Please vomit your rainbow

46e FNC du 4 au 15 octobre 2017 ./* À propos du Programme 4 de courts métrages des nouveaux alchimistes

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Il faut parfois s’accrocher aux propositions de la section des Nouveaux alchimistes car celles-ci dépaysent dans la forme, l’image, le rythme et le sujet. Elles s’amusent souvent à égarer tandis qu’elles explorent elles-mêmes dans quelle direction débroussailler un cinéma sauvage, inédit. Toujours elles bousculent, souvent elles testent, et au final, à travers leur étrangeté à chacune, un programme se tisse, des thématiques ou procédés se font écho. Dans la distinction, elles s’observent et se saluent de loin, se reconnaissent par brins.

Colour My World de Mike Hoolboom (Canada, 2017)

C’est ainsi que ça commence, par un jeu enfantin d’ajouter de la couleur à la vie de quelqu’un. Avant de filer ailleurs avec pinceaux, pigments et sentiments. L’image des bons souvenirs se fossilise et s’abîme, les vivaces se ternissent, et tout est remis en question. Le parallèle aux paroles passées de U2 n’est pas long : “I had a lover / A lover like no other / She got soul, soul, soul, sweet soul / And she teach me how to sing / Showed me colours when there’s none to see / Gave me hope when I can’t believe…” S’il était possible de retrouver, une fois l’histoire délavée, le vif de la première fois.

Auto Portrait / Self Portrait Post Partum de Louise Bourque (Canada, 2013)

Parlant interminablement d’amour – peut-être perdu, retrouvé ou pour toujours – Louise Bourque (conceptrice et interprète soliste) a assurément les yeux mouillés. Sa recherche dans un style rétro l’amène à approcher en gros plan un visage marqué par la sensibilité ou la nostalgie, alterné avec des citations d’auteurs divers évoquant la fatalité, la charge d’aimer. Outre que la réalisatrice s’inspire d’une expérience personnelle, la thématique du selfie abordée en discussion apporte une autre dimension à l’oeuvre, plus consistante critiquement parlant que le fait prétentieux de base de se mettre en scène maquillée de son chagrin amoureux.

Mehr Licht! de Mariana Kaufman (Brésil, 2017)

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On arrive ici à une réelle recherche performative in situ et en vue de l’écran de l’actrice Nanda Félix dirigée par la réalisatrice brésilienne Mariana Kaufman. Le travail s’est effectué par la proximité du visage d’une femme face au globe d’une lampe incandescente, celles-ci étant en voie d’extinction au Brésil pour le dépassement et peut-être la dangerosité de leur technique d’allumage par combustion. Elle se tient là, le décor est blanc et les murs brillants, la profondeur et les contrastes s’effacent. Intéressant que le fait d’intercaler des prises de vue dans des grottes d’apparence primitive. La métaphore est belle : de s’éblouir de la révélation, de s’aveugler de vérité crue, de sonder les profondeurs tamisées et humides de son être ou d’errer dans le vide d’un trop vaste ménage. “Plus de lumière” tout le temps n’est probablement pas la solution quand celle-ci risque de blesser, brûler, faire pâlir le passé au profit d’un futur immolé. Comment fait-on une fois que l’on sait ? Luminothérapie, nous voici tous !

What Happens to the Mountain de Christin Turner (États-Unis, 2017)

Des grottes surgissent les montagnes, et d’un trop-plein de lucidité l’envie d’une escapade dans les méandres des sens, au fil des paysages. Il y a des collines, à gravir, des mers à franchir, des déflagrations cosmiques à contenir. Il se passe des choses révolutionnaires à des échelles locales, et nous en sommes témoins. Le réalisateur Chris Turner change plusieurs fois son filtre de couleur sur une même diapositive pour en saisir le contenu émotionnel. Comme on lirait un mail à haute voix de différentes façons pour en faire vibrer le ton réel, celui de l’écriture et même de la pensée. Tout comme Cyrano déclinait son nez en une variété de tons, presque didactique. Et pendant ce temps, son Sisyphe gravit son sommet.

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Cabeça d’asno de Pedro Bastos (Portugal, 2016)

Si l’on évoque Cyrano de Bergerac, pourquoi ne pas ressusciter Don Quichotte, sa folie, ses illuminations, ses moulins à l’infini. Sur base de déclamations presque bibliques, un personnage barbu prophétise de drôles de fantaisies érotiques sur pellicule en décrépitude. Et si les scénarios qui se cachaient derrière des visages et des postures de corps tordus de plaisir (soupçonné) n’étaient pas les bons ? S’il s’agissait d’erreurs de lecture, d’interprétations prudes, de souvenirs échaudés ? Il y a du sang portugais qui coule là-dedans, autant dans la religiosité que dans la fureur de l’esprit.

Heliopolis Heliopolis de Anja Dornieden et Juan David Gonzalez Monroy (Allemagne, 2017)

En clôture de programme, un film remporte clairement la belle de l’usure du spectateur, à bon escient. Et l’on revient aux couleurs… Heliopolis deux fois est un essai basé sur un système urbain visant à redéfinir les notions d’intérieur et d’extérieur selon différentes perceptions et lois. La démonstration emprunte successivement aux principes d’énonciation, de nuance, et d’influence sociale. Les points de vue sont sans cesse intervertis selon qu’on se situe à l’intérieur ou à l’extérieur, sujet ou initiateur de l’action, perdant ou dominant. Le jeu de déplacement des focus est aussi marrant que lassant. Et les couleurs se suivent de plus en plus vite en un catalogue façon flip book de toutes les teintes disponibles. Avec une voix off synthétique et autoritaire et une collection de bougies laides qu’on regarde se consumer en tournant, ça en devient captivant.

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Le silence fait peur aux brutes d’Étienne Boulanger (Canada, 2016)

Revenons donc à une vision plus calmante, réconfortant, le fjord du Saguenay tandis qu’un batteur (Joé Brodeur) se défoule sur une berge de cailloux, au rythme des brassées d’athlètes en aviron. Jour de compétition ou concert, ou non, tous se donnent sincèrement dans cette gestuelle sonore et constructive, en quête d’une paix évidente face à la beauté, l’harmonie, la grandeur de l’espace environnant. Une belle étude d’Étienne Boulanger, commande de Sonimage sur le thème du fjord, d’offrir dans l’espace le son.

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