Nathan aime des trucs étranges

46e FNC du 4 au 15 octobre 2017 ./* À propos du Programme 4 de courts métrages en compétition internationale

Le Programme 4 de courts-métrages en compétition internationale en est un à voir sans hésitation, à condition de se dire que la fiction est justement là pour aborder une misère humaine dont il serait difficile et douloureux de témoigner sinon. Autrement dit, un peu de dérision dans ce monde de perversion, au point qu’on puisse presque en rire pour relâcher la pression.

Nathan loves Ricky Martin de Steven Arriagada (Australie 2016)

Un gars de télé, un gars de technique, un gars d’industrie et de marketing, le jeune réalisateur australien (aussi directeur photo, scénariste, producteur) Steven Arriagada ne semble pas manquer d’ambition ni de talents. Pour ce premier court qui a raflé des prix en Australie, aux États-Unis et au Royaume-Uni depuis sa sortie l’an passé, il aborde la détresse sexuelle, la maladie mentale, l’isolement et l’insanité avec drôlerie et presque insouciance. Une mère enfermée avec son fils visiblement atteint de troubles sévères du développement manigance une chute de son fauteuil roulant afin d’appeler à l’aide son voisin et tenter de l’assaillir sexuellement. La précarité de la situation et son potentiel traumatique sont détournés par le regard déconnecté et naïf de Nathan, le garçon paraplégique, transporté de joie par un hit de Ricky Martin à la radio. Une leçon de détachement qui pose la question de la satisfaction personnelle, de l’accomplissement et des aidants naturels, d’une façon loufoque.

Heyvan de Bahman & Bahram Ark (Iran, 2017)

13863_2Primés par la Cinéfondation pour leur film Heyvan (Animal) en compétition étudiante, les frères Bahman et Bahram Ark sont sur la voie d’une percée rapide. Leur univers sombre fraye avec la démence et le fantastique tout en demeurant réaliste. Un homme tentant en vain de franchir les barbelés d’une frontière surveillée manque chaque soir de se faire fusillé comme un lapin. Il dessine alors le projet obsédant de chasser un bélier et d’enfiler sa peau (et ses postures) comme tenue de camouflage pour sa fuite ultime. Et puisque d’entrée de jeu il est annoncé qu’aucun animal n’a été maltraité pour le tournage, on pressent définitivement qu’il y aura en revanche mort d’homme. Ce court s’inscrit dans la tradition des allégories sur un monde en perte d’humanité, où la survie requiert plus de bestialité et de sauvagerie de la part des humains que le règne animal n’en recèle naturellement.

Protokolle de Jan Soldat (Allemagne, 2017)

Au rang des fantasmes sexuels, la vorarephilie n’est pas le penchant le plus partagé ni le plus évident à mettre en pratique. Le réalisateur allemand Jan Soldat amène trois adeptes masculins à témoigner de leur excitation marginale et de leur désir ultime d’être dévoré morceau par morceau par leurs semblables. Face à la caméra en contre-jour, leurs entrevues sont incarnées par trois acteurs anonymes, tandis qu’ils décrivent comment ce trépas idéal pourrait advenir, quels ont été de possibles déclencheurs ou révélateurs de leur sexualité, et les difficultés de cette tentation au quotidien. Sans aucune dérogation ni transposition du style interrogatoire, Protokolle adresse de la manière la plus directe des images tout à fait dérangeantes de “bouchers” découpant et mastiquant des “porcs” consentants, au bord de l’orgasme. Jan Soldat nourrit lui-même une fascination pour ces sujets, modes de vie et paraphilies extrèmes : Prison System 4614 traitait d’une prison où se faire enfermer et torturer volontairement, Law and Order plongeait dans le sadomasochisme et The Incomplete relatait le choix de Klaus Johannes Wolf de vivre esclave enchaîné nu à son lit.

The Curfew de Chris Chun (Corée du Sud, 2017)

13774_mp4_20170808_200332_534En termes d’horreur, les Sud-Coréens n’ont rien à apprendre du genre dont ils maîtrisent dramatiquement les codes. Ils sont pareillement maîtres dans l’art de faire surgir des tentacules monstrueuses aux douze coups de minuit, à trois secondes du noir final. Et voilà comment deux fillettes peureuses disparaîssent, avalées par les légendes urbaines de tout ce qu’il se passe d’étrange si le couvre-feu vous surprend encore dans la rue à cette heure interdite. Dans un noir et blanc léché, s’amusant de cadrages à moitié de visages et d’une galerie de créatures empaillées aux yeux globuleux ou révulsés, The Curfew (Couvre-feu) de Chris Chun construit sur les déformations de l’enfance. Comment des seins qui pointent, une envie de pipi, une histoire à faire peur, un mensonge ou une jalousie deviennent des obsessions plus effrayantes encore que la réalité. Pourtant la trame concrète est autrement plus écoeurante : un professeur séquestre les deux jeunes soeurs prépubères et les punit d’une gymnastique en petites culottes, humiliante et qui excite sa pédophilie. Si ce n’était l’intervention du fantastique, la ligne narratrice serait assez insupportable.

 

./* Programme en reprise ce lundi 9 octobre à la salle Fernand-Séguin de la Cinémathèque québécoise

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