Fragments d’une greffe amoureuse

FNC 2015 44e édition ./* Le coeur de madame Sabali de Ryan McKenna (Canada, 2015) dans la section Focus

FNC44

Un réalisateur de documentaires et de courts du Manitoba, Ryan McKenna présente dans la section Focus (dédiée aux oeuvres québécoises et canadiennes) son second long-métrage après The First Winter en 2012, en langue française cette fois. Avec son esthétique très Amélie Poulain et des têtes d’affiche excitantes au service d’un sujet farfelu, Le coeur de madame Sabali s’est imposé dès sa campagne promotionnelle comme un film distrayant et fantaisiste, l’une des rares productions de cette 44e édition du FNC pouvant se targuer du tag “drôle”.

Marie Brassard (en Jeannette) y incarne une femme en quête d’épanouissement personnel, dont une greffe de coeur vient chambouler le quotidien, les relations sentimentales ainsi que sa conception du désir et de l’amour. Elle quitte son conjoint avec qui le sexe est devenu platonique, endosse le rôle de mamma réincarnée pour la famille (le fils Chibal entre autres, porté par Youssef Camara) de la donneuse dont le coeur bat désormais dans sa poitrine, et accepte les avances d’un jeune collègue de la gare routière où elle travaille, Francis La Haye (le beau Albert). La naïveté du conte à la Caro et Jeunet est doublé de décors, uniformes et protocoles sortis droit du Grand Budapest Hotel (Wes Anderson), auxquels McKenna s’est permis quelques touches exotiques et luxuriantes du Mali. Les inimitables Amadou et Mariam donnent aux cérémonies d’adieu et de retrouvailles des allures joviales et ensoleillées.

Outre la dérision qu’il peut y avoir à tourner maintenant ces images kitsch et léchées, sans autres effets spéciaux que la construction visuelle, les pois et le rouge, et la récidive de symboles décalés (rondins peints de crustacés, superbes de laideur, signés Albert), le film s’offre également quelques failles trash dans sa quête de belle histoire d’amour. Si le coeur de madame Sabali s’est libéré miraculeusement, c’est qu’elle a été assassinée à coups de poignard, plusieurs. Sans entrer dans le drame des rejets de greffe, ce point de départ clinique et judiciaire donne toutefois lieu à des anomalies, par exemple le somnambulisme ou la découverte de nouveaux goûts, mais aussi des réminiscences de scène du crime. Au-delà du jeu de sa nouvelle vie qui commence, Jeannette doit composer avec qui elle était et demeure par-devers ce coeur étranger, informatrice numéro 1 dans une enquête criminelle, et probablement la demi-soeur d’un certain Albert, dixit Mon Oncle… Dans ce monde surréaliste où tout est excessivement simple et apparaît ou disparaît comme dans un rêve, les situations peuvent aussi se compliquer sans qu’on n’ait rien vu venir.

Le cas de Madame Sabali et sa receveuse d’organe est une ludique illustration des phénomènes fascinants qui entourent les opérations de greffe (de myocarde particulièrement) en médecine, dont le Centre PHI avait permis une vulgarisation étonnante à l’occasion de l’exposition-conférence Corps hybrides / Hybrid Bodies en 2013. C’est aussi une habile et divertissante façon d’aborder les multiples réussites et échecs des rapports intimes d’aujourd’hui, sans tomber dans des discours moralisateurs, candides, désabusés, éculés. Vieux, jeunes, démodés, nos coeurs resteront ces hybrides cousus de réalités organiques, de croyances ancestrales et d’espoirs sans cesse renouvelés. Un mal pour le bien de l’Humanité.

Anw na ku yé foli de yé.
Anw duya yé tolo kê yoro yé.
Anw bo kê ko yan.
Anw bo kê ko yan.
Djama!!!!
Sabali ! Sabali ! Sabali yonkontê.
Sabali ! Sabali ! Sabali kayi.
Ni kêra môgô fê sabali yonkontê.
Ni kêra tiè fê sabali yonkontê.
Ni kêra Mousso fê Sabali yonkontê.
Wo! ouh! Wo! sabali, sabali, sabali kagni.
Cherie, je m’adresse à toi.
Avec toi, cherie la vie est belle.
La!La!La!La! La!La !

Avec toi chérie.
Wo ouh! Wo !
La!La!La !La!La ! La.
Ça c’est pour la vie.
Wo ouh! Wo ! La!La!La!La! La!La !
Avec toi cherie.
La!La!La !La!La ! La.
Ça c’est pour la vie.
Cherie, je te fais un gros bisou.
Cherie, je te fais un gros bisou.
Je te fais un gros bisou.
Je t’embrasse fort.
Je t’embrasse fort.
Ah! Bye !Bye!

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