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Monthly Archives: October 2016

./* À propos du spectacle Le Ciel des ours du Teatro Gioco Vita présenté par la Maison Théâtre du 13 au 23 octobre pour les 4 à 8 ans

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(c) S. Groppelli

Point question de sortir chaudron et casserole ici, sinon pour faire venir souper petit ourson et annoncer à grand bruit la beauté de ce spectacle d’ombres pour enfants en deux épisodes. Avec son bestiaire d’animaux aux museaux retroussés, le Teatro Gioco Vita italien, fort d’une quarantaine d’années d’animations et d’innovations scéniques, vient à la rescousse des plus petits et peut-être de plus grands qui se poseraient des questions aussi variées que : comment fait-on des bébés ? qu’a à apporter la vie contre l’ennui ? pourquoi ne pas accompagner grand-père au Ciel des ours ?

Conçu en 2014, ce spectacle s’inspire du livre de Dolf Verroen et Wolf Erlbruch, Un paradis pour Petit Ours (Hemel Voor Beer), duquel il transforme pour la scène deux histoires touchantes. La première est celle d’un ours adulte qui, au sortir de l’hibernation hivernale, se voit émoustillé par le printemps et le désir soudain d’être papa. Il s’en va consulter divers personnages – le lapin, la souris, la cigogne -, chacun y allant de sa théorie sur la pousse des bébés entre deux navets ou tombés du ciel. C’est dans sa solitude et ses souvenirs d’enfance que ce Papa Ours rencontrera une Maman Ourse avec laquelle partager un peu de chaleur, de jeux, de joie, et un coin de nuage magique où couver leur petit ourson.

Le second récit s’enchaîne sur cette jeune boule de poil confrontée à la disparition de son grand-père, vieux et fatigué, dont les parents explique qu’il est monté se reposer au Ciel des ours. Face à la tristesse et en manque de cette complicité et sagesse familiale, l’oursonne formule la volonté folle d’aller retrouver son papi dans les étoiles, peu importe les difficultés du voyage. S’entame là encore une quête de solution auprès des différents animaux rencontrés pour trouver comment se rendre dans le ciel – ou plutôt qui accepterait de manger de l’ourson pour l’expédier dans la mort comme grand-père. En poussière d’astéroïde il fait sans doute meilleur vivre… Mais de la girafe au tigre en passant par le serpent et le crocodile, autant de prédateurs plus affamés et menaçants, tous refuse le voeu insensé de ce petit ours en tentant de le raisonner sur le merveilleux de l’avenir à découvrir.

Outre ces aventures simples et attachantes, et leur déroulement original hors des rôles habituels de chaque bête, Le Ciel des ours bénéficie d’une équipe de talents rendant sa réalisation réussie. Les dessins de Wolf Erlbruch ont donné vie à des silhouettes intrigantes et espiègles réalisées par Federica Ferrari et Nicoletta Garioni ; les décors de feuilles, de champs, de rochers et falaises et de ciels étoilés de Fabrizio Montecchi sont ingénieusement mis en perspective par les éclairages d’Anna Adorno ; les musiques et bruitages d’Alessandro Nidi accompagnent les chorégraphies rebondissantes et agiles de Valerio Longo, habillées par les costumes poilus de Tania Fedeli ; surtout, les interprètes Andrea Coppone et Deniz Azhar Azari incarnent des ours de tout âge et plus vrais que nature, minuscules comme des mouches au pied de la grandeur de la nuit, ou énormes ombres lourdes de tout leur isolement.

Bande-annonce

Drôles, généreux, tendres, ces ours aux belles valeurs familiales et aux notions un peu naïves livrent avant tout un message de réjouissance, de solidarité et d’appétit. Les détours narratifs sont riches et les raccourcis scéniques, magiques, suscitent l’émerveillement. Une féérie d’ombres projetées et de paysages tout en relief et profondeur qui invite les enfants à voir grand, à soulever les feuilles, à regarder par delà ce qui brille en apparence ou ce qui noircit l’horizon. Très joli, et comme toujours avec le Teatro Gioco Vita (dit le Teatro stable di innovazione) parfaitement multilingue et zoologique.

./* Aussi de passage à L’Arrière Scène en Montérégie cette semaine et la prochaine (octobre 2016)

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./* Night Circus, chorégraphie et mise en scène de Bence Vági par la troupe Recirquel de Budapest, à la TOHU du 12 au 22 octobre 2016

Night Circus serait un dessert qu’il s’agirait de la plus délicate et raffinée bouchée nappée d’un crémage aussi généreusement pastel qu’insipide. Par cuillerées éparses, des pépites d’un cacao rare, et par grasses louchées, un surplus de sucre assuré. Gourmandise à la mode budapestoise ?

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(c) Francesca Torracchi

Bande-annonce

Premier gros spectacle de la saison à la TOHU après l’intimiste et fabuleux L’homme cirque de David Dimitri en reprise, c’est la Recirquel Company Budapest qui vient envahir le chapiteau central de sa féérie. Leur cirque n’est pas tout à fait nouveau, bien qu’il emprunte des détours chorégraphiés et des atours de cabaret qui en font à la fois le caractère et l’originalité, et par bouts le mauvais goût.

Ainsi la scène d’introduction a son charme, alors que la dizaine d’interprètes surgit des plus hautes rangées pour rejoindre acrobatiquement le plateau, sous un ciel de salle constellé d’étoiles (lumières pensées par József Peto). Autour d’un piano à queue (animé par Norbert Elek, selon la partition de Péter Sárik), devant un décor de ville endormie (Judit Csanadi), ils nous livrent l’histoire de ce Night Circus, et de son jeune performeur qui rêve de voler au grand jour et à l’admiration de tous. La narratrice (Judit Czigany) est une longue rousse frisée habillée en garçonne, arborant une queue de pie et un chapeau haut de forme, à la voix bien plus renversante que sa comédie. Des plumes noires décorent les costumes nocturnes ici et là (conçus par Emese Kasza). Tout relève d’une métaphore insistante de l’aigle noir, sombre et majestueux.

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(c) Francesca Torracchi

Dès lors que le cirque embarque, c’est une toute autre histoire : pleins feux sur la scène, le rire, les perruques et la voltige en tout genre. Chaque acteur est entouré de beaucoup de chantilly (coiffures volumineuses de Ádám Marton et maquillages extravagants de Silvia Ipacs). Oublions le premier numéro de drapés aériens en habit de lumière, accompagné d’une horrible musique entre le new age et la techno lyrique (qui reviendra malheureusement à plusieurs reprises). Les propositions les plus réussies sont celles qui se rattachent à un cirque plus classique, utilisent le clown pour contrer le risque, et s’appuient sur la dramaturgie comique du pianiste live. Parmi les tableaux qui sortent du lot, il y a donc une prestation de corde molle entre deux poteaux penchés, et une autre de buffet truqué avec une tête se promenant sous trois cloches à dessert. Les récits en commentaire de ces actions flirtent du côté peu intéressant de la séduction, de l’ambition, de la jalousie. Mais l’humour remporte généralement la mise et efface rapidement les rancunes frivoles et futiles.

Des moments de grâce inattendue côtoient des transitions chantées ou instrumentales, quelques mouvements collectifs plus ballettiques, et des égarements dans la mièvrerie et l’attitude. La troupe est dirigée par le metteur en scène et chorégraphe Bence Vági qui l’a formée il y a 4 ans, et leur style s’inscrit dans une tradition de spectacles d’Europe centrale et orientale qui n’y va pas toujours dans la dentelle, malgré de lourds jupons à froufrous partout. Un curieux mélange de raffinement, d’exubérance et de terre-à-terre qui dérape par moments dans un faste écoeurant.

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(c) Toma Iczkovits

Capables du jour comme de la nuit, il faut se concentrer sur la précision des performances et leur technicité, en faisant abstraction de l’enrobage. Pour exemple ce duo de trapézistes en culotte courte bleu ciel. Les deux interprètes paraissent des frères jumeaux de bonne famille et leur numéro respire une harmonie très gaie, un peu ridicule (façon Tweedledum et Tweedledee). Pourtant leurs empoignades et portés aériens sont par instants stupéfiants. En dépit d’un récit peu captivant, les personnages se distancient d’eux-mêmes pour s’affirmer dans l’exploit : ils se hissent d’une cheville, se maintiennent d’un poignet, se portent sur l’avant-bras. Et volent au final… Mieux encore quand ils ne cherchent pas à le prouver, que lorsque le jeune acrobate du départ enfile à nouveau ses ailes moirées avec la bénédiction de tous pour se payer un tour de salle en l’air au-dessus des premières rangées du public. Autrement dit le cirque peut être exquis, poétique, magique, jamais autant que s’il reste lui-même, sans accoutrement ni prétention.

Avec : Sascha BachmannBettina BogdánLászló FarkasRichárd HerczegRenátó IllésLeonetta LakatosÁron PintérZsanett VeressCsilla Wittmann et Gábor Zsíros

FNC 2016 45e édition ./* Programmes 1 et 4 en compétition de la série Focus sur les courts-métrages québécois et canadiens

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Il semblerait que le court-métrage canadien prenne plaisir à imaginer le pire avec légèreté, voire humour. C’est le cas de la plupart des courts regroupés dans les programmes 1 et 4 de la série Focus, le premier empruntant des apparences rétro à la mode (façon Stranger Things), le second tournant à la dérision une violence explicite. Parmi ces sélections, quelques distinctions à retenir, et malheureusement manqué le Tout simplement de Raphaël Ouellet – présenté à Talent tout court de Cannes et présumé très bon.

La palme revient à : Grimaces de Ian Lagarde et Gabrielle Tougas-Fréchette, deux valeurs sûres d’une réalisation impeccable, d’un sujet original en plein dans le mille, et d’une distribution québécoise sentie (Anne-Élisabeth Bossé et Alexis Lefebvre en avant-plan, sans compter des clés dans l’équipe élargie, tels que Mathieu Grondin au montage et Navet Confit à la musique). Sur le thème d’enfance du “Fais pas cette face, un courant d’air et tu restes pogné…”, ils sont une gang de trentenaires à se retrouver les doigts étirant la bouche, les yeux qui tombent, les lèvres en carpe ou les sourcils exagérément circonflexes, adultes amochés par leur bêtise de jeunesse. La métaphore est riche, sur les tares que nous promettent l’immaturité attardée de l’adolescence et ses tentatives. débiles, non moins extrêmes et dangereuses. Sans revenir sur un jugement de ce que chaque âge donne à vivre, et de ce qu’il faut tenter pour comprendre, en dépit des conséquences, ce court est avant tout extrêmement comique et réussi. Un moment de pure rigolade à observer ces jeunes de travers faire de la sensibilisation, s’écoeurer ou s’obstiner. Leur énonciation entravée accompagnée de surtitres fait le film ! Au final ils y trouvent leur compte, avec la seule “morale” d’un chantage pour frencher. Adulte un jour, ado toujours !

Le pitch est un verdict : “Anne n’a pas la face facile ; le caractère non plus. Alexis salive, prisonnier de leur amitié. Leur histoire est compliquée, couverte de bave et de volupté.”

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Maîtres nageurs de la réalisatrice Karine Bélanger sent heureusement le chlore, une chaleur douce de fin de saison, la paix d’un quartier tranquille ou d’une municipalité de région, et l’insouciance d’une adolescence qui a du temps pour l’ennui et la gratuité de la vie. Il y a les cris venant de la piscine et les avertissements graves des maîtres nageurs en réponse, les railleries au changement de shift, les après-midi pizza et pluie, les jeux à boire et soirées illégales autour du bassin. Rien qui ne porte réellement à conséquence, jeunesse se passe.

Et puis un beau jour de veille d’automne et d’affluence familiale, un simple accident au pied du tremplin bientôt démonté, une insuffisance respiratoire peut-être, une mauvaise chute ou un coup de malchance. Tout est filmé hors-champ car, primauté de la masse, la vie continue, l’été ne s’achève qu’annuellement. L’image est bonne, la perception est exacte, l’histoire est dans un juste ton d’ordinaire et de réalisme. Le travail sonore est excellent.

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Il y a une perspicacité dans Mutants du québécois Alexandre Dostie, sélectionné au Talent tout court de court de Cannes puis au TIFF, un réalisme simple et cru, qui touche même s’il (ou particulièrement parce qu’il) relève d’une autre époque pas si lointaine, un autre temps de références générationnelles qui nous constituent, résonnent en nous. Les Mutants sont l’équipe de balle molle de futurs bums du coin, sous la direction d’un coach en chaise roulante qu’a dû en voir d’autres (Francis La Haye, très juste). En quelques minutes savamment utilisées ou traînantes, ce film rend efficacement la collision de diverses thématiques centrales et constitutives de l’adolescence : les premières responsabilités, les succès et échecs, le défi de la sexualité et de l’éveil sentimental, les rapports à l’autorité, les balbutiements d’expériences professionnelles, etc.

Un méchant oeil au beurre noir (Joseph DeLorey, petit as en herbe), et c’est l’été et le momentum qui y passent, l’innocence qui flanche, des vies entières qui basculent silencieusement. Le sport comme terrain de socialisation, mise au défi des pulsions et contrôles individuels, aire de compétition et d’affirmation ou d’effacement, comme dans la vraie vie. Une game à jouer qui décide un peu comment on participera au reste…  Et vu de loin, le monde adulte s’essouffle, s’immole, s’enterre, avec de moins en moins de chemins possibles pour avancer plus loin. Touchant à l’extrême, si on y réfléchit.

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Décalé au possible, et pourtant sis dans un contexte réaliste qu’on n’oserait remettre en question, Here Nor There de Julia Hutchings organise une collision des genres : entre fiction, polar, comique absurde et série TV mélodramatique. Un homme âgé organise des funérailles pour sa femme disparue, auxquelles il convie un acteur déguisé en détective privé pour livrer à la famille les résultats de l’enquête, la démonstration du cadavre, et la délivrer par le même fait du poids du doute transposé en deuil. Professionnel et intègre, l’homme (Larry Macdonald) tient parfaitement son rôle. À part qu’il est le seul dupe de cette mascarade dans laquelle tous les rôles sont inversés. Habitués et quelque peu blasés, tous les proches jouent ces fausses obsèques tandis que chacun sait que la défunte s’est éclipsée avec son amant il y a des lustres, et que le seul à ne pas l’accepter est le mari abandonné. Un retournement de situation parfaitement mis en scène, inédit et intrigant.

Tout est soigné jusqu’aux contre-plans avec le plus d’attention criminelle possible. Un objet de choix pour de nombreux festivals, qui va assurément poursuivre son chemin dans le genre, en se faisant remarquer. Agréé par La distributrice de films ; suspense et grand jeu au rendez-vous.

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Ah ah ! Jean-Marc Vallée, grand réalisateur du temps, prolixe et évident dans tous les styles, tantôt québécois, américain ou français à la guise, adulé de tous et vendeur à souhait…  de sorte qu’il devient l’exclusivité DVD d’un dépanneur chinois qui ne jure plus que par lui, son effigie en carton et sa filmographie déjà mythique de par la planète. Par la réalisatrice Annie St-Pierre, un 5 minutes pile dessus, drôle et intelligent, bourré de dérision, gratuit mais mérité.

./* Aussi au(x) programme(s) :

Black Cop de Cory Bowles, 11 min, 2016

Drame de fin de soirée de Patrice Laliberté, 8 min, 2016

L’air de vent de Jonathan Tremblay, 10 min, 2016

Love Stinks de Alicia Harris, 13 min, 2016

Slurpee de Charles Grenier, 10 min, 2016

The Date de Svet Doytchinov, 10 min, 2015

The Ghost and the Garden de Nelson Roubert, 7 min, 2016

AKOUSMA 2016 XIIIe édition ./* Soirée “Sons éclectiques” de 4 programmes majeurs à l’Usine C du 19 au 22 octobre

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La pièce Incantations métalliques du compositeur québécois David Cronkite, une création de cette année 2016, entamait la deuxième soirée d’AKOUSMA XIII sur un plan relativement classique et posé. Suscitant une écoute attentive, les juxtapositions de notes instrumentales (entre le kalimba, la boîte à musique et l’archet sur métal) et d’agitations de l’ordre de l’insecte amenait une poésie du moment plutôt minimaliste. Se déplaçant par glissement d’un haut-parleur à l’autre, ces vies amplifiées momentanées ne participaient pas réellement à construire un milieu plus grand ni trop exotique. Annoncée dans la continuité de précédents comme une exploration méticuleuse des résonances des métaux, l’étude se situe moins dans la grande science alchimiste que dans la variation délicate en fonction de l’inspiration du moment.

Cette sensation d’entendu demeurait pour la performance suivante. D’une stature plus anguleuse, le britannique Adam Stanović imposait toutefois une certaine nervosité derrière sa console, tandis qu’il chauffait les deux trios de spots rouges baignant sa scène sonore, le temps de trois compositions enchaînées : Escapade (pièce de 2010), suivie de Metallurgic (2015) et Inam (2016). De la violence et de la noirceur soupçonnées, les œuvres choisies maintenaient finalement une retenue. Parfois tranchantes et brusques, les surprises advenaient de façon voilée, et à volume raisonnable. De la sorte, les ambiances d’arrière-plan, panoramiques, et les bruissements humides conservaient une proximité avec l’auditeur sans l’accabler ni l’emprisonner. Peu distincts les uns des autres, les trois morceaux partaient d’une vision plus vaste et circulaire vers un souci du détail et de l’organique microscopique, sans davantage de narration. Propre et plus sensible qu’attendu, abstrait.

Extrait de 4 min – Mellotrauma (2016)

Les artistes choisis pour la seconde partie de programme apportaient plus d’originalité et d’accessoirisation dans l’approche, sans mener pour autant des démarches spectaculaires. Visiblement jeune et dans un style plus psychédélique, le duo canadien Jon Vaughn et Colby Richardson proposait en première mondiale des animations embrouillées sur une musique glitchée : Mellotrauma (2016).  Cette dernière cumulant les couches mêlait à un fond sonore permanent des intrusions ponctuelles concrètes, allant du raclement de gorge au bourdonnement de moustique intempestif. Plusieurs sonorités aigües et brouillonnes accentuaient l’impression de nuisance, et un jeu volontairement à la limite de l’agacement. L’image enneigée, floue et vibratoire relevait majoritairement d’une esthétique fluo et rétro, comme un hommage à des réactions chimiques sur polaroïds périmés et couleurs en pointillés de vieux ordinateurs et autres minitels. Une illustration expérimentale du bruit et de sa nature irradiante, obsessive, envahissante.

En dernier invité, l’improvisateur Lucas Paris, formé entre la France et les États-Unis et maintenant Montréalais, a livré sa récente création Antivolume (2016). Lors d’une résidence de deux mois en début d’année à L’Eastern Bloc, cet artiste numérique en vue des réseaux de la BIAN et MUTEK (avec ses derniers projets Betafeed et Quadr) a peaufiné sa recherche d’un instrument de performance analogique alliant leds, traitement de voix et beat clair. Sa prestation était donc une déclinaison de diverses potentialités de ce dispositif, assez linéaire et prévisible, relativement accrocheur par ses couleurs et ses modulations progressives ou radicales. Dans ce dialogue son et lumière, les éléments trouvaient un équilibre entre eux, sans hiérarchie de déclenchement vraiment. Plutôt une sorte d’animation visuelle venant ponctuer la partition, et vice-versa. Nullement prétentieuse, curieuse et probablement ingénieuse, l’installation restait un essai et semble avoir un potentiel intrinsèque de développement limité. De l’ordre de la présentation en recherche et développement, du reste intrigante et distrayante.

La force d’AKOUSMA vient évidemment de la juxtaposition de toutes ces approches, démarches, et sensibilités, témoignant d’un éclectisme actuel de cultures musicales et électroniques. Aussi, plus un spectateur en attrape pendant ces brefs jours de festival, plus cela entre en résonance et gagne en nuance.Tout en se tenant alerte des références et pratiques internationales et locales : concentration éphémère et stimulante de tous genres.

 

./* À ne pas oublier : La série hommage de trois concerts composant le Cycle des profondeurs de Francis Dhomont, compositeur français à l’aube de ses 90 ans. Chaque mouvement est spatialisé par respectivement Christian Calon, Robert Normandeau et Gilles Gobeil. Au Conservatoire les 20, 21 et 22 octobre à 17h45.

L’ensemble de la programmation, des activités de discussion et de l’information sur les 25 ans de Réseaux et les événements de l’année courante sont disponibles ici.

FNC 2016 45e édition ./* Mister Universo de Tizza Covi + Rainer Frimmel, Autriche + Italie, 2016

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À cheval entre le film documentaire et le road-movie, Mister Universo est la dernière immersion réaliste dans l’univers du cirque conçue par le duo de réalisateurs et photographes italo-autrichien Covi et Frimmel, à la tête de leur agence indépendante Vento Film. Un cinéma à part : pensé, précis, pudique et perçant.

Dans cette aventure on suit le jeune Tairo, dompteur, sur les traces d’un ancien homme de fer autrefois déclaré Monsieur Univers, Arthur Robin, ainsi que son amie acrobate. Dans une bisbille de terrain vague, Tairo voit sa caravane pillée et ses objets personnels jetés ici et là en guise de représailles : il ne retrouvera jamais son fer à cheval porte-bonheur, sans lequel il refuse de se représenter. C’est pourquoi il part à la recherche de l’homme fort qui lui a tordu et offert ce fer alors qu’il était enfant, souvenir d’un quasi rituel initiatique qui aurait déterminé sa carrière. À travers chaque rencontre et visite à une grande famille éparpillée, dont on ne distingue pas les liens du sang des liens du cirque, on en découvre un peu plus sur ce mode de vie et les valeurs particulières qui le régissent tout en préservant une totale liberté individuelle.

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La distribution et les personnages sont tout à fait étonnants et attachants, plus vrais que nature. L’âge travaille les corps durement et pourtant les traits trahissent une originalité sans ride. D’oncle en fils et de grand-mère en belle-fille, les générations se succèdent dans la profession, qui voltigeur qui trapéziste. Personne ne quitte jamais vraiment le monde forain, pris dans sa roulotte à perpétuité, les moyens limités ou le rêve collé au plafond. Toutefois, toujours il y a quelque chose à dire, à se rappeler, à donner ou à conseiller, surtout dans la précarité. Au pire un sourire et des encouragements, une information, une recette de bonne fortune, un avis. Chacun y va donc de son ragot sur la piste de ce Monsieur Univers, jusqu’à ce qu’on le retrouve en effet, lui et sa conjointe longue et marrante, couple de retraités attendrissant, à la hauteur de tous les espoirs.

Il y a beaucoup de l’Italie dans ce fonctionnement, berceau des cirques classiques européens. Le verbal, la famille, l’honneur et la fierté, le rire et l’enchère. Il y a aussi de l’Autriche (ou de la Belgique) dans une météo morne, pluvieuse et visiblement froide, et des vies difficiles comme en expose souvent le cinéma d’Europe du Nord. Et une poésie particulière de la marginalité. Rien n’est trop romancé, Tairo n’est pas un athlète ni un gagnant mais il arpente une face ronde et généreuse, et se moque du malheur. Courageux, le mauvais sort l’atteint cependant à la mort d’un de ses tigres, tandis qu’une lionne vieillit et que le lion n’est pas dans son assiette. On ne le forcerait d’ailleurs pas à descendre dans la fosse tant ses petits chats n’ont pas l’air commode à rebrousse-poil. Mais il s’obstine. Au final, tous vivent modestement, avec peu de possessions et un avenir restreint, mais humainement et ludiquement ils voient grand. C’est la solidarité qui règne dans cette communauté bigarrée qui enrichit ses gens. Ils nourrissent également une insoumission viscérale à l’autorité et à la norme, âmes de caractère, intègres.

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L’écriture de Tizza Covi s’amuse aussi du thème des croyances et du désorcellement. Si Tairo est réticent à se faire tirer les cartes, tous et lui le premier sont sensibles aux symboles, aux grigris, aux rites de pratique. Cela fait en quelque sorte partie de leur costume de scène. Car il ne faut pas oublier que le cirque, même de famille et de village, joue avec le risque et l’exploit. De très belles métaphores de la vie à contre-courant sont illustrées avec humour et ironie : cette procession dans laquelle le protagoniste évolue en sens contraire, une route en pente où un défaut gravitationnel fait remonter les masses, une coupelle mise à l’eau avec des restes brûlés de bougie qui revient contre le flot se caler dans la berge… Une sorte de magnétisme lie les performeurs au cirque, un fatalisme qui teinte leur façon d’être au quotidien et alimente directement leur détermination. Irrationnel et fascinant.

FNC 2016  45e édition ./* The Ornithologist de João Pedro Rodrigues (Portugal, France, Brésil, 2016) + Lily Lane de Bence Fliegauf (Hongrie, 2016)

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Pèlerinage dans les bois

Au rayon des Incontournables, le FNC a classé la dernière oeuvre du réalisateur portugais João Pedro Rodrigues, dont la carrière avait démarré fort en 2000 avec le long-métrage O Fantasma. Rodrigues n’a depuis jamais dérogé de sa signature d’un cinéma gay affranchi et sans compromis, appelant au fantastique comme aux actes sexuels non simulés pour élargir les limites d’un réalisme dérangeant. O Ornitólogo a remporté un Léopard de la meilleure réalisation au Festival de Locarno cette année.

L’action se déroule dans les forêts du Nord du Portugal, en marge du célèbre chemin de Compostelle. Un jeune homme s’y retranche pour quelques jours de retraite personnelle et d’observation ornithologique. Plus les messages de son compagnon l’interrogent sur son état, la prise de ses médicaments, ses sentiments, plus lui prend du recul et de la distance vis-à-vis d’une relation qui le ligote intérieurement. Le film s’avère une allégorie de cette libération. Sympathisant avec les oiseaux sauvages de ce coin de nature préservé, il s’enfonce silencieusement dans la simplicité des besoins primaires et leur immédiateté. Plusieurs rencontres démoniaques – touristes japonaises castratrices, danseurs du feu, berger sourd-muet, amazones vengeresses – réveilleront chez lui des instincts de survie, des pulsions d’isolement ou de socialisation et des envies sexuelles brutes, l’éloignant de plus en plus de la réalité et de la raison.

Outre ses dérapages extrêmes subits, comme des coulées de roches chassées sous les pas, L’ornithologue impose une lenteur apaisante. Les vols d’oiseaux et les nages libres ramènent le corps a une existence simple, et bien sûr nue. Une nudité qui, chez Rodrigues, ne pourrait demeurer innocente tant elle est filmée avec puissance et sexualité. Dès lors, personne n’est plus seul et à l’abri mais espionné et menacé. La présence oblige le contact, et ce contact, physique, créé la prémisse au danger.

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Cette réflexion sur l’individualité en société ou en marge et sur l’état de nature s’embrase finalement en un feu de joie meurtrier, excessif et échevelé : Fernando se transforme en San Antonio avant de prendre le visage du réalisateur lui-même, dans un cauchemar identitaire costumé. Comme une traque du sacré derrière chaque arbre, débusqué par les moyens et superstitions les moins catholiques. Blasphématoire et faunique.

L’arbre aux mille poisons

À plusieurs reprises, la caméra du Hongrois Bence Fliegauf suit le tronc d’un arbre interminable dont l’écorce et les embranchements se veulent évocateurs du thème de la transmission, de la filiation, des générations. Plongé dans la noirceur ou filmé sous des jours gris, Lily Lane décortique la relation unique et atypique entre une maman (Rebeka) et son enfant (Dani) alors que l’unité familiale a éclaté et que la santé mentale perd pied. Dans le personnage de la mère, l’actrice Angela Stefanovics (membre de la Bela Pinter Theater Company) excelle d’une voix aiguë et surnaturelle dans une enfilade de récits obsessifs frisant la démence. Ceux-ci, plus que de simples histoires à faire des cauchemars dont elle emplit la tête de son bambin avant de s’endormir, leur constitue de fil en aiguille un univers parallèle qu’eux deux seuls peuvent peupler, comprendre, domestiquer. Au fur et à mesure de cette confidence, se dégagent aussi, par le biais du conte, les racines des troubles de celle qui raconte, Rebeka, partie sur les traces de son propre père retranché, qu’elle doit informer du décès de sa mère.

Au coeur d’un contexte conjugal difficile, il y a la détresse d’un enfant pris au piège et en chantage entre ses deux parents, l’agressivité et la méfiance que ces derniers nourrissent l’un envers l’autre, et cet âge fragile d’avant l’adolescence où la frontière entre le réel et le monstrueux, l’innocence et le mal, est si mal dessinée. La folie dépressive de la mère alimente les craintes déformées de l’enfant, et l’éloignement du père dans une vie d’apparence posée ne fait que creuser les écarts. La séparation des adultes et le vertige du garçon face au drame de la vie quotidienne devient une fausse aux mille dangers impossible désormais à traverser.

Stefanovics Angéla; Sótonyi Bálint

Bande-annonce

N’égalant pas cette fois le Lion d’argent que la Berlinale lui avait attribué pour son précédent Just the Wind, Bence Fliegauf se distingue avec Lily Lane par une direction photographique sublime. Les images et décors énigmatiques sont issus de la périphérie de Budapest et des Collines de Buda, étendues forestières, sombres et labyrinthiques de l’ouest de la ville. Le réalisateur réussit également une direction d’acteur formidable avec son jeune interprète, Balint Sotonyi. De facture expérimentale, ce long-métrage déploie un imaginaire enfantin grouillant de peurs ultra-réalistes autant qu’irrationnelles. Ses excès et sa froideur émotionnelle renforce l’état psychologique de ses personnages. Enfin, Fliegauf y prend un malin plaisir à mélanger tout, le divorce, la violence et l’expérience de l’accouchement, le legs des grands-parents, le deuil et la passion. Un précipité d’autant plus toxique qu’il se répand partout silencieusement.

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FNC 2016 45e édition ./* Programme 1 de courts-métrages en compétition internationale

Parmi 28 courts-métrages sélectionnés en compétition internationale, répartis en six programmes, la série 1 regroupait quatre propositions léchées mêlant héroïnes à la beauté captivante et violence inattendue. Des demi-heures ravissantes, poignantes, percutantes.

Submarine de Mounia Akl, Liban, 2016 (21 min)

Submarine, de la réalisatrice libanaise Mounia Akl, est une plongée renversante dans un Beirut enfoui sous les déchets. Des montagnes et vagues de détritus défoncent les fenêtres des logis, envahissent les rues et immeubles, forçant la population à déserter avant l’arrivée de pluies diluviennes qui promettent de tout submerger. Jeune et effrontée, Hala oppose à ce chaos de saleté sa silhouette élégante et sa force de caractère, incapable de fuir. Accrochée à un passé qu’elle refuse d’abandonner, elle ranime le juke-box nostalgique du bar Submarine de la place, où les habitants se rejoignent résignés au départ, bagages en main. D’anciens airs de fête ravivent l’espoir et les amours mortes, dont les sentiments d’Hala pour son amant oublié, Elie, avec qui peut-être tout recommencer.

Quatrième court-métrage d’Akl, qui s’est frayé un chemin malgré l’adversité avec des débuts sur IndieGogo pour accéder au tapis rouge de Cannes ou au TIFF de Toronto, Submarine déverse des images magnifiques en résistance à la puanteur ambiante. Le matérialisme nous écrase, sa putréfaction est rendue esthétique, et le geste humain, tourné vers l’autre, devient purificateur. Il nettoie les erreurs et rend possible l’avenir. Les plans sont habilement composés et enchaînés, les regards et la distribution sont solides, et si bon soit l’ensemble, il est totalement soumis aux yeux sublimes et au port altier de l’actrice principale, Yumna Marwan, une beauté orientale fière et indomptable, de la trempe d’une Ronit Elkabetz ou des femmes sensuelles sous le crayon de Joann Sfar. Musique et panoramas chavirants.

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16.03 de Natalia Siwicka, Pologne, 2016 (17 min)

Dans sa version polonaise, la femme est élancée, blonde décoiffée au matin d’une nuit agitée, les jambes fines légèrement couvertes sous un manteau et un châle de circonstance pour une aurore embrumée. Tout chez cette fille respire la distinction, le mannequinat, la mode, un goût mélangé de luxe et de désir, de profonde solitude et d’indépendance sauvage. Au volant de son auto, elle quitte la demeure de marque au milieu des routes de campagne et villages endormis. Tandis qu’un poids lourd la prend en chasse, imposant, insistant et inquiétant, elle s’effarouche et l’assurance flanche : une biche prise dans des phares.

Tournée en un plan séquence, cette réalisation de Natalia Siwicka s’amuse à déconstruire la fausse authenticité de la poursuite filmée. Elle invente des imprévus, met en scène des obstacles et menaces, inclut l’erreur dans son scénario. Ainsi on verra dans le rétroviseur un second personnage apparaître à l’arrière la voiture, qui n’est autre que le caméraman. Mais quand la protagoniste fuira le véhicule pour se réfugier dans une station service, toujours suivie par la caméra, on apercevra le camionneur sortir une troisième personne de la voiture et l’attaquer violemment – possiblement un preneur de son ? Jeu de démultiplication des points de vue, transformant une échappée intime et ordinaire en thriller trop réaliste. Comme si le projet de court-métrage avait lui-même était pris de court par le hasard de malencontreuses circonstances.

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Oh What a Wonderful Feeling de François Jaros, Québec-Canada, 2016 (15 min)

Ce court-métrage du québécois François Jaros a vu sa première présentée à la Semaine de la Critique à Cannes plus tôt cet été, une reconnaissance de taille pour un artiste relativement discret, produit depuis plusieurs années par La Boîte à Fanny. Un de ses essais précédents intitulé Toutes des connes, écrit et interprété par Guillaume Lambert, avait certes été plusieurs fois sélectionné et récompensé, il jouissait d’une exactitude de réalisation sur un thème et une forme totalement attendus. Oh what a Wonderful Feeling s’aventure ailleurs, sur des voies moins fréquentées, plus accidentées, de nuit et en camionnette avec un chauffeur peu bavard vers une destination égarée.

D’aire d’autoroute en parking de station service, un convoi de prostituées amène aux clients des filles, plus ou moins jeunes, défraîchies, rompues à la routine. Certains chauffeurs routiers moins rassurants ou respectueux que d’autres, plusieurs habitués avec leurs préférences, leurs rituels voire leurs attentions. Tous piégés. Entre un café fumant et un déjeuner improvisé sur une table de pique-nique, les filles et leur chauffeur fraternisent, fêtent la retraite de l’une et l’initiation de la nouvelle. Le métier roule. Il aura toujours ses salopards, ses observateurs, ses détracteurs et ses usuriers. Ses nuits plus froides et moins “chanceuses”. Sarcastique jusque dans son titre, le film ne romance pas tant cette virée de jambes en l’air sur le siège arrière pour quelques billets. Les buissons prennent feu, puis toute la forêt, les pères de famille fatigués y passent et les sourires se fatiguent un peu. Le vernis s’écaille. Outre une direction photo et des cadrages impeccables, cette réalisation de Jaros a l’avantage d’avoir au son la patte d’un Olivier Alary qui sait très exactement ce qu’il fait, en silence comme en musique et en détonation sourde.

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Limbo de Konstantina Kotzamani, France-Gréce, 2016 (30 min)

Proposition la plus mystérieuse de cette série, Limbo se situe dans l’entre-deux des limbes, comme son titre et l’introduction l’indiquent. Douze enfants nus et boueux habitent des paysages de marais salants et de plaines irriguées, qui étalent leur miroir à perte de vue. Âmes errantes entre la mort et l’ennui, ces garçons sauvages occupent l’éternité grisâtre de bagarres et de processions, d’interrogatoires de la Vierge et d’intimidation. À l’avènement d’une baleine échouée sur la berge, ils accusent la présence blanche et fragile d’un treizième enfant, blondinet albinos, tel un mauvais esprit s’abattant sur cette région condamnée.

La réalisatrice grecque Konstantina Kotzamani – dont le précédent Washingtonia avait été primé au Film Fest Gent et au Chicago International Film Festival en plus d’être nommé à la Berlinale en 2014 –  signe ici une étrange métaphore des croyances religieuses, de la justice des hommes et de la cruauté des enfants. Dans ce pays hors du temps et déserté, la mort se distingue bien mal de la vie, le jour de la nuit, et l’animal du surnaturel. La lourdeur du ciel rend l’air quasiment irrespirable. Alors qu’il est si difficile d’y voir clair, l’intransigeance des enfants et leurs regards profonds, tantôt loups tantôt agneaux, laissent présager le pire : une exécution à l’aveugle, selon la seule loi de ce que l’on veut croire. Perturbant. Panoramiques et palette de couleurs vase et ciel à couper le souffle.

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