Dans le monde d’Ingolf

Theaterfestival Favoriten 18 ./* À propos de #1 Ingolf lebt allein de Daniel Kötter et Hannes Seidl

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Bienvenue dans le monde d’Ingolf, un plus-que-passionné de musique : il vit dans les disques, les enregistrements, les archives, et aussi Ulysse de James Joyce. Depuis toujours, il fantasme l’opéra parfait, celui qui s’apparenterait au chant irrésistible des sirènes. Aussi rythme-t-il ses journées comme une partition, sa collection de métronomes et pendules au mur, à traquer la note exacte sur des circuits électriques qui envahissent son appartement, entre un sandwich, un mégot, le bulletin de nouvelles radio.

Ingolf est un solitaire, un reclus, il vieillit. Il est aussi un illuminé qui éblouit et nous attire comme des moustiques, malgré lui. Alors on l’épie. On entre dans sa vie par toutes les effractions possibles : en géant surplombant une maquette de son logement, en spectateur d’un reportage sur ses obsessions, en cambrioleur déplaçant ses livres et ses meubles, en voyeur invisible depuis le balcon.

Cette dernière création du duo allemand Daniel Kötter et Hannes Seidl crée la surprise sur les scènes européennes depuis deux ans. Entre film documentaire, concert introspectif et performance théâtrale immersive, Ingolf questionne le spectacle de l’existence ordinaire. Qu’est-ce que l’intimité, l’ambition, la fascination ? Qui est-on pour observer et disséquer l’œuvre d’un autre sous prétexte qu’il s’expose par son originalité ? Et quel est ce drôle de coucou omnibulé par des voix étranges ?

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Le style cinématographique de Daniel Kötter fonctionne par travelling avant lent. Il adopte une sorte de scénario d’habitudes, dans laquelle il insert quelques couacs ou dérapages discrets vers le fantastique ou le suspense stimulant la curiosité du spectateur, une intrigue trouvant peu à peu son plein développement et dénouement à mesure que l’entièreté du personnage et son étrangeté se complètent par touches impressionnistes. Le son y tient évidemment une grande place, d’abord à travers la musicalité du quotidien, la proximité de la voix, puis bientôt dans les digressions, les décalages, les immersions fantomatiques. Alors que demeure une esthétique recherchée, et profondément humaine, parfois même grotesque, proche des tableaux du Suédois Roy Andersson.

L’orfèvrerie sonore du compositeur Hannes Seidl rejoint parfaitement le jeu de changement d’échelles et de distances qu’impliquent les différentes parties de l’expérience : écoute au casque, vie de l’intérieur, vue de l’extérieur. Le public devient rapidement pris au piège de l’obsession du protagoniste, comme habité par les résonances de son opéra personnel, alerte aux détails et presque agacé, distrait ou concentré sur des interférences. Une construction acoustique et spatialisée qui participe très physiquement à l’ensemble, en plus d’être intelligemment thématique.

La rencontre avec Ingolf est un voyage hors du commun dans la tête d’un mélomane atypique et distant. Une expérience sonore, visuelle et spatiale déroutante dans laquelle chacun trouvera une place confortable d’où mieux saisir le portrait global de toute une vie.

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