Une Lune pas si spectaculaire

Coups de théâtre 2016 ./* À propos du spectacle d’ouverture Slumberland de Zonzo compagnie (Belgique) pour les 6 ans et plus

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Les Coups de théâtre, festival des arts vivants jeune public aux deux ans, lançait ce soir officiellement leur programmation 2016, dont les spectacles et activités (dont Focus Québec) se tiendront en majorité entre l’Usine C, la Maison théâtre, le théâtre Aux Écuries, le Conservatoire et le Monument-National jusqu’au 20 novembre. Or les organisateurs peuvent se targuer d’un bel alignement des astres avec cette Lune toute spéciale, protagoniste du spectacle d’ouverture Slumberland de Zonzo compagnie, qui avait particulièrement belle presse aujourd’hui. Cela dit, si la Superlune agitait les curieux, les unes de journaux ont vite fait de nuancer le spectaculaire de l’événement. Certes la Lune serait à un point proche de la Terre, d’autant plus remarquable qu’elle est au plein de son cycle, mais à l’oeil nu la différence serait peu mesurable, et si ce n’est une luminosité accrue, ce satellite terrestre paraîtrait relativement ordinaire. C’est un pareil désenchantement que crée ce “Au pays du sommeil” néerlandais, un rendez-vous manqué (“Le Soleil a rendez-vous avec la Lune, mais la Lune n’est pas là et le Soleil l’attend”, Charles Trenet, 1939).

On connaît leur nom, à ces Belges de Zonzo, car ils étaient présents à l’édition 2014 des Coups avec deux productions : Écouter le silence…, voyage abstrait dans l’univers du compositeur John Cage, et le fabuleux et poétique La fille qui fixait inspirée de personnages de Tim Burton et son Petit enfant huitre. C’est d’ailleurs cette dernière expérience qui revenait en comparaison tout au long de la soirée, qu’il s’agisse d’honorer l’étiquette de théâtre musical, d’assurer une prestation de qualité et captivante à tous âges, ou de créer un effet digne d’un événement d’ouverture bisannuel.

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Dès les premières poussées de cris stridents, d’instruments désaccordés et de vidéos bancales, c’est l’ébranlement. Ça prend bien quatre chansons sur une douzaine pour admettre que les fausses notes pourraient faire partie du jeu, comme un préalable créatif de donner voix aux enfants. Quand ces têtes blondes racontent leurs rêves ou les habitudes de dodo sur cinq écrans de télévision à peine déguisés sur la plateau, c’est mignon, mais peut-on vraiment miser sur la séduction de ces petits rires et frimousses pointus ?

Sur la scène, tout est brouillon, comme improvisé. Des fils partout, des lumières et des loupiotes, des amplis et des micros, un écran de fond. La chanteuse An Pierlé se tient derrière un clavier et son piano à queue, au coffre légèrement “préparé”, tandis que son comparse Fulco Ottervanger a ses deux claviers à lui, et sa guitare. De tous ces instruments et de leurs bouches sortent des sonorités extraterrestres accompagnant ce voyage interstellaire et ses cahotements. Embarqués sur un vaisseau de misère aux voiles rapiécées pour un périple supposé fantastique.

Pensée par les musiciens en collaboration avec la metteur en scène Nathalie Teirlinck, l’histoire débute à la nuit tombée, alors que les buildings de villes illuminées s’éteignent progressivement. Les enfants plongent dans le sommeil et ses étranges personnages : le Pro de la nuit secoue les draps et lave les dents, la Fille de la Lune dégringole des étoiles, les araignées sortent des oreillers, le Marchand de sable fouille la poussière pour trouver des amis. Tout cela est bien joli juste assez bariolé, mais il manque à cette langue une aisance poétique pour qu’elle coule avec clarté en une voie lactée pétillante. À la place, les mots sont mal articulés, et les idées un peu tirées par les cheveux. Les saynètes filmées, mettant en vedette des garçons et filles en costumes d’astronautes ou de sorciers, ne décollent jamais, d’une qualité critique.

À quelques moments, une magie se crée, discordante. La chanteuse emprunte des airs d’opéra pour souffler un charme de la nuit sur tout ce monde endormi, le musicien pimente son jeu de bruitages étonnants, le plateau scintille de places éparses et presque on y croit. La construction ne manque pas d’originalité ni d’enthousiasme, mais elle ne gagne pas son public d’office, et peine ensuite à rendre ses excentricités accessibles. Et puis il aurait fallu soigner le style et les finitions. Ici, rien n’est vraiment mélodique ni entraînant, l’espace de projection est limité à un carré de 6 par 6 sur un écran plus large, rarement agrémenté de textures autour, et l’image est assez illisible. L’ensemble de la pièce pourrait facilement déborder de son cadre, avec une utilisation des instruments à contresens, et une mise en abîme entre les interprètes, les vidéos et les histoires, malheureusement tout reste à plat et confus.

S’il s’agit de parler de rêve, rêvons grand. S’il est question de cauchemars, qu’une tarentule géante écrase la scène. Et si toutes les villes du monde sont pour éteindre leurs lampadaires au profit de la lumière des étoiles, alors il faut un ciel, un horizon, tout un paysage. Slumberland se limite à un bric à brac maison sans trop d’ambition, bruyant pour peu d’évasion et d’émotion. Ça manque définitivement de l’écriture d’un Mathias Malzieu (La Mécanique du Coeur) ou d’un Florent Marchet (Coquillette la Mauviette) pour flirter avec le fantastique, le monstrueux, et les rires méchants des enfants.

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