Des animaux et des hommes

14e Sommets du cinéma d’animation – Montréal 2015 ./* Programme 1 de Compétition internationale

Neuf courts en provenance de sept pays : Allemagne, France, Italie, Québec, Royaume-Uni, Singapour et Suisse

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Récipiendaire du Grand prix Cinesite et du Prix du public, Le repas dominical de Céline Deveaux n’était pas la seule proposition solide et intrigante du programme 1 de courts en Compétition internationale.

Des chiens et des hommes

Peripheria du Français David Coquard-Dassault se démarque dès ses tout premiers plans parce qu’il met en scène des chiens, rien que des chiens, fabuleusement dessinés et racés façon lévrier. Ceux-ci se promènent en clan ou isolés et leurs silhouettes s’inscrivent en ombre sur des paysages vastes et poussiéreux qui évoquent la périphérie d’une ville désertée. L’ambiance post-apocalyptique qui règne dans cet univers délabré et visiblement mis à sac rappelle des scènes de Walking Dead au cœur d’agglomérations abandonnées.

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Bande-annonce PERIPHERIA

Où sont passés les hommes ? En contraste de la beauté des images, des comportements canins vraiment réalistes et de la perfection des bruitages, une tension latente habite ce court-métrage, issue de trois éléments principaux. L’action se situe dans un décor de banlieue caractérisé par ses tours d’habitations à loyers modérés, ses terrains de sports co entourés de grillages, ses murs tagués et plus généralement son béton, où que l’on regarde. Ces constructions et espaces tombent en ruine, manifestement fuis par la population, mais aussi pillés de toute nourriture. Puis résonne cette sirène, venue de loin, d’un centre-ville à l’horizon, et tout à coup le regarde s’inverse, glisse vers le jugement. Il ne s’agirait pas des suites d’une catastrophe à laquelle auraient survécu les chiens, davantage d’un confinement, de deux camps opposés, d’une critique inégalitaire de nantis contre opprimés dont la race canine est soit la caricature des êtres humains, soit une métaphore de comment sont maltraités les exclus de la société.

Des fauves et des hommes

Pour sa part, l’Allemand Daniel Nocke règle le compte de l’humanité en quatre minutes d’émission télévisée. Tel un débat des chefs entre représentants de la savane, Who will pay the bill? (Wer trägt die Kosten?) compte autour de sa table le Lion, la Panthère, le Charognard… et le Zèbre, visible minorité. Ce dernier souhaite attirer l’attention de ses homologues experts sur le fait que, en résultat de la loi du plus fort systématiquement appliquée dans la nature, ses congénères d’espèce occupent toujours la place de la proie, du faible, du festin dont tous les autres se régalent. Dans cette drôle et dynamique illustration de l’expression “se faire manger la laine sur le dos”, il n’est pas dit que les réclamations du zèbre se rendent bien haut dans le règne des animaux, ni même que ce participant survive à la pause publicitaire.

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Intégral WHO WILL PAY THE BILL? 

Cette allégorie des disparités sociales (et de l’espérance de survie) emprunte à la tradition anthropomorphique – des Fables de La Fontaine à la ferme d’Orwell et Maus de Spiegelmann –  dessinée et littéraire, les possibilités cyniques décuplées dès lors que les hommes sont déguisés en bêtes : non moins intelligents, mais plus cruels, primaires, injustes, et naturels.

Des vaches et des hommes

The Evening Her Mind Jumped Out Of Her Head de Shaun Clark et Kim Noce (Royaume-Uni, 2015, 8 min)

Marrante, cette somnolence fantaisiste dans train rebondit de tête en tête entre les pensées de cinq ou six passagers croqués avec humour ; un humour totalement britannique des coréalisateurs Shaun Clarke et Kim Noce imaginant cet [The] Evening Her Mind Jumped Out of Her Head. Le dessin en noir et blanc inversé s’accorde des rondeurs et des déformations farfelues tandis que les petits agacements de la réalité confinée du wagon cède peu à peu à la rêverie. Le cerveau de notre protagoniste s’évade à ce point qu’il saute par la fenêtre, décroche la lune, se vide et se remplit d’images surréalistes, et échange ses neurones avec ceux de la vache qui bloque la voie ferrée. Tout est plus calme et moins stressant dans l’esprit d’un bovin.

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Bande-annonce THE EVENING HER HEAD JUMPED…

Des rats, des rois, des vices

Parmi les autres films du programme 1 en compétition internationale, la production française Café Froid de Stéphanie Lansaque et François Leroy avait tendance à glacer le sens par son dérapage innocent dans la violence. L’atmosphère plutôt chaude, humide, appliquée et silencieuse d’un foyer asiatique et des relations entre tenancière de café et sa fille cédait subitement la place à une sauvagerie retenue, proche de la maladie mentale : la mère ébouillante à la théière un rongeur piégé par un bout de fromage dans une cage, de plus en plus d’insecte sont attirés à l’intérieur du domicile entraînant avec eux une symbolique de démence et d’obsession, et suite au trépas de sa mère dans un accident la jeune fille reprend le petit commerce et gère visiblement ses émotions et sa détresse. Un drame absolu prend forme en quinze minutes et a lieu sous nos yeux, sans que les signes précurseurs aient pu en laisser deviner l’ampleur.

De Suisse, Le Roi des aulnes (Erlkönig) de Georges Schwizgebel est une illustration de cinq minutes du Roi des aulnes, poème de Goethe, imaginée sur un extrait de musique de Schubert et Liszt interprétée par le fils du réalisateur, Louis Schwizgebel. La course effrénée d’un cavalier portant à cheval son enfant gravement malade est parfaitement rendue par la tension orchestrale et surtout par la technique de peinture naïve aux couleurs fauves, dont les contours flous expriment le délire du jeune garçon en prise à une fièvre fatale, et qui se croit sauvé par un roi imposant rencontré en chemin.

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Cette création a été récompensée aux Sommets par une mention spéciale soulignant “[sa] grande somptuosité [et sa] grande maîtrise de tous ses sujets ; narratifs, visuels et musicaux”.

Et toujours Myself Smoke de la série des Myself de l’Allemand Andreas Hykade, qui réussit ici en deux minutes, en plus d’être extrêmement drôle, à pointer les quatre vérités du fumeur: incapable d’arrêter, enfumant les autres, rejetant la faute sur le comportement social, et irascible lorsqu’il n’a pas sa dose.

./* Palmarès complet des Sommets 2015

./* Bilan du “Succès sans précédent pour la 14e édition des Sommets du cinéma d’animation de Montréal”

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