sur la déformation des proportions, un vertige des grandeurs et des nombres qui avale l’enfant dans une bousculade d’opérations aux résultats réinventés. Cette danse de chiffres et de notes est menée par une figure maléfique, entre le diable, le vieillard et le chef d’orchestre.

En misant sur un dessin relativement classique, toutefois très rebondissant, le court Arithmétique respecte la richesse de la musique et attire l’attention sur les paroles déjà pleines de calculs confus et d’originalités. À l’origine, l’œuvre était pensée pour un orchestre normal, que Ravel a agrémenté de plusieurs instruments inusités, tels qu’une râpe à fromage, un éoliphone, une crécelle ou une flûte à coulisse. La composition fait également appel à diverses influences et pastiches de musiques et danses, folkloriques par exemple, dont on perçoit ici comme un air slave.

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Intégral ARITHMÉTIQUE

« Deux robinets coulent dans un réservoir ! »
Le petit vieillard et les chiffres

Le petit vieillard
(il marche à petits pas dansés, en récitant des bribes de problèmes) :
« Deux robinets coulent dans un réservoir
Deux trains omnibus quittent une gare à vingt minutes d’intervalle,
valle, valle, valle,
Une paysanne, zane, zane, zane, porte tous ses œufs au marché,
Un marchand d’étoffe, toffe, toffe, a vendu six mètres de drap ! »
L’enfant (affolé) : « Mon Dieu, c’est l’arithmétique ! »
Le petit vieillard : « Tique, tique, tique ! »
Les chiffres : « Tique, tique, tique ! »
Le petit vieillard : « Quatre et quat’ dix-huit, onze et six vingt-cinq,
Quatre et quat’ dix-huit, sept fois neuf trente-trois ! »
L’enfant (surpris) : « Sept fois neuf trente-trois ? »
Les chiffres : « Sept fois neuf trente-trois ! »
L’enfant (égaré) : Quatre et quat’ ? »
Le petit vieillard (soufflant): « Dix-huit ! »
L’enfant : « Onze et six ? »
Le petit vieillard : « Vingt-cinq ! »
L’enfant (égaré) : Quatre et quat’ ? »
Le petit vieillard (soufflant) : « Dix-huit ! »
L’enfant (exagérant) : « Trois fois neuf quatre cents ! »

Le petit vieillard (en accélérant) : « Millimètre, centimètre, décimètre,
Décamètre hectomètre, kilomètre, myriamètre
Faut t’y mettre, quelle fêtre! des millions, des billions,
Des trillions, et des frac-cillons ! »
Les chiffres (entraînant l’enfant dans leur danse)
« Deux robinets coulent dans un réservoir
Deux trains omnibus quittent une gare à vingt minutes d’inter… »
Le petit vieillard : «Une paysanne, zane, zane, zane, porte tous ses… »
Les chiffres : « Un marchand d’étoffe, toffe, toffe, a vendu six… »
Le petit vieillard : « Deux robinets coulent coulent coulent dans un réservoir ! »
Les chiffres : « Une paysanne, zanne,zanne, zanne, s’en va-t-au marché… »
Le petit vieillard et les chiffres (dans une ronde folle)
« Trois fois neuf ? Trente-trois! Deux fois six ? Vingt-sept !
Quatre et quat’ ? Quatre et quat’ ? Quatre et quat’ ? Quatre et quat’ ? (bis)
Deux fois six trente et un ! Quatre et sept ? Cinquante-neuf ! (bis)
Cinq fois cinq ? Quarante-trois ! Sept et quat’ ? Cinquante-cinq ! (bis)
Quatre et quat’ ? Cinq et sept !
Vingt-cinq ! Trente-sept ! Ah

L’enfant tombe étourdi de tout son long.
Le petit vieillard et les chiffres s’éloignent en chuchotant :
« Quatre et quat’ ? Dix-huit ! Onze et six vingt-cinq !
Trente-trois ! Z’huit ! »

 

Étaient aussi présentés dans ce programme :
Sans tête (Senza testa) de Michele Bernardi ( 2009, 5 min)
Percorso#0008-0209 d’Igor Omhoff ( 2009, 6 min)
Videogioco – Loop Experiment de Donato Sansone (2009, 2 min)
J de Virgilio Villoresi (2009, 5 min)
Ci sono gli spiriti d’Alvise Renzini (2009, 6 min)
Corpus Nobody de Saul Saguatt et Audrey Coïaniz (2011, 6 min)
Silenziosa-Mente d’Alessia Travaglini (2011, 5 min)
Le Fobie del Guard Rail de Marco Cappellaci (2012, 5 min)
Haircut de Virginia Mori (2014, 8 min)
et Pandemonio de Valerio Spinelli (2015, 3 min)

14e Sommets du cinéma d’animation – Montréal 2015 ./* Programme 1 de Compétition internationale

Neuf courts en provenance de sept pays : Allemagne, France, Italie, Québec, Royaume-Uni, Singapour et Suisse

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Récipiendaire du Grand prix Cinesite et du Prix du public, Le repas dominical de Céline Deveaux n’était pas la seule proposition solide et intrigante du programme 1 de courts en Compétition internationale.

Des chiens et des hommes

Peripheria du Français David Coquard-Dassault se démarque dès ses tout premiers plans parce qu’il met en scène des chiens, rien que des chiens, fabuleusement dessinés et racés façon lévrier. Ceux-ci se promènent en clan ou isolés et leurs silhouettes s’inscrivent en ombre sur des paysages vastes et poussiéreux qui évoquent la périphérie d’une ville désertée. L’ambiance post-apocalyptique qui règne dans cet univers délabré et visiblement mis à sac rappelle des scènes de Walking Dead au cœur d’agglomérations abandonnées.

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Bande-annonce PERIPHERIA

Où sont passés les hommes ? En contraste de la beauté des images, des comportements canins vraiment réalistes et de la perfection des bruitages, une tension latente habite ce court-métrage, issue de trois éléments principaux. L’action se situe dans un décor de banlieue caractérisé par ses tours d’habitations à loyers modérés, ses terrains de sports co entourés de grillages, ses murs tagués et plus généralement son béton, où que l’on regarde. Ces constructions et espaces tombent en ruine, manifestement fuis par la population, mais aussi pillés de toute nourriture. Puis résonne cette sirène, venue de loin, d’un centre-ville à l’horizon, et tout à coup le regarde s’inverse, glisse vers le jugement. Il ne s’agirait pas des suites d’une catastrophe à laquelle auraient survécu les chiens, davantage d’un confinement, de deux camps opposés, d’une critique inégalitaire de nantis contre opprimés dont la race canine est soit la caricature des êtres humains, soit une métaphore de comment sont maltraités les exclus de la société.

Des fauves et des hommes

Pour sa part, l’Allemand Daniel Nocke règle le compte de l’humanité en quatre minutes d’émission télévisée. Tel un débat des chefs entre représentants de la savane, Who will pay the bill? (Wer trägt die Kosten?) compte autour de sa table le Lion, la Panthère, le Charognard… et le Zèbre, visible minorité. Ce dernier souhaite attirer l’attention de ses homologues experts sur le fait que, en résultat de la loi du plus fort systématiquement appliquée dans la nature, ses congénères d’espèce occupent toujours la place de la proie, du faible, du festin dont tous les autres se régalent. Dans cette drôle et dynamique illustration de l’expression “se faire manger la laine sur le dos”, il n’est pas dit que les réclamations du zèbre se rendent bien haut dans le règne des animaux, ni même que ce participant survive à la pause publicitaire.

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Intégral WHO WILL PAY THE BILL? 

Cette allégorie des disparités sociales (et de l’espérance de survie) emprunte à la tradition anthropomorphique – des Fables de La Fontaine à la ferme d’Orwell et Maus de Spiegelmann –  dessinée et littéraire, les possibilités cyniques décuplées dès lors que les hommes sont déguisés en bêtes : non moins intelligents, mais plus cruels, primaires, injustes, et naturels.

Des vaches et des hommes

The Evening Her Mind Jumped Out Of Her Head de Shaun Clark et Kim Noce (Royaume-Uni, 2015, 8 min)

Marrante, cette somnolence fantaisiste dans train rebondit de tête en tête entre les pensées de cinq ou six passagers croqués avec humour ; un humour totalement britannique des coréalisateurs Shaun Clarke et Kim Noce imaginant cet [The] Evening Her Mind Jumped Out of Her Head. Le dessin en noir et blanc inversé s’accorde des rondeurs et des déformations farfelues tandis que les petits agacements de la réalité confinée du wagon cède peu à peu à la rêverie. Le cerveau de notre protagoniste s’évade à ce point qu’il saute par la fenêtre, décroche la lune, se vide et se remplit d’images surréalistes, et échange ses neurones avec ceux de la vache qui bloque la voie ferrée. Tout est plus calme et moins stressant dans l’esprit d’un bovin.

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Bande-annonce THE EVENING HER HEAD JUMPED…

Des rats, des rois, des vices

Parmi les autres films du programme 1 en compétition internationale, la production française Café Froid de Stéphanie Lansaque et François Leroy avait tendance à glacer le sens par son dérapage innocent dans la violence. L’atmosphère plutôt chaude, humide, appliquée et silencieuse d’un foyer asiatique et des relations entre tenancière de café et sa fille cédait subitement la place à une sauvagerie retenue, proche de la maladie mentale : la mère ébouillante à la théière un rongeur piégé par un bout de fromage dans une cage, de plus en plus d’insecte sont attirés à l’intérieur du domicile entraînant avec eux une symbolique de démence et d’obsession, et suite au trépas de sa mère dans un accident la jeune fille reprend le petit commerce et gère visiblement ses émotions et sa détresse. Un drame absolu prend forme en quinze minutes et a lieu sous nos yeux, sans que les signes précurseurs aient pu en laisser deviner l’ampleur.

De Suisse, Le Roi des aulnes (Erlkönig) de Georges Schwizgebel est une illustration de cinq minutes du Roi des aulnes, poème de Goethe, imaginée sur un extrait de musique de Schubert et Liszt interprétée par le fils du réalisateur, Louis Schwizgebel. La course effrénée d’un cavalier portant à cheval son enfant gravement malade est parfaitement rendue par la tension orchestrale et surtout par la technique de peinture naïve aux couleurs fauves, dont les contours flous expriment le délire du jeune garçon en prise à une fièvre fatale, et qui se croit sauvé par un roi imposant rencontré en chemin.

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Cette création a été récompensée aux Sommets par une mention spéciale soulignant “[sa] grande somptuosité [et sa] grande maîtrise de tous ses sujets ; narratifs, visuels et musicaux”.

Et toujours Myself Smoke de la série des Myself de l’Allemand Andreas Hykade, qui réussit ici en deux minutes, en plus d’être extrêmement drôle, à pointer les quatre vérités du fumeur: incapable d’arrêter, enfumant les autres, rejetant la faute sur le comportement social, et irascible lorsqu’il n’a pas sa dose.

./* Palmarès complet des Sommets 2015

./* Bilan du “Succès sans précédent pour la 14e édition des Sommets du cinéma d’animation de Montréal”

14e Sommets du cinéma d’animation – Montréal 2015 ./* Programme 3 de Compétition internationale

Dix courts en provenance de neuf pays : Allemagne, Argentine, Belgique, Chili, Estonie, France, Québec, Royaume-Uni et Suisse

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Endgame de Phil Mulloy (Royaume-Uni, 2015,7 min)

Endgame de Phil Mulloy fait rire là où ça fait mal, de manière totalement détachée et injuste, et démontre comment le trait à lui seul peut aborder la complexité de la réalité en s’en tenant bien loin, en pleine absurdité. La narration introductive est aussi brève que d’énoncer qu’après le boulot, deux collègues, Richard et George, aiment s’affronter dans des jeux où on se tue. C’est dit. À peine que deux bonshommes allumettes descendraient presque par une échelle sur l’écran blanc pour passer du monde du travail à celui du divertissement… en guerre. Aussi simple que ça.

Dans ce petit récit de tous les conflits, souvent l’illustration se limite à une ligne d’horizon qui sépare les fronts aériens et souterrains, autant qu’elle symbolise les niveaux successifs d’univers vidéos, ici ultra simplifiés. Les personnages aux camp et mission non identifiés usent de raccourcis, d’ascenseurs et de subterfuges pour disparaître dans des nuages de fumée (somptueux). Il y a des tanks, des trahisons, des armées à reculons et des ambulanciers meurtriers. Tout cela condensé en de minuscules gribouillis qui gesticulent et sautillent d’un bord à l’autre de la largeur d’écran, sans aucun appui – ni éthique en vérité. Et comme on ne sait pas pour qui on prend, c’est à savourer.

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Silencieuse, cette animation explosive aux effets carboniques texturés et aux coups de crayon justes est géniale, drôle, et ose aborder le malaise entre la violence fictionnelle et active de front. C’est sans doute parce que c’est gratuit que ça passe si facilement devant les autres. Peut-être est-ce dû à l’esprit britannique si toujours est respectée cette propreté dans l’acte abominable de tuer, piéger, exploser, catapulter, condamner, achever, exécuter, etc.

Piano de Kaspar Jancis (Estonie, 2015, 10 min)

Piano avait été vampé sur les réseaux sociaux avant sa sortie et on espérait à l’écran profiter enfin de cette craque de seins dans robe rouge tango via rétroviseur de camionnette. L’Estonien Kaspar Jancis est allé au-delà des espérances en campant son film dans un quartier dont il nous dévoile plusieurs personnages et situations cocasses au fur et à mesure qu’elles se passent, le temps d’un embouteillage citadin.

Dans le désordre : une jeune femme déménage sensuellement un piano, une autre funambule fricote avec l’idée du suicide, un chauffard se rince l’oeil, un retraité hésite à déclarer sa flamme, une septuagénaire bouche son évier à coup de patate, et un militaire hésiter à sauter en parachute… Ces charmants personnages se croisent, évidemment, jamais comme on l’aurait présagé, par des détours alambiqués qui provoquent un humour morbide irrésistible. Fameux comique de situations malaisées. L’ensemble rappelle la détresse sociale de Loop, Ring, Chop, Dring de Nicolas Ménard, lauréat de la Compétition internationale étudiante des Sommets 2014, dans un langage graphique moins moderne, en quelque sorte plus politiquement correct. Du piano-crash, comme qui dirait.

Piano de Kaspar Jancis

Ronko de Carlos Montoya (Argentine, 2015, 7 min)

En troisième place de cette série, ça pourrait être Ronko du réalisateur argentin Carlos Montoya, en pâte à modeler essentiellement. Choisissant pour sujet le ronflement du mari et l’insomnie de la conjointe dans le rôle d’un couple au lit, la proposition ne s’aventure pas démesurément loin. Sauf que la dulcinée bercée des grognements masculins se retrouve en pleine forêt à fuir un phacochère menaçant. Arrivé au bord du couchage conjugal pour découvrir que c’est de l’époux que proviennent tous ces rugissements, le sanglier s’offusque et l’avale d’un coup, laissant la belle dame à un sommeil apaisé. Aux grinceurs de dents avisés, relisez Astérix plutôt que de sombrer trop vite.

Vient à l’esprit le gorille amant du récent Tout dernier testament de Jaco Van Dormael. Cette production fait le pont avec une question prédominante dans ce programme mais gênante : à quel point, en animation, la musique et le son – à comprendre le style et l’ambiance sonores – positionnent le court et peuvent avoir un impact désastreux, non par leur composition mais par leur inadéquation.

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Ronko débute sur ce ronflement raté, qui devient volontairement surjoué pour le rapprochement de l’homme à la bête sauvage. Mais plusieurs exemples partent mal ou sont tout de suite catalogués à cause de leur trame sonore. Marzevan, de Vergine Keaton, est une quête familiale touchante sur les traces de l’Alzheimer menée au fil d’une techno-dance difficile, qui correspond cela dit au mélange étrange de personnage en dessin sur fond de paysages de synthèse. Histoire d’un ours de Gabriel Osorio est un joli et bien pensé conte d’ourson mécanique façon Boucle d’or (dans le dessin aussi) questionnant des thèmes plus sensibles tels que l’emprisonnement, la domestication, l’espérance. Et la boîte à musique a de réels charmes. Quant à Pauvre histoire pauvre 9, ses pommes pourries ne répandent plus de trop de magie qu’une odeur de vieilli qui se transmet à cette diction dépassée de Nouvelle Vague nonchalante (Carl Roosens). Pour Lucens de Marcel Barelli c’est différent, il faut capter et accepter la risibilité suisse d’office, avec les montagnes c’est pas toujours évident d’attraper le signal…

Myself Universe

Pour finir : Myself Universe de l’Allemand Andreas Hykade. Lorsqu’on a déjà assisté à l’autre intervention Myself Smoke (Programme Compétition internationale 2), l’intrusion du Smiley reprochard est immédiatement hilarante. Ce petit personnage – un rond avec deux points pour les yeux, noir sur fond blanc, plus simple tu meurs – nous prend à partie, spectateur muet et impuissant, afin de surmonter des défis (personnels et collectifs) impossibles : arrêter de fumer ou retrouver le gout de l’existence. Les silences en disent long, les faces figées aussi. Là encore il y a un certain mauvais goût, dans le motif chargé et kaléidoscopique, clairement voulu. Ces capsules font leur effet en à peine quelques minutes. Smile, you’re on screen!

 

 

 

 

 

14e Sommets du cinéma d’animation – Montréal 2015 ./* Avril et le Monde Truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci selon les dessins de Tardi (Belgique, France, Québec, 2015)

En février 2016 sur les écrans d’ici. Présenté en avant-première par les Sommets. Suivi d’un atelier de discussion autour de la production de film.

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Hier 29 novembre dans le cadre des Sommets du cinéma d’animation à la Cinémathèque québécoise était présentée en collaboration avec le FIFEM Avril et le Monde Truqué, une coproduction France, Belgique et Québec animée à partir des dessins de Tardi.

La narration démarre sur les chapeaux de roues à la veille du conflit franco-prussien de 1870 qui n’aura pas lieu. Paris, siège de l’Empire de Napoléon III et ses descendants, et ville muse de Tardi, vibre toujours au rythme lent du charbon et de la vapeur un demi-siècle plus tard. Parce que ses scientifiques disparaissent mystérieusement, ou sont arrêtés et réquisitionnés au service d’avancées militaires uniquement, ce monde est bloqué dans le temps. Perte de vitesse et appauvrissement en découvertes entraînent des dérives telles que la disparition de tout bois (dont se chauffer réellement)et une démultiplication de curieuses machines imperfectionnées.

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La jeune Avril voit ses parents Paul et Annette kidnappés alors qu’ils sont sur le point, après des essais acharnés, d’obtenir l’Ultime Sérum en mesure d’assurer l’immortalité. Les retrouver, ainsi que la formule menant au parfait précipité, seront désormais son sacerdoce de chercheuse obstinée. Dans sa course à la vérité, elle sera suivie de près par son fidèle et bavard mais vieillissant matou Darwin, drôle comme tout et perspicace. Ainsi que du coureur des rues et jupons de Paris, Julius, un indic de l’Inspecteur Pinozi sur les traces de la fillette et de son grand-père également professeur fou, le doux Pops.

Cela fait déjà pas mal de gens et d’âges présents, d’autant que ce que va découvrir Avril sur l’affaire des ingénieurs disparus est en quelque sorte un univers parallèle de laboratoires cachés dans lesquels deux lézards androïdes Rodrigue et Chimène, organismes intelligemment modifiés biochimiquement et libérés par erreur, planifient l’avènement d’une sorte de seconde humanité évoluée et écolo. Sans compter que tout cela se déroule à la fois dans un lieu et un temps familiers mais qui ont considérablement divergé des manuels d’histoire-géographie, et ont en quelque sorte modifié le défilement horaire et le calendrier du progrès. On peut s’égarer facilement sans pour autant être trop petit ni distrait, mais d’explosion en pétarade on retrouvera vite le chemin du récit.

Scientifiques d’aujourd’hui

Ce long-métrage donne une résonance particulière à l’annonce faite ce matin, à l’occasion de Paris Climat 2015 et des mobilisations citoyennes partout dans le monde, du refus de l’émission Les années-lumières de ICI Radio-Canada Première d’inviter désormais sur son plateau des climatosceptiques. Cette décision pourrait, venant d’une chaîne radiophonique nationale, paraître une atteinte à la liberté d’expression et à la représentativité de toutes les opinions, seulement elle est défendue par un programme qui dessert la vérité scientifique et la conscientisation, et respecte par ce choix l’intégrité de son mandat.

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À Dessine-moi un dimanche ce même matin, l’intervenant Normand Baillargeon, spécialiste en philosophie, a présenté une brève et claire analyse des différents détournements de discours auxquels ont recours ces pseudos experts, plus politisés et recrutés par l’industrie que réellement scientifiques, afin de manipuler et nier les chiffres et évidences en matière de réchauffement climatique. Sans raccourci osé mais à la lumière des récents événements terroristes survenus à Paris, il a été fait référence à la ville de Paris et ce qu’elle symbolise en termes de civilisation occidentale, par le biais de nombreux écrivains, artistes et révolutions marquantes qui l’ont illustrées, donc cet extrait de L’exil de Victor Hugo (1870-1876) est précisément parlant :

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En cela Avril et le monde truqué – dont le travail de conception, scénarisation et animation a eu lieu bien en amont – est un témoignage étonnamment historique et pertinent, à point nommé. Il reconnaît, au sein de la communauté internationale des grands noms qui ont fait de ce monde ce qu’il est, des Flemming, Einstein, Pasteur et autres nombreux scientifiques, dont l’avancée potentielle des découvertes s’est toujours accompagnée d’un danger de récupération par le pouvoir. Très occidentalo-centrée, cette fiction vient rappeler des fondements de l’époque des Lumières, particulièrement stimulants, déterminants et explicatifs, de nos jours encore, des conceptions, réalités et valeurs dont l’Europe s’est fait le foyer et la gardienne.

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Les trucs du monde d’Avril

L’internationalisme de la production du projet et la coopération d’artistes et concepteurs de partout qu’elle a impliquée sont en eux-mêmes des inspirations pour la diffusion et le rayonnement de la connaissance, dégagés d’intentions propagandistes, obscurantistes, et simplement politiques. Une dizaine d’acteurs (*), six studios (Je Suis Bien Content, Tchack, TTK, Waooh!, Digital Graphics, Purearts), deux coréalisateurs (Christian Desmaures, Franck Ekinci) dont l’un coscénariste (avec Benjamin Legrand), un dessinateur. Et des équipes d’animation et conception dont le total de mains à la patte est indénombrable.

Il était donc justifié et intéressant de la part des Sommets d’organiser un atelier autour de l’aventure du film, abordant des thématiques et défis aussi divers que : convaincre Tardi, coordonner des équipes créatives dans plusieurs villes d’Europe, d’Asie et d’Amérique, marier des techniques de dessin et d’animation traditionnelles avec les opportunités technologiques de maintenant, rendre avec authenticité la fiction de XIXe et XXe siècles “arriérés” tout en adressant les faits et données rationnelles d’un univers scientifique en pleine recherche et découverte (de l’électricité entre autres).

Nicolas Brault (passionnant à écouter) s’est pour sa part penché sur une vulgarisation des techniques et surtout des étapes et supports successifs de travail pour passer de la planche à l’écran. Il a par exemple évoqué le mix de tradition 2D imposé par le dessin, et l’utilisation de tablettes graphiques avec possibilités de flip et filtres créant une rencontre “digitrad” entre le papier et la technologie, ainsi que de rares apports de synthèse pour l’activation des véhicules. Un écho plutôt marrant et inattendu avec les décors, les inventions et le propos du film.

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Pour clarifier la teneur des mois d’animation qui ont eu lieu à Montréal, il a expliqué comment chaque membre de l’équipe pouvait se targuer, les bonnes semaines, de près de six secondes de film, soit une seconde de bobine par jour, équivalent peut-être à sept à dix images. Ces approximations arrivaient en conclusion d’une courte présentation du nombre d’images par seconde utilisé généralement en animation, dépendant des effets de fluidité ou de saccade recherchés, du rythme de mouvement et de conventions stylistiques mais aussi culturelles et régionales.

Puis il a exposé rapidement différents scénarios de travail et d’échange créant une animatique intermédiaire, à partir d’esquisses et d’un storyboard parlé permettant dans un premier de placer les enchaînements, un timing et des répliques : bref une ébauche de la longueur des effets à peaufiner ensuite. Et tout au long de son intervention, le réalisateur et animateur montréalais a précisé l’énergie professionnelle et collaborative de même que la coordination de tous les intervenants, depuis des villes éloignées et concentrés sur des taches spécifiques mais interdépendantes, sans jamais omettre de souligner les talents impressionnants de chacun.

En clôture d’atelier, accompagnant un mini reportage sous forme de portraits illustrant les acteurs mandatés d’enregistrer les voix des personnages, et le visionnement de la bande-annonce, la participation de têtes d’affiche (aidant entre autres à la levée de fonds pour le financer le film), de comédiens de tous les pays coproducteurs, et même d’étonnantes ressemblances entre les porteurs de voix et leurs personnages ont été chaleureusement soulignés. Après tout, ces enregistrements s’étant pour la plupart déroulés avant la finalisation des images, soit une élaboration de rôles complets sous la direction du réalisateur Christian Desmares.

Bande-annonce
Making-of des voix
Site officiel
Dossier de presse

(*) Parmi eux Marion Cotillard (Avril), Marc-André Grondin (Julius), Jean Rochefort (Pops), Bouli Lanners (Inspecteur Pizoni), et surtout Philippe Katerine, délicieux dans le poil du chat Darwin qui parle et pense comme le savant.

Au final de cette extraordinaire et laborieuse aventure de dessin, d’écriture, d’animation et d’interprétation, ce long-métrage d’1h45 va bon train. Peut-être pas une locomotive en vente de billets, cela reste en suspens jusqu’à sa sortie en février 2016 sur les écrans québécois (dès novembre en Europe). Reste que le récit mêlant l’historique à la fiction laisse une place majeure à l’inventif et saura ravir les esprits mécaniques et bricoleurs amateurs de Jules Verne. (Pour ma part il a dépoussiéré l’humour et l’ingéniosité de certains feuilletons de Sherlock Holmes contre Moriarty dans la Vieille Angleterre des mêmes années, production télévisée italo-japonaise de Kyousuke Mikuriya et Hayao Miyazaki.) Ceux qui apprécient divertir et cultiver par la même occasion sauteront sur l’occasion.

 

 

14e Sommets du cinéma d’animation – Montréal 2015 ./* Programme 2 de Compétition étudiante

15 courts réalisés par des étudiants de divers pays : Allemagne, Australie, Belgique, Danemark, Estonie, États-Unis, France, Israël, Pologne, Québec, Royaume-Uni, Russie, Suisse et Taïwan

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Plusieurs propositions de ce Programme 2 de courts étudiants en compétition se démarquaient du lot, dont trois de façon plus complète que les autres.

Going Through the Motions d’Alan Jennings (États-Unis, 2015, 3 min)

Immédiatement, et par la seule force d’un trait noir sur fond blanc minimaliste, cette pause d’éducation physique et sportive fait sourire. Les scènes d’élèves bedonnants mis à l’effort se déroulent sous l’oeil d’un professeur surveillant les quatre coins d’un gymnase ou d’un terrain extérieur. Pas besoin de décor, simplement des agrès, quelques ballons lancés au hasard et le sol ici et là pour rappeler que rien que la gravité exige sa contribution en tonus musculaire pour ne pas laisser s’affaisser les bourrelets. Certaines silhouettes évoquent les personnages d’Obom, disproportionnées, de gros corps et des crêtes, un contour d’une seule ligne et un air gentillet. D’autres ont un transformisme pareil à La Linea, sans le sale caractère. Au coup de sifflet, la torture est terminée et ces jeunes s’éparpillent vers d’autres cours… et courts.

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Önnesoovid eakatele (Félicitations aux personnes âgées) d’Ave Taavet (Estonie, 2015, 9 min)

Leur monde est désormais en noir et blanc, trop calme et prévisible. Mal rasés, les lunettes de travers, boutonnés à l’envers, ils s’en foutent un peu, même de l’heure qu’il est, puisqu’à part les cuisinières ou les infirmiers, peu ou pas de visites. Pourtant de temps à autre, leur routine morne et ralentie s’illumine d’un arc-en-ciel kitsch auxquels se joignent tous les délires possibles d’une démence candide : bonbons multicolores, créatures de fantaisie, canaris et nuages joufflus. Dans ces moments d’euphorie collective, tout le monde revit, à la façon d’un enfant légèrement attardé et insouciant, mais ravi.

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Entre ce oui-oui land Barbapapa et les cernes fatigués de vieillards emprisonnés dans un silence de mort, le spectateur a tranché. Cela ne fait cependant pas l’affaire des soignants de cette résidence pour personnes âgées, qui mettent en cage les rêveries colorées et réinstallent coûte que coûte le calme. Ainsi on entendra mieux les heures décomptées. Quand l’un des patients s’évade, et s’enrhume au point d’y rester, ses amis de la vieille y voient une nouvelle occasion de faire le beau temps et des bêtises Betacolor dans le foyer. Délinquant à pas d’âge, le crayon et le pinceau ne cèderont jamais.

Kto Tam? (Who’s There?) d’Artur Hanaj (Pologne, 2015, 4 min)

Le dessin n’est pas tout de suite convaincant parce que cela ressemble à du vieux cartoon avec de gros yeux roulants, des dents serrées et des cadrages en judas. Mais ce sont finalement ces derniers qui ont raison de l’intérêt. Ça débute avec un regard apeuré dans le noir, en bas d’écran, Au-dessus de lui en trois apparitions, on devine l’appartement à l’étage : une entrée (ordinaire), une cuisine (toujours suspecte) et une salle de bain (scène de crime parfaite). Or au bout d’une générale et deux récidives, c’est compris, voici un Cluedo filmé, investigué par le biais des bruits angoissants du voisinage. Dont on n’a que le son pas l’image. Par un habile et simplissime jeu de section d’écran, la troisième reconstitution de meurtre frappe ni plus ni moins à la porte du témoin-voisin numéro 1.. Grincements de porte (et de dents) garantis.

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Aussi :

Sea Child de Min-Ha Kim (Royaume-Uni, 2015, 8 min).  Pour le dessin en mouvement, la peinture, les émotions complexes des yeux.

Ivan’s Need de Veronica L. Montano + Manuela Leuenberger + Lukas Suter (Suisse, 2015, 6 min). Pour le cul affranchi. Euh.. Suisse, vraiment ?! Ou des italiens au sang chaud d’expatriés ?

Et Damn Those Crows de Shay Blumenkranz + Iqbal Grossman + Rotem Hermoni + Roy Tsour (Israël, 2014, 5 min). Pour les corbeaux, animaux fétiches en animation, qui picorent les fils électriques comme des chats.