Plus court tu meurs

14e Sommets du cinéma d’animation – Montréal 2015 ./* Programme 3 de Compétition internationale

Dix courts en provenance de neuf pays : Allemagne, Argentine, Belgique, Chili, Estonie, France, Québec, Royaume-Uni et Suisse

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Endgame de Phil Mulloy (Royaume-Uni, 2015,7 min)

Endgame de Phil Mulloy fait rire là où ça fait mal, de manière totalement détachée et injuste, et démontre comment le trait à lui seul peut aborder la complexité de la réalité en s’en tenant bien loin, en pleine absurdité. La narration introductive est aussi brève que d’énoncer qu’après le boulot, deux collègues, Richard et George, aiment s’affronter dans des jeux où on se tue. C’est dit. À peine que deux bonshommes allumettes descendraient presque par une échelle sur l’écran blanc pour passer du monde du travail à celui du divertissement… en guerre. Aussi simple que ça.

Dans ce petit récit de tous les conflits, souvent l’illustration se limite à une ligne d’horizon qui sépare les fronts aériens et souterrains, autant qu’elle symbolise les niveaux successifs d’univers vidéos, ici ultra simplifiés. Les personnages aux camp et mission non identifiés usent de raccourcis, d’ascenseurs et de subterfuges pour disparaître dans des nuages de fumée (somptueux). Il y a des tanks, des trahisons, des armées à reculons et des ambulanciers meurtriers. Tout cela condensé en de minuscules gribouillis qui gesticulent et sautillent d’un bord à l’autre de la largeur d’écran, sans aucun appui – ni éthique en vérité. Et comme on ne sait pas pour qui on prend, c’est à savourer.

Endgame

Silencieuse, cette animation explosive aux effets carboniques texturés et aux coups de crayon justes est géniale, drôle, et ose aborder le malaise entre la violence fictionnelle et active de front. C’est sans doute parce que c’est gratuit que ça passe si facilement devant les autres. Peut-être est-ce dû à l’esprit britannique si toujours est respectée cette propreté dans l’acte abominable de tuer, piéger, exploser, catapulter, condamner, achever, exécuter, etc.

Piano de Kaspar Jancis (Estonie, 2015, 10 min)

Piano avait été vampé sur les réseaux sociaux avant sa sortie et on espérait à l’écran profiter enfin de cette craque de seins dans robe rouge tango via rétroviseur de camionnette. L’Estonien Kaspar Jancis est allé au-delà des espérances en campant son film dans un quartier dont il nous dévoile plusieurs personnages et situations cocasses au fur et à mesure qu’elles se passent, le temps d’un embouteillage citadin.

Dans le désordre : une jeune femme déménage sensuellement un piano, une autre funambule fricote avec l’idée du suicide, un chauffard se rince l’oeil, un retraité hésite à déclarer sa flamme, une septuagénaire bouche son évier à coup de patate, et un militaire hésiter à sauter en parachute… Ces charmants personnages se croisent, évidemment, jamais comme on l’aurait présagé, par des détours alambiqués qui provoquent un humour morbide irrésistible. Fameux comique de situations malaisées. L’ensemble rappelle la détresse sociale de Loop, Ring, Chop, Dring de Nicolas Ménard, lauréat de la Compétition internationale étudiante des Sommets 2014, dans un langage graphique moins moderne, en quelque sorte plus politiquement correct. Du piano-crash, comme qui dirait.

Piano de Kaspar Jancis

Ronko de Carlos Montoya (Argentine, 2015, 7 min)

En troisième place de cette série, ça pourrait être Ronko du réalisateur argentin Carlos Montoya, en pâte à modeler essentiellement. Choisissant pour sujet le ronflement du mari et l’insomnie de la conjointe dans le rôle d’un couple au lit, la proposition ne s’aventure pas démesurément loin. Sauf que la dulcinée bercée des grognements masculins se retrouve en pleine forêt à fuir un phacochère menaçant. Arrivé au bord du couchage conjugal pour découvrir que c’est de l’époux que proviennent tous ces rugissements, le sanglier s’offusque et l’avale d’un coup, laissant la belle dame à un sommeil apaisé. Aux grinceurs de dents avisés, relisez Astérix plutôt que de sombrer trop vite.

Vient à l’esprit le gorille amant du récent Tout dernier testament de Jaco Van Dormael. Cette production fait le pont avec une question prédominante dans ce programme mais gênante : à quel point, en animation, la musique et le son – à comprendre le style et l’ambiance sonores – positionnent le court et peuvent avoir un impact désastreux, non par leur composition mais par leur inadéquation.

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Ronko débute sur ce ronflement raté, qui devient volontairement surjoué pour le rapprochement de l’homme à la bête sauvage. Mais plusieurs exemples partent mal ou sont tout de suite catalogués à cause de leur trame sonore. Marzevan, de Vergine Keaton, est une quête familiale touchante sur les traces de l’Alzheimer menée au fil d’une techno-dance difficile, qui correspond cela dit au mélange étrange de personnage en dessin sur fond de paysages de synthèse. Histoire d’un ours de Gabriel Osorio est un joli et bien pensé conte d’ourson mécanique façon Boucle d’or (dans le dessin aussi) questionnant des thèmes plus sensibles tels que l’emprisonnement, la domestication, l’espérance. Et la boîte à musique a de réels charmes. Quant à Pauvre histoire pauvre 9, ses pommes pourries ne répandent plus de trop de magie qu’une odeur de vieilli qui se transmet à cette diction dépassée de Nouvelle Vague nonchalante (Carl Roosens). Pour Lucens de Marcel Barelli c’est différent, il faut capter et accepter la risibilité suisse d’office, avec les montagnes c’est pas toujours évident d’attraper le signal…

Myself Universe

Pour finir : Myself Universe de l’Allemand Andreas Hykade. Lorsqu’on a déjà assisté à l’autre intervention Myself Smoke (Programme Compétition internationale 2), l’intrusion du Smiley reprochard est immédiatement hilarante. Ce petit personnage – un rond avec deux points pour les yeux, noir sur fond blanc, plus simple tu meurs – nous prend à partie, spectateur muet et impuissant, afin de surmonter des défis (personnels et collectifs) impossibles : arrêter de fumer ou retrouver le gout de l’existence. Les silences en disent long, les faces figées aussi. Là encore il y a un certain mauvais goût, dans le motif chargé et kaléidoscopique, clairement voulu. Ces capsules font leur effet en à peine quelques minutes. Smile, you’re on screen!

 

 

 

 

 

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