Des arbres et des hommes

./* Le bruit des arbres de François Péloquin

Du réalisateur et scénariste québécois François Péloquin, le premier long-métrage Le bruit des arbres coécrit avec Sarah Lévesque est prometteur pour leur second projet déjà en réalisation, Les secrets. Il faudra pourtant plusieurs visionnements de la bande-annonce pour espérer le film au complet. C’est qu’autant elle manie des éléments intrigants et originaux tels que la concrétisation de son titre – des grincements de forêt -, des paysages où les éoliennes se dressent à mesure que tombent les troncs, et une jeunesse turbulente écrasée sous le désoeuvrement et avide de trouble pour compenser l’ennui; autant elle ne garantit pas un parfait dosage et menace de clichés sur l’adolescence en région, les explosions d’une relation père-fils, ou encore une critique politisée de l’exploitation des ressources naturelles au Québec.

La production s’avère d’un minimalisme, d’une finesse de propos et d’une justesse de ton pas mal plus intelligents. Loin des travers précités, le résultat, que l’on n’attendait pas, est un regard humain posé sur l’autre. Le partage temporaire mais vrai d’une expérience différente de vie. Ce qui séduit est justement la façon dont les a priori et préjugés sont déjoués. Le père, exploitant forestier indépendant, n’est pas une brute alcoolisée et recluse sans blonde, et sa blonde occasionnelle mais steady pas une prostituée du bar à côté. Le fils collectionne les mauvais coups pas par colère gratuite ni rejet de l’autorité sinon pour se défier lui-même, et il n’est pas, pour quelques joints, le méchant dealer profiteur du patelin. Quant aux déboires avec sa petite copine, ils reposent plus sur la timidité et les sentiments d’un âge innocent et changeant que sur de l’abus, de la manipulation ou du sexisme. Enfin il ne faudra pas une conclusion en bain de sang, en faillite ou en prison. Le drame sensation n’est aucunement dans les cordes du duo Péloquin-Lévesque ni de leurs acteurs Roy Dupuis et Antoine L’Écuyer, qui l’un comme l’autre se tiennent à l’écart des personnages à gros traits, insolents ou bourrus, qu’on leur a peut-être déjà vus.

Le parti pris d’une psychologie subtile, à demi-mots et de beaucoup de silences (peuplés du bruit de l’industrie et de la nature), ne signifie pour autant qu’il ne se passe rien. Au contraire ils existent, le voisin dealer rejeté par la communauté, le chien baignant dans son sang, la venue aux poings entre paternel et garçon. Ils font partie du paysage ici pas plus ou moins qu’ailleurs. Pourquoi la caméra viendrait les rajouter ou les effacer pour la beauté ou le malheur de l’histoire ? Cette histoire c’est avant tout des gens, qui décident de leurs actions, ont de l’espoir et un avenir tant qu’ils ne sont pas abattus comme des arbres. Ou tant qu’il reste des arbres à abattre, selon.

Les rapports entre les divers protagonistes sont touchants, à la fois abordés dans leur complexité et pudiques. Les zones inexpliquées autour du passé et du futur des personnages, autant que l’enchaînement rapide de leurs actes présents créent un rythme très réel et non-romancé, qui montre juste ce qu’il faut sans y revenir. Aussi peut-on lire dans cette latitude envers le scénario un choix cinématographique, et une volonté anti-déterministe qui porte le récit. Voilà de quoi ça parle en gros, à travers les images de coupe de bois. Reste à écouter ce que ça dit, derrière les scies, le vent, les nombreux chars et moteurs.

Certains moments de vulnérabilité ou d’encaissement sont renversants. Plusieurs événements incroyablement amenés et tournés: l’accident du chien, la scène du bois, le bordage et le départ. Et s’il faut au final chercher une morale, c’est en quelque sorte de ne jamais condamner d’avance. Un arbre à terre est aussi la promesse d’investir son bois ailleurs, de chauffer un foyer. Métaphore de l’homme qui avance sur le territoire. Chaîne de production qui fait que les générations se succèdent et que la vie ronfle. Définitivement d’ici, Le bruit des arbres sort des sentiers récemment battus par les cinéastes québécois, et montre la région autrement, moins par la séduction folklorique que par les promesses de son monde, tout à fait correct.

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