Panoramique

AKOUSMA XI ./* Du 5 au 8 novembre à l’Usine C

Avec SETH NEHIL (US) + JANA WINDEREN (NOR) + MARK FELL (GB) 

Sélection de photos des premières soirées par Caroline Campeau

Ce troisième programme d’AKOUSMA XI, présenté ce vendredi soir (7 novembre), était plus équilibré et particulièrement attendu : trois prestations d’environ 40 minutes chacune de pointures internationales aux démarches démarquées. Plutôt à la hauteur, il s’est avéré comme les soirées précédentes, très chargé, et en comparaison de l’ouverture, peut-être plus situé dans l’expérience acousmatique « classique ». Chacun des trois artistes en développait une caractéristique précise: Seth Nehil la spatialisation dans l’acousmonium, Jana Winderen la collecte phénoménologique de sons concrets, et Mark Fell la stratification subtile de couches de synthèse. Des approches divergentes et déterminées, bien que des trois l’on ait découvert qu’une petite partie des grands chantiers.

La première pièce de l’Américain Seth Nehil est une création pour le festival de cette année intitulée Collide. Désorganisée à l’écoute, elle consiste en une succession d’événements sonores qui se rapportent tous à des registres distincts et typés: certains instrumentaux, d’autres mécaniques, synthétiques, graphiques, mélodieux, ou simplement des déchirures et des explosions momentanées. Il n’y a aucune volonté d’enchaînement, il s’agit davantage d’un travail se superposition et d’intervention, et pourtant le résultat n’est pas un catalogue de bruits selon un ordre improvisé. Autant le compositeur recherche la collision des éléments qu’il provoque en accentuant leurs contrastes et leur rapprochement brutal et forcé, autant sa composition y trouve une structure en perpétuel recommencement, une sorte d’histoire des astres et de Big Bang répétés en boucle et en accéléré. De cette façon, il traite à la fois un lexique riche et divers de sonorités, mais également une panoplie de formes syntaxiques s’appuyant sur leur fusion, résorption, distorsion ou leur désintégration en microparticules infinitésimales. Surtout, son univers accroche par ses arythmies incessantes et ses pulsations relevant de mouvances électro plus dansées et catchy. Son exploitation du système immersif de haut-parleurs mis à sa disposition fait enfin plaisir, même si la constante autodestruction de sa partition ne permet pas totalement une plongée dans l’infiniment grand du cosmos auquel il fait appel. Des mondes nouveaux en devenir de ruines, qui n’ont jamais le temps suffisant de nous intriguer par leurs modes de fonctionnement avant de disparaître.

Opérant debout à la console, la Norvégienne Jana Winderen réanime en salle tout un bagage de paysages, de stimuli et d’émotions emmagasinés en expédition. Tranquillement, par touches impressionnistes, minérales et aquatiques, sa toile se peuple de minuscules organismes, de reliefs glaciers, d’étendues océaniques et d’une flore en mouvement. Comme elle s’est fait le témoin passionné dans l’observation et l’enregistrement de ces bruissements terrestres et marins, elle revient dans un second temps comme un passeur et un guide dans ce monde lointain qu’elle reconstruit de toutes pièces. Luxuriant, subtil. Mais qu’on pourrait diffuser interminablement sans rien en extraire de différent. On est ici immergé dans le décor sonore, poétique et exotique, d’une créatrice à l’oreille attentive. Quelques voix et râles animaux viennent heureusement sortir de la torpeur, un peu tard. Autre mix créé spécialement pour AKOUSMA, Nightfall, de Energy Field to Dive est un continent blanc et froid à la dérive au milieu de nulle part, alerte à tout ce qui l’environne. Conscience accrue du privilège d’être vivant et doué de sens alertes.

Sans conteste la star de cette soirée, le Britannique Mark Fell n’a pas besoin d’introduction éclatante ni de projet révolutionnaire pour transporter son public. Il agit en maître, en pleine maîtrise des détails, et reste seul debout après avoir tout soumis autour de lui. One Dimensional Music Without Context and Meaning est une composition de 2013 jouée publiquement pour la première fois en sol canadien. Cette forme prévisible s’impose d’elle-même à partir d’un silence à peine sifflant, couche par couche, jusqu’à ce que 32 de celles-ci emplissent l’espace d’un vacarme hautement intelligent, précis et délicat, aux limites d’une puissance supportable. La montée sonore est graduelle, bien qu’elle transite par des détours qui parfois s’annulent au lieu de s’amplifier. L’ensemble est enveloppant et omniprésent, suscitant une attention sans relâche pour se réapproprier le confort à chaque niveau de tension, et percevoir les variations qui s’ajoutent, chacune en leur temps. Cette première longue ascension était suivie d’un court bonus testant la capacité maximale des haut-parleurs, alors que les échelles d’intensité tapaient de plus en plus souvent dans les orange et rouge jusqu’à ce que le maximum devienne la normale. Encore là, bien fait par la bonne personne, on s’élance en confiance dans l’aventure, sans le stress du pas-de-bouchons, de la migraine ou de l’abrutissement. Fort, extrême et sensible.

./*  Le changement a été annoncé clairement et le remplacement accueilli avec excitation, mais pour ceux qui auraient manqué l’information: Pour des raisons médicales, la contribution de Paul Lansky au dernier programme de ce samedi a dû être annulée, et laissera place à trois performances de Jean Piché, Guillaume Cliche et Pierre-Luc Lecours.

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