Oiseau-mouche

Coups de théâtre 2016 ./* À propos du spectacle Comment j’ai appris à parler aux oiseaux de la compagnie québécoise Les Filles électriques, pour les 5 à 8 ans

 

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Après une semaine éclair de spectacles, les Coups de théâtre 2016 entrent en jachère pour deux années à magasiner, dénicher, amarrer les productions jeunesse d’ici et d’ailleurs pour la prochaine programmation. Parmi les offres de sa dernière fin de semaine, deux propositions interrogeaient le monde des oiseaux pour démêler celui des humains.

De Québec, la compagnie Code Universel et Théâtre du Gros Mécano (qui fête ses 40 ans de création pour enfants) ont allié les forces de la danse et du théâtre, du spectacle son et lumière et des technologies pour réaliser une création visuellement étonnante et élaborée, Nous ne sommes pas des oiseaux ?, dans laquelle la famille est une force et la scène un lieu de magie, d’agitation et d’allégorie.

Bande-annonce

À l’opposé, le spectacle Comment j’ai appris à parler aux oiseaux de la compagnie québécoise Les Filles électriques, pourrait se renommer “Quand l’oiseau ne fait pas mouche”, étant donné qu’on n’y siffle pas, on n’y vole pas, et on n’arrive pas tant que ça à se parler en personne. Mouche est une femme originale, différente de sa mère et de sa soeur avec lesquelles elle entretient des liens distants et méfiants par l’intermédiaire de répondeurs téléphoniques respectifs. Elle cherche à s’envoler de la lourdeur du quotidien et de la difficulté des rapports humains et s’inscrit pour cela dans un gym où pratiquer ses muscles des ailes, son zèle et sa volonté. Au détour de quelques situations et personnages cocasses qu’elle rencontre à la salle de musculation – dont Jim l’entraîneur de gym – elle établit des parallèles avec des oiseaux caractéristiques tels que l’albatros, le jardinier satiné, le paradisier, le paon, et bien sûr le colibri – communément appelé l’oiseau-mouche.

Mouche préfère donc la compagnie des oiseaux à celle de sa famille, mais elle ne connaît pas vraiment leur langage, ni ne maîtrise leur gazouillis. Mis à part de timides “rout-rout” pour ponctuer des anecdotes échevelées, il n’y aura durant ce 45 minutes de représentation aucun sifflement ni chant extraordinaire. Pas de roucoulement, pas de hululement non plus, à peine quelques informations sur les couleurs et les danses déployées par les mâles pour séduire les femelles à la saison de la nidation.

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En écran de fond, des illustrations animent l’espace, version illustrée de livres d’ornithologie où les espèces se côtoient et sautillent dans un style de collage maison raffiné (façon boutique V de V). Cet univers réaliste et naïf est touchant, et se prolonge trop peu sur le plateau, où le texte, la scénographie (en collaboration avec Lucie Bazzo) et le bruitage (musique et son de Guido del Fabbro) manquent d’échos de la nature : ceux de la forêt, de la savane, du zoo ou de la serre, de la fenêtre ou de la cour, du ciel. À l’inverse, la routine de Mouche et son choix de la salle de sport comme échappatoire nous enferment dans une cage, cernée par un répondeur, une vie sous cadenas, un monde de musique pop dans le casque pendant qu’on court sur un tapis ou qu’on rame en regardant ses efforts dans le miroir.

Directrice artistique du collectif Les Filles électriques ainsi que du festival montréalais Phénomena, l’interprète D. Kimm, à l’origine de l’idée, de l’imagerie et du texte de ce spectacle, est évidemment  une drôle d’artiste, qui éclabousse par une pratique décalée. Elle livre ce texte avec entrain et sincérité (guidée par les conseils dramaturgiques et de jeu de Simon Boulerice et Yves Dagenais), d’un allant qui parfois ne perçoit pas ses propres lenteurs ou égarements, et les zones où la référence trop personnelle perd son public. Ses accessoires et artifices sont plutôt décousus : trois pas de claquettes, un masque de corbeau (conçu par Erica Schmidz), des oiseaux de cartons à distribuer aux enfants, une cigogne télécommandée (par Guillaume Arsenault de chez Artificiel), des textures florales au sol et à l’écran, autant d’initiatives distrayantes convoquées aléatoirement et mises bout à bout sans mener à rien de constructif, ni d’assez spectaculaire pour susciter l’émerveillement.

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Il y aurait pourtant un milliard de sons, de plumages, de connaissances marrantes sur les espèces d’oiseaux, leurs particularités, leurs penchants moqueurs ou voleurs. Une nuée de comparaisons sur les façons de voler et de marcher, de jaser et de jaqueter, de voir la réalité selon qu’on est perché sur échasses ou pris sur des pattes de canard. Se servir du colibri pour agacer la mésange, le geai, le hibou, l’outarde, le héron, l’aigle ou le flamand. Entre le bestiaire et la narration individuelle, l’histoire bat de l’aile, remue l’air sans choisir un sens dans lequel avancer. Une poule pas de tête qui peine à décoller de sa cour pour voir et rêver un peu plus grand.

 

./* Dernière représentation le dimanche 20 novembre à 13h au Théâtre Rouge du Conservatoire

 

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