Emmanuelle Bercot en tête d’affiche

CINEMANIA 2015 ./* La Tête haute d’Emmanuelle Bercot (France, 2015)

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Soixante-sept éditions du Festival de Cannes et pas une ouverte par le long métrage d’une réalisatrice ? C’est le constat maintes fois souligné dans les médias qu’est venu réparer le choix de La Tête haute pour lancer la programmation 2015. Et l’on lira par la suite que les seuls regrets que laissent derrière lui cet incroyable plaidoyer pour la persévérance en l’humanité est de n’avoir pu, par ce statut privilégié, être en compétition officielle parmi les autres œuvres qu’il aurait légitimement défiées.

Emmanuelle Bercot s’affirme ainsi en star française polyvalente qu’il fallait avoir à l’oeil pour ce Cinemania 2015, puisqu’en parallèle de la présentation de son uppercut cinématographique et social (une dizaine de longs et quelques courts à son actif depuis les années 1990, mais rien de démesurément remarqué), elle y brillait également en qualité d’actrice dans le déstabilisant Mon Roi de Maïwenn.

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Enfants rois, vraiment ?

La Tête haute démarre sur les chapeaux de roues, et ne ralentit pas vraiment – de sorte qu’on s’attend à foncer dans le mur, ce qui advient somme toute assez souvent. Bureau de la juge pour enfants (doit-on répéter à quel point Catherine Deneuve est absolument pertinente dans l’exercice expérimenté de sa profession, un mélange presque trop parfait de patience d’écoute de débordement d’intelligence d’empathie de professionnalisme d’agacement de rigueur d’ahurissement on en passe). Malony a quoi, trois ans ?! Et sa mère Séverine (Sara Forestier), une pauvre jeune fille visiblement dépassée par sa consommation et ses fréquentations pourries au milieu de son peu de jugement, abandonne le gamin en plein pourparlers pour des recours sociaux. Ayant sans doute plus ou moins prévu le coup de l’assistance publique puisqu’elle refourgue d’un même élan la vie du bambin dans un sac, quelques affaires pour subsister. La scène suivante rassemble évidemment les mêmes protagonistes à dix ans de distance, le petit rebelle ayant fait des tours de caisse en feu avec sa mère et son cadet dans le parking du HLM. Affaire à suivre, rebondissements et aggravations garantis.

Cette impulsivité, dévastatrice mais fière, chez la maman comme chez son fils, est ce qui contrebalance habilement les situations incroyablement répétitives dans les couloirs de la justice. (Dans le cas de mineurs, le jugement pour délits et crimes épargne le grand décorum de la salle d’audience pour donner de meilleures chances de défense au-delà des appréhensions et traumatismes procéduraux. Cela prend aussi effet de clémence dans les sanctions, pas tout le temps.) L’autre facteur d’évolution est le durcissement puis la majorité du jeune Malony. Sa maturité n’arrive que ponctuellement, partiellement et tard, de façon presque aléatoire et trop candide en bout de ligne. Mais cela arrive – on ne peut pas tout à fait se réjouir d’autant chez sa maman – et c’est un tel soulagement qu’on oserait à peine critiquer le happy-end au risque d’ouvrir la porte au recommencement de la spirale infernale au sein du nouveau noyau familial : précarité, fragilité, violence, dégringolade.

 

Bande-annonce

Le film suit ce petit mal-aimé dans son chemin d’embûches pour arriver à apprécier la vie, au point de contenir toute sa violence et sa détresse accumulée. Une juge lui vient en aide, véritablement impliquée, également un éducateur imparfait, des gens dévoués qui ne peuvent rien tant que le garçon n’est pas décidé à se donner à lui-même une chance, minime. Tout est basé là-dessus: des mains tendues, une seule à saisir au bon moment, la moindre interférence faisant éclater la bulle d’une possible accalmie. Tous tiennent parfaitement leur rôle, mais chacun est remis à sa place d’intervenant, des présences, des leviers, des obstacles ou des déclencheurs indispensables mais secondaires vis-à-vis du jeune. Seul à pouvoir garder la tête haute. Ce menton relevé, c’est aussi le défi de regarder en avant, de prendre en compte l’aide alentour, d’envisager une projection dans l’avenir.

LA TÊTE HAUTE  de Emmanielle Bercot LES FILMS DU KIOSQUE

Rod Paradot, Malony ado, est une graine de mauvaise herbe attachante et manipulatrice, à secourir. De la trempe d’un Antoine-Olivier Pilon en Steeve dans Mommy, ou le Tommy (Robert Naylor) du 10 1/2 de Podz, dur, destructeur, piégé dans sa carapace. L’amour ou l’espoir, la confiance, il ne les laisse jamais entrer. Il est entouré (Benoît Magimel dans le rôle de l’éducateur est un excellent exemple, sa rencontre avec Diane Roussel en jeune Tess rasée). On reste accroché, même lorsque le trait est forcé, que les acteurs s’enfoncent, qu’ils tournent le dos à l’unique sortie. Parce qu’on veut foncièrement y croire, à un changement possible, à un retournement de vie. Qu’un amour adolescent et la responsabilité d’une nouvelle famille provoquent un tel déclic heureux et prometteur là où absolument tout a échoué est trop facile et improbable en vérité. Alors que la violence est devenue plus qu’un comportement, un langage et une identité, une nature, sa canalisation paraît impossible. Et c’est au final un passe-passe de montage en fin salutaire, qui pourrait tout aussi bien décider l’inverse, qui sauve le jeune homme.

On ne peut toutefois abandonner cette idée que des micro-gestes, des gens, des mots peuvent pareillement s’accumuler et résonner au final plus fort que l’amoncellement de méchancetés, de malchance et d’erreurs qui entraînement vers le fond. En ce sens, La Tête haute est un hommage sensé à ceux qui tentent au jour le jour, avec de rares réussites et gratifications, de maintenir un espoir et de faire confiance au potentiel de raison de ces jeunes, même terré au plus profond d’eux-mêmes, sans se décourager.

 

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