Enfants satanistes mélomanes recherchés

SOMMETS DU CINÉMA D’ANIMATION 2014 13e édition ./* Du 27 novembre au 1 décembre à Québec et du 3 au 7 décembre à la Cinémathèque québécoise à Montréal

Projeté hier samedi en soirée et de nouveau ce dimanche midi, le programme 3 des courts d’animation en compétition internationale s’adresse aux mélomanes qui aiment que la musique dirige l’image, aux passionnés d’abstrait et d’impressionnisme, aux familles composées à la fois de jeunes enfants et d’ados crash en crise satanique. Autant dire un public hétéroclite dont personne ne repartira satisfait.

Tout débute par Settling, de l’anglaise Emma McCann, un conte d’horreur de Noël au rythme lent et au déroulement prévisible, dont la figurine principale, un jeune homme seul et triste un peu, n’a rien d’extraordinaire sinon sa mésaventure avec son bonbonne de neige.  S’ensuit le bref intermède Interférence de la série politique Libérez Jafar Panahi ! de Claude Cloutier, qui utilise les traits à la mine façon vieux poste télévisé (à la diffusion menacée) pour dénoncer le risque de déformation et d’effacement du portrait du cinéaste, victime de la censure en Iran. Cette capsule vient en rejoindre six autres (dont La Cage de Pierre Hébert, et Le cinéaste d’Eléonore Goldberg), dans le cadre de l’initiative lancée par Marcel Jean en 2011 en réaction à l’emprisonnement de Jafar Panahi par la cour iranienne, empêchant la remise de son Ours d’argent berlinois. Sur une musique électrisante des Pascals, Wonder met bout à bout des formes et créatures colorées qui semblent droit sorties de toiles de Miro ou d’imageries à motifs hindous, tel un interminable serpent de Niki de Saint Phalle. Le maître japonais Mirai Mizue a concocté cet assemblage euphorique de 365 secondes et près de 9000 plans à partir d’une collecte quotidienne sur internet et de dessins journaliers pendant un an.

Wonder de Mirai Mizue

De Norvège, Ma Moulton et moi de Torill Kove (récipiendaire d’un Oscar pour The Danish Poet en 2006, dont elle semble assez loin) est une incursion dans une drôle de famille aux parents férus d’art contemporain et à la ribambelle de trois soeurs blondinettes, assez sympa et décalée. Dans l’attente de la bicyclette espérée, les fillettes et surtout la numéro 2 nous présentent l’intérieur de leur appartement, leur grand-mère arrange et les histoires de leur voisinage. Un environnement haut en couleurs, traité par les apparences, à travers des yeux et une voix off jeunes. Sans rebondissement sur sa trame jazz, avec une morale candide à la fin. Avec le recul, la production française La petite casserole d’Anatole d’Eric Montchaud aborde exactement le même thème: l’acceptation de la différence. Pour le coup, il faut absolument faire abstraction de la narration qui vient casser la magie du langage de l’animation sans rien ajouter au propos. Les onomatopées de casseroles que l’on traîne, trébucher sous les moqueries, une maintenue: tous ces événements sont transparents pour la compréhension, des petits comme des grands. Un peu niaiseux.

Fugue for Cello, Trumpet and Landscape réalisé par Jerzy Kucia fait passer la musique avant tout, pour une longue impro instrumentale de près de 20 minutes sur un paysage d’arbres morts défilant majoritairement dans des couleurs ternes. Les lignes de l’horizon, celles de branches qui se prolongent ou de berges à l’infini s’étirent et longent les reliefs comme des cordes poursuivant la note. Illustration de la partition et de ces aspérités sonores, description fleuve du son provenant d’une terre lointaine. Un fantôme de violoncelliste s’immisce en filigrane dans la musique et l’image, ainsi que des pommes qui fracassent le décor et la composition. Sans fil, mélancolique, artistique et expérimental à sa façon, mais ennuyeux. À part complètement, The Obvious Child est un véritable récit d’horreur conté par un lapin terrifiant et une fillette méchante sur ses parents trucidés qui ne remontent pas au ciel. « Go to Heaven! »leur crie-t-elle, en brandissant son poing tatouée d’un F.U.C.K aux jointures. Invitant ! Le Britannique Stephen Irwin y rayonne d’un style totalement sous acide, violent et létal, mais d’une qualité visuelle étonnante (flou, spectre de couleurs, impressions de pellicule mangée) empruntée aux très vieux cartoons revisités pour l’Halloween et les enfants qui préfère Chucky aux gentilles poupées. Une version cauchemardesque de Lewis Caroll.

En conclusion de ce programme aux extrêmes irréconciliables, et à la musique très présente, Hasta Santiago vient apporter une touche hispanisante aux accents du sud de la France, juste ce qu’il faut dépaysante et divertissante pour ne pas sortir traumatisé, endormi ou en rogne. Mauro Carraro y narre le pèlerinage d’un jeune homme sur le chemin de Compostelle, et quelques unes de ses rencontres qui ouvrent grand le paysage des marcheurs et leur motivation à se lancer dans l’aventure. Cuisinier gourmand faisant ses emplettes, couple de comptables à la course, rescapé d’un accident cardiaque mi amnésique, une belle sauvageonne rousse fuyant à dos de rat, et toute une enfilade de bonnes grosses soeurs et ferventes religieuses offrant l’hospitalité et des leçons de bonté. Proche de la démarche du dessinateur Joann Sfar dans À bicyclette: Un tour de France (alors qu’il croque des personnages plus vrais que nature au fil des étapes d’un tour touristique du circuit cycliste mythique), ce périple initiatique entamé en toutes innocence et simplicité regorge d’une poésie humaine et anecdotique brouillant la frontière entre caricature, illumination, insolation et jeunesse influençable que les voyages forment.

Il est bien sûr que le personnage principal que l’on suit, Mapo, a bien d’autres histoires griffonnées dans ses carnets, dont il pourrait facilement imaginer tout un long métrage à la manière des Triplettes de Belleville. Reste qu’il faudrait une fois de plus abandonner la voix off et laisser parler l’image, et la chanson: « Hasta Santiaaaagooo, Voy Caminandooooo ». Petit film sympathique qui a su récolté quelques récompenses sur son trajet depuis 2013. Bonne route !

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