Les Coups ont prévu le coup

COUPS DE THÉÂTRE 2014 13e édition ./* Survol de la programmation avec son directeur et fondateur Rémi Boucher

Le festival montréalais Les Coups de théâtre, organisé aux deux ans depuis maintenant 25 années, revient cet automne 2014 avec une 13e édition haute en propositions et découvertes, pour le plaisir de tous. C’est au nom de ce principe de plaisir partagé que Rémi Boucher, directeur du Festival depuis sa création et de tous temps impliqué dans les arts et la scène jeunesse, défend une programmation éclatée mêlant danse, théâtre, musique et marionnettes, parfois technologies, pour tous les goûts et les âges.

« Il y a vingt ans, quand on a fondé le festival, j’ai voulu inscrire le théâtre jeunesse dans le théâtre. Et on a toujours maintenu ça au fil des ans, on a toujours cogné sur le même clou. C’est un théâtre aussi intéressant, aussi novateur. Et on a fini par marquer des points. Parce que le défi il est là : créer une articulation claire, prendre position sur ce qu’on fait. »

Hier dimanche, le spectacle espagnol A mano lançait donc le bal en toute simplicité: concerto de mains agiles parmi quelques objets et figurines de pâte à modeler, pour célébrer l’amitié et le bonheur d’être ensemble, en petit comité. (Le spectacle est rejoué ce midi et mardi à l’Usine C.) Et ce soir c’est le grand jeu, avec la compagnie Le fils d’Adrien Danse et sa première mondiale L’éveil. La pièce, chorégraphiée par Harold Rhéaume et mise en scène par Marie-Josée Bastien en collaboration avec Steve Gagnon à l’écriture, vise un auditoire adolescent, en offrant à voir le moment de l’éclosion de certains sentiments nouveaux et contradictoires chez des jeunes en pleine affirmation et recherche de qui ils sont. Pour Rémi Boucher, c’est une fierté que d’ouvrir l’édition 2015 sur cette création mondiale, parce que la présence de la danse, comme de toutes les autres formes d’art représentées dans le programme, est une volonté d’ouverture, également une prise de position: le théâtre ne se limite pas à un texte et son accessoirisation.

A Mano (c) Clara Larrea

Les Coups font ainsi de la place pour tout: des pièces sans parole (L’histoire du grillon égaré dans un salon du Théâtre des Confettis), d’autres en langue étrangère (Los cuervos no se peinan de la compagnie mexicainee Los Endebles). Le diffuseur québécois explique que lorsqu’il prospecte de par le monde, il faut aller au-delà des frontières linguistiques et culturelles pour comprendre la richesse de ce qui prend forme différemment, ailleurs. Un des critères les plus aidants peut-être, mais déstabilisants et imprévisibles, reste la réaction de ce public si particulier et changeant: l’enfant. À lui la notion même de « mise en scène »on ne lui joue pas. Les mascarades, la crème et la facilité sont son quotidien, et il en est maître, servez-lui autre chose. Son langage est encore pur, innocent, imagé.

« Les enfants ils sont neufs. Aucun préjugé possible, aucune attente. Ils sont là et il faut les intéresser. Et les acteurs quand ils sortent de scène, ils sont lavés, ils ont tout donné. »

Cela, les compagnies jeunesse l’ont bien saisi et n’hésitent pas à se diriger vers des objets et projets plus insolites et travaillés. De retour par exemple, l’irrésistible équipe de La Pire Espèce, à l’origine du Petit bonhomme en papier carbone qui tourne sans relâche depuis Les Coups 2012. Olivier Ducas, Mathieu Gosselin et Francis Monty ont vidé leurs coffres et leurs greniers et redonnent vie et comique à toute une galaxie d’objets et de matière pour la création mondiale de Futur Intérieur, racontant leur extraordinaire périple dans l’hyperespace (une seule date le 23 novembre aux Écuries, mais ils repasseront c’est sûr). Les propositions belges de Zonzo Compagnie promettent également une expérience de théâtre musical hors du commun. Avec Écoute le silence, un voyage avec John Cage, ils emportent les 6 ans et plus au coeur du fascinant univers du compositeur, dont les mises en scène du silence sont présentées avec inventivité et sans simplification inutile. Autre production très attendue et curieuse, La fille qui fixait inspirée de la nouvelle de Tim Burton.

« 1) J’ai connu une fille, jadis,

qui restait là à regarder, l’oeil fixe,

quoi, qui, y ou x,

elle s’en souciait comme d’une cerise.

2) Elle fixait les pâquerettes.

3) Le ciel au-dessus de sa tête.

4) Ou pareillement vous fixait, vous, à perpète,

sans que vous sachiez pourquoi cette fixette… »

L’illusion, Théâtre de marionnettes n’est pas en reste avec Philémon et Baucis, une exploration en paroles et chansons tout à fait inusitée sur les pas de l’Opéra d’Haydn. (Une seule représentation ici aussi, le 23 novembre au Studio-théâtre déménagé sur la rue Saint-Denis coin Beaubien). Et du fameux collectif de Québec L’eau du bain, le spectacle Impatience sera indéniablement passionnant et innovant, puisqu’il interroge la notion de vérité alors que de jeunes acteurs dévoilent leur histoire au public via un dispositif sonore interactif spécialement pensé pour relier la salle et la scène. Un autre must pour adolescents conçu par Anne-Marie Ouellet et Thomas Sinou, qui sera en reprise à l’Usine C en fin de saison.

Impatience (c) Jean-Philippe Tremblay

En contrepartie de ces formes variées, le festival conserve un espace privilégié en l’honneur de la langue, comme en témoigne l’éclairage consacré à l’oeuvre du Français Philippe Dorin. En raison de l’annulation d’Abeilles, habillez-moi de vous, l’auteur présent pour des activités de médiation accompagne un seul spectacle finalement, dont la poésie et la délicatesse semble briller pour deux: Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu. Portée par la troupe française Les Deux Mondes, cette histoire est celle d’un passage atemporel entre les rêves d’une enfant et ses souvenirs de vieille femme, par le raccourci magique d’une paire de souliers et d’une écriture imagée. Établissant un même pont surnaturel entre les morts et les vivants et entre les générations de l’innocence et de la mémoire, Les grands-mères mortes de Karine Sauvé, aux mains de la Cie Mammifères, déploie aussi une langue et des procédés étonnants pour célébrer les derniers moments de la vie.

Et pour compléter le tour, seront également de la fête Simon Boulerice avec Tu dois avoir si froid, le Théâtre Bouches décousues de Québec avec Papoul, l’incroyable Bob Théâtre français (Princesse K, Nosferatu) de retour avec Fin de série, et Bouffe, une collaboration franco-canadienne du Théâtre populaire d’Acadie et du Satellite Théâtre. Dans la vision de Rémi Boucher cependant, ceux qui prendront part à l’événement seront beaucoup plus nombreux. Les adultes par exemple constituent une cible que les spectacles oublient rarement de séduire à un autre niveau.

« Ce qui m’intéresse particulièrement est de présenter des spectacles avec des lectures pour adultes et des lectures pour jeunes. Ne pas ennuyer les adultes, c’est important. Au sein d’une salle, il y a aussi une dynamique qui s’installe entre les parents et les enfants. Et ça, pour moi, c’est extraordinaire et ce qui fait la force de ce théâtre-là. C’est un théâtre pour tous. »

Les créateurs du milieu du théâtre, même s’ils visent des publics majeurs, ne devraient pas se priver des enseignements d’ingéniosité et de modestie que procurent des mises en scène destinées avant tout aux enfants, dont chaque tranche d’âge présente des défis particuliers et de taille. Plus généralement, Les Coups comptent attirer une grande variété de professionnels – auteurs, diffuseurs, programmateurs, comédiens – à l’occasion de la vitrine surf le théâtre jeune public québécois, Focus Québec qui se déroulera du 19 au 21 novembre cette semaine.

Tu dois avoir si froid (c) Agathe Bray-Bourret

Dans le cadre de ces réflexions sur l’avenir du théâtre jeunesse, Rémi Boucher a nombre d’expériences de scène, de coulisses et d’initiatives connexes qu’il a menées (Les P’tits Loups, Ciné-Kid) à partager. Il souhaite également rendre curieux des dramaturges à la langue vive d’ici et d’ailleurs (on pense aux Histoires à faire des cauchemars d’Étienne Lepage programmé aux Coups 2012) pour qu’ils se frottent à l’aventure du jeune public et poussent la discipline plus loin. Parmi les pistes en développement constant, il y a aussi le réseautage institutionnel dont Les Coups sont un fier contributeur et exemple (par exemple en s’associant à diverses échelles avec le MAC, le CCA, The Brooklyn Academy of Music de New York ou le Bellas Artes Museo de Mexico, le Centre National des Arts d’Ottawa et Les Gros-Becs de Québec, ou en poursuivant les collaborations et discussions avec La Maison Théâtre, L’Illusion Théâtre, Les Castelliers). Dans cette optique, le directeur du festival fait déjà fantasmer sur la prochaine édition en chatouillant des liens américains nord-sud, un foisonnement théâtral venu d’Europe du Nord et Scandinavie voire d’Asie, en complément des compagnies traditionnellement invitées du Québec, de France et de Belgique.

« Comme on ne peut pas tout présenter, et pour profiter de la présence des diffuseurs, de la rétroaction d’autres artistes et d’une expérience devant public, on a offert aux compagnies de s’inscrire dans une sorte de programmation off. C’est un service que l’on rend si on veut, en tant que temps fort du théâtre, en parallèle de notre programmation officielle. »

Donc pour ceux qui n’en ont jamais assez, Les Coups ont prévu le coup avec une programmation off permettant à d’autres compagnies absentes cette année de saisir l’occasion d’un auditoire de jeunes et de diffuseurs au rendez-vous pour reprendre des productions récentes ou tester sur les planches des étapes préliminaires de projets passionnants à venir. C’est le cas du Bluff Théâtre, qui s’exposera ce début de semaine avec leurs derniers travaux, le spectacle Un monde qui s’efface et la création en cours Les haut-parleurs (texte et mise en scène de Sébastien David). L’opportunité d’attraper au bond, si vous les aviez manqués ou adorés, Gros Paul du Moulin à musique (Anne-Marie Olivier) en cocréation avec l’ECM+, Le plus court chemin entre l’école et la maison de Mathieu, François et les autres… (texte de Jean-Rock Gaudreault et mise scène de Jacinthe Potvin et Yves Dagenais), Ô Lit ! de Bouge de là.

La liste d’événements et rendez-vous est ici incomplète de tout ce qui vous surprendra dans cette trépidante programmation. 45 représentations de 15 compagnies du Canada, de France, de Belgique, du Mexique et d’Espagne, dont neuf créations mondiales, des conférences, une table ronde, et une multitude de rencontres inimaginables. Ça fait deux ans qu’on les attend, et deux ans qu’ils nous attendent. Marquons Les Coups !

« La prochaine édition ? Ça roule ! On est très aguerri. J’ai une super bonne équipe je dois dire, vraiment. Ils ont une énergie que j’aime énormément, et on a beaucoup de plaisir. Voilà, on va vous partager ça ! »

./* Toute la programmation

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: