Faces à faire peur

FNC 2016 45e édition ./* Programmes 1 et 4 en compétition de la série Focus sur les courts-métrages québécois et canadiens

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Il semblerait que le court-métrage canadien prenne plaisir à imaginer le pire avec légèreté, voire humour. C’est le cas de la plupart des courts regroupés dans les programmes 1 et 4 de la série Focus, le premier empruntant des apparences rétro à la mode (façon Stranger Things), le second tournant à la dérision une violence explicite. Parmi ces sélections, quelques distinctions à retenir, et malheureusement manqué le Tout simplement de Raphaël Ouellet – présenté à Talent tout court de Cannes et présumé très bon.

La palme revient à : Grimaces de Ian Lagarde et Gabrielle Tougas-Fréchette, deux valeurs sûres d’une réalisation impeccable, d’un sujet original en plein dans le mille, et d’une distribution québécoise sentie (Anne-Élisabeth Bossé et Alexis Lefebvre en avant-plan, sans compter des clés dans l’équipe élargie, tels que Mathieu Grondin au montage et Navet Confit à la musique). Sur le thème d’enfance du “Fais pas cette face, un courant d’air et tu restes pogné…”, ils sont une gang de trentenaires à se retrouver les doigts étirant la bouche, les yeux qui tombent, les lèvres en carpe ou les sourcils exagérément circonflexes, adultes amochés par leur bêtise de jeunesse. La métaphore est riche, sur les tares que nous promettent l’immaturité attardée de l’adolescence et ses tentatives. débiles, non moins extrêmes et dangereuses. Sans revenir sur un jugement de ce que chaque âge donne à vivre, et de ce qu’il faut tenter pour comprendre, en dépit des conséquences, ce court est avant tout extrêmement comique et réussi. Un moment de pure rigolade à observer ces jeunes de travers faire de la sensibilisation, s’écoeurer ou s’obstiner. Leur énonciation entravée accompagnée de surtitres fait le film ! Au final ils y trouvent leur compte, avec la seule “morale” d’un chantage pour frencher. Adulte un jour, ado toujours !

Le pitch est un verdict : “Anne n’a pas la face facile ; le caractère non plus. Alexis salive, prisonnier de leur amitié. Leur histoire est compliquée, couverte de bave et de volupté.”

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Maîtres nageurs de la réalisatrice Karine Bélanger sent heureusement le chlore, une chaleur douce de fin de saison, la paix d’un quartier tranquille ou d’une municipalité de région, et l’insouciance d’une adolescence qui a du temps pour l’ennui et la gratuité de la vie. Il y a les cris venant de la piscine et les avertissements graves des maîtres nageurs en réponse, les railleries au changement de shift, les après-midi pizza et pluie, les jeux à boire et soirées illégales autour du bassin. Rien qui ne porte réellement à conséquence, jeunesse se passe.

Et puis un beau jour de veille d’automne et d’affluence familiale, un simple accident au pied du tremplin bientôt démonté, une insuffisance respiratoire peut-être, une mauvaise chute ou un coup de malchance. Tout est filmé hors-champ car, primauté de la masse, la vie continue, l’été ne s’achève qu’annuellement. L’image est bonne, la perception est exacte, l’histoire est dans un juste ton d’ordinaire et de réalisme. Le travail sonore est excellent.

Bande-annonce (Maîtres nageurs)

Il y a une perspicacité dans Mutants du québécois Alexandre Dostie, sélectionné au Talent tout court de court de Cannes puis au TIFF, un réalisme simple et cru, qui touche même s’il (ou particulièrement parce qu’il) relève d’une autre époque pas si lointaine, un autre temps de références générationnelles qui nous constituent, résonnent en nous. Les Mutants sont l’équipe de balle molle de futurs bums du coin, sous la direction d’un coach en chaise roulante qu’a dû en voir d’autres (Francis La Haye, très juste). En quelques minutes savamment utilisées ou traînantes, ce film rend efficacement la collision de diverses thématiques centrales et constitutives de l’adolescence : les premières responsabilités, les succès et échecs, le défi de la sexualité et de l’éveil sentimental, les rapports à l’autorité, les balbutiements d’expériences professionnelles, etc.

Un méchant oeil au beurre noir (Joseph DeLorey, petit as en herbe), et c’est l’été et le momentum qui y passent, l’innocence qui flanche, des vies entières qui basculent silencieusement. Le sport comme terrain de socialisation, mise au défi des pulsions et contrôles individuels, aire de compétition et d’affirmation ou d’effacement, comme dans la vraie vie. Une game à jouer qui décide un peu comment on participera au reste…  Et vu de loin, le monde adulte s’essouffle, s’immole, s’enterre, avec de moins en moins de chemins possibles pour avancer plus loin. Touchant à l’extrême, si on y réfléchit.

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Décalé au possible, et pourtant sis dans un contexte réaliste qu’on n’oserait remettre en question, Here Nor There de Julia Hutchings organise une collision des genres : entre fiction, polar, comique absurde et série TV mélodramatique. Un homme âgé organise des funérailles pour sa femme disparue, auxquelles il convie un acteur déguisé en détective privé pour livrer à la famille les résultats de l’enquête, la démonstration du cadavre, et la délivrer par le même fait du poids du doute transposé en deuil. Professionnel et intègre, l’homme (Larry Macdonald) tient parfaitement son rôle. À part qu’il est le seul dupe de cette mascarade dans laquelle tous les rôles sont inversés. Habitués et quelque peu blasés, tous les proches jouent ces fausses obsèques tandis que chacun sait que la défunte s’est éclipsée avec son amant il y a des lustres, et que le seul à ne pas l’accepter est le mari abandonné. Un retournement de situation parfaitement mis en scène, inédit et intrigant.

Tout est soigné jusqu’aux contre-plans avec le plus d’attention criminelle possible. Un objet de choix pour de nombreux festivals, qui va assurément poursuivre son chemin dans le genre, en se faisant remarquer. Agréé par La distributrice de films ; suspense et grand jeu au rendez-vous.

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Ah ah ! Jean-Marc Vallée, grand réalisateur du temps, prolixe et évident dans tous les styles, tantôt québécois, américain ou français à la guise, adulé de tous et vendeur à souhait…  de sorte qu’il devient l’exclusivité DVD d’un dépanneur chinois qui ne jure plus que par lui, son effigie en carton et sa filmographie déjà mythique de par la planète. Par la réalisatrice Annie St-Pierre, un 5 minutes pile dessus, drôle et intelligent, bourré de dérision, gratuit mais mérité.

./* Aussi au(x) programme(s) :

Black Cop de Cory Bowles, 11 min, 2016

Drame de fin de soirée de Patrice Laliberté, 8 min, 2016

L’air de vent de Jonathan Tremblay, 10 min, 2016

Love Stinks de Alicia Harris, 13 min, 2016

Slurpee de Charles Grenier, 10 min, 2016

The Date de Svet Doytchinov, 10 min, 2015

The Ghost and the Garden de Nelson Roubert, 7 min, 2016

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