Archive

Monthly Archives: February 2016

./* 34e édition des Rendez-Vous du cinéma québécois du 18 au 27 février 2016 à Montréal

rvcq2016-795x413

Ce jeudi soir l’avant-première du dernier Denis Côté, Boris sans Béatrice mettant en vedette James Hyndman dans un triangle infernal avec sa conjointe et la dépression – a marqué le lancement attendu de la 34e édition des RVCQ. Une grosse programmation cette année, se réclamant de plus de 300 films au total, des longs et courts-métrages, des documentaires et des animations, des programmes vidéo expérimentaux, de même que des leçons de cinéma (par Jean-François Rivard et François Létourneau, Philippe Falardeau, la porte-parole de cette édition Pascale Bussières, et André Turpin), également des rencontres et tables rondes, une carte blanche au TIFF, des rendez-vous pro, une projection-concert, ainsi que les réputées soirées des RVCQ invitant successivement la formation musicale Last Ex, le Gala Prends ça court, l’INIS pour ses 20 ans en plus de dégustations et détours en mixologie.

Le survol de la grille horaire est l’occasion de se remémorer les bons ou excellents coups de 2015, de même que des accrocheurs médiatiques, quelques titres poétiques, ou des invitations jusqu’ici manquées. Parmi les longues plongées, on voudra absolument recaser à l’emploi du temps le chef d’oeuvre Chorus de François Delisle, le magistral et étrange Endorphine d’André Turpin, l’attachant et sensible Félix et Meira de Maxime Giroux, et Le bruit des arbres de François Péloquin, simple et percutant, sans oublier le petit dernier de Sophie Deraspe, Les Loups, et ses paysages esseulés qui ouvraient les RVCQ 2015. Il faudra aussi conseiller les virées fantastiques de Turbo Kid (François Simard + Anouk et Yoann-Karl Whissell), Le coeur de Madame Sabali pour son entrain chantant, et le style diabolique de Guy Maddin et son récent The Forbidden Room.

Il demeurera quelques réticences à s’aventurer dans la légèreté familiale, conjugale ou sociale des Paul à Québec (François Bouvier), Le mirage (Ricardo Trogi) ou Guibord s’en va-t-en guerre (Philippe Falardeau), mais ils font sans conteste partie du paysage cinématographique de l’année passée. Le journal d’un vieil homme engendrera la même profonde et déprimante tristesse, de même que L’amour au temps de la guerre civile (Rodrigue Jean) violence et rebellion, ou Noir (Yves Christian Fournier) son impression de déjà dit. Fatima (Philippe Faucon) assurément, Tokyo fiancée certainement, Les êtres chers (Anne Émond) sans doute, Early Winter (Michael Rowe) peut-être, Bienvenue à F.L. si le temps s’y prête ; quant aux Gurov et Anna, Antoine et Marie, Anna, Ana, Augustine, Corbo, Attila, Ville-Marie ou Le Garagiste, il est probable que tous leurs noms restent sur le tapis…

C’est que bien d’autres attractions monopoliseront la curiosité, en plus des nombreux documentaires (P.S. Jerusalem de Danae Elon, Police Académie de Mélissa Beaudet, Pipelines, pouvoir et démocratie d’Olivier D. Asselin, Le nez de Kim Nguyen – non merci – et L’anti-leçon d’économie de l’Oncle Bernard de Richard Brouillette, pour ne citer que les plus remarqués) et programmes de courts en compétition, telles que des sélections aux ramassés sous les titres prometteurs et variés d’Amour amour, Premières fois, Plaisantes angoissesDes robots et hommes, Psychotonique, Pauvres insectes par exemple, tout en se gardant un creux pour le mystérieux Avant les rues de Chloé Leriche en clôture. Rattraper un peu du charme calme de La Neuvaine de Bernard Émond et son envol d’oies à Ste-Anne, ou du Continental, un film sans fusil qui a lancé Stéphane Lafleur il y a quelques années, ce sera possible avec un peu de nostalgie venue de Toronto.

Un pari au hasard : Copenhague – A love story de Philippe Lesage (réalisateur des Démons). Quartier latin, jeudi 25 à 20h30

Une découverte discrète et ravissante : Nuits de Diane Poitras. Cinémathèque québécoise, vendredi 26 à 18h

Pour le reste, place à l’improvisation ! Une seule garantie : du cinéma bien d’ici. Un condensé de FNC, de Sommets de l’animation, de RIDM qu’il fait plaisir de retrouver hors-saison.

 

./* Programmation RVCQ 2016 http://rvcq.quebeccinema.ca/grille-horaire 

 

Advertisements

./* Versus de Nonotak présenté par Temps d’images à la Société des arts technologiques du 11 au 13 février 2016

Empruntant aux motifs d’illusion optique et à la stroboscopie leurs pouvoirs d’hypnose et d’asservissement de la pupille, la performance Versus triche sur les distances. Entre proximité et infini, noir et blanc, creux et plein, elle convoque des contraires interchangeables, irréconciliables.

maxresdefault

L’illustratrice française Noemi Schipfer et l’architecte et musicien japonais Takami Nakamoto ont récemment formé le studio Nonotak, qui répertorie déjà à son actif une vingtaines d’œuvres en série et installations lumineuses travaillant la perspective et la démultiplication du trait dans l’espace. Avec des projets tels que Silhouettes, Horizon, Daydream, Convergence ou Narcisse, ils explorent les possibilités infinies de la réflexion. Nakamoto était d’ailleurs des invités du Mutek 2015, où il performait Reflections en nocturne au MAC en compagnie du batteur français Sébastien Benoits, entouré de 32 barres LED et de fumée.

Les expérimentations de Nonotak provoquent une étrange rencontre entre le plan et l’espace, entre la perception au présent et la projection dans l’intemporel. Ce duo d’artistes relève à la fois d’une culture matérielle se rapportant au dessin industriel, aux volumes et grilles graphiques, et d’une mouvance visuelle leur ouvrant d’autres réalités numériques et virtuelles. D’où une lecture plus philosophique de leur présente recherche Versus, qui en appelle à l’harmonie des contraires et à la complémentarité des concepts Yin et Yang fondateurs de la cosmologie chinoise. De même qu’une interprétation poétique faite de doubles fantomatiques dans des dimensions parallèles, ou d’entités technologiques spirituelles.

Sur le papier comme dans les canevas de Schipfer, la ligne est riche, autant de ses répétitions systématiques que de ses irrégularités symptomatiques au travers desquelles apparaissent des visages, des reliefs organiques, une certaine forme de vie. L’erreur du code génétique ou la perturbation atmosphérique à l’origine d’une nouvelle espèce. Chez son complice de création, l’apparition connaît des déclenchements plus calculés, résultats de montées d’intensité, de saturations et d’irruptions brutales. En images, le croisement de ces deux partitions dans l’espace fait l’effet d’un tunnel de 1000 portes (le Fushimi Inari Shrine dans la forêt de Kyoto) avec ce que l’entrée dans un tel temple déclenche de fascinant et d’imposant. Bizarrement, la transposition de ce matériel dans l’espace décuplé à 360° de la Satosphère n’engendre pas d’horizons supplémentaires.

versus-tak-whitew_1000

Versus explore l’alternance du cercle et du disque, du contour qui cerne la forme et de l’ombre qui trace sa silhouette sur fond blanc. Les anneaux se succèdent en un long tube dont l’embouchure grossit bientôt en un trou noir géant. L’absorption que créent ces formes concentriques à la nature changeante aspire l’œil et lui imprime un même jeu géométrique entre l’iris et la pupille, en cycle permanent de rétraction / dilatation. Sur ce plan, la lumière exerce un pouvoir évolutif, mais manque de dramaturgie et d’objectif – que la trame sonore ne compense pas. Des cloisons explosent et se referment sur de grands vides, violemment, tandis que des sifflements infimes s’égarent en suspension. Rien d’articulé ni d’abouti, en dehors de l’impression labyrinthique d’un cerveau humain hésitant entre la pensée, le fantasme et le subconscient.

En comparaison d’autres tentatives dans le dôme, cette performance de trente minutes offre des inversions originales, puisqu’elle écrase la voûte ou la troue profondément, et lui crée des angles inexistants à l’encontre des rondeurs habituelles. La tectonique comme la musique et les éclats de lumière blanche sont agressants, en contraste du confort allongé et de l’apesanteur. À jouer à pile ou face, l’émotion reste indécise, et le parti pris hésitant.

 

./* Tout sur la programmation de Temps d’images 2016